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4,0
Publiée le 25 mars 2026
Avec L’Ange bleu, Josef von Sternberg orchestre une descente aux enfers d’une cruauté feutrée, où le désir devient une force de dégradation irréversible. La mise en scène, d’une sophistication troublante, joue sur les lumières et les espaces pour traduire l’enfermement progressif du protagoniste. Emil Jannings incarne avec une intensité tragique cet homme broyé par sa propre fascination, tandis que Marlene Dietrich impose une présence magnétique et ambiguë. Le film capte avec acuité la bascule entre respectabilité sociale et humiliation intime. Une œuvre fascinante, où l’érotisme et la déchéance s’entrelacent dans une atmosphère profondément vénéneuse.
Extrêmement grotesque, la tonalité conférée à l'intrigue rend le professeur (clownesque Emil Jannings) ridicule d'emblée, spoiler: méprisé par ses étudiants sans s'en rendre compte, absolument dépassé par l'évolution des moeurs, se méprenant sur la signification des angelots qui entourent Lola. Que toutes les féministes remercient d'ailleurs Marlène Dietrich pour avoir imposé ce modèle de personnage "fatal", séducteur, manipulateur, inconséquent... Cependant, c'est la naïveté voire la bêtise du personnage masculin qui le condamne dans cette tragédie burlesque. Ainsi, le registre dominant empêche une réelle émotion, sinon le scepticisme sur le traitement du sujet (même le harcèlement semble propice au rire). Si l'on n'est pas sensible à ce genre d'humour (?) on risque fort de s'ennuyer ou d'être agacé, à l'instar du directeur de l'établissement, devant le comportement nigaud du héros, d'autant que le réalisateur s'occupe surtout d'iconiser sa muse. Véritable satire du mariage, des sentiments, des conventions, le récit semble critiquer les valeurs qu'il juge désuètes et les rêves illusoires dans un cynisme railleur. Une oeuvre dans laquelle le faible n'est pas digne de pitié mais de condescendance et de brimades...peu charitable, mais lucide!
" l'ange bleu " du nom du cabaret ou se produit Lola constitue la première des sept collaborations entre Marlène Dietrich et son pygmalion Josef Sternberg.
C'est aussi un des premiers films allemand parlé (1930 ) devenu un classique indémodable du septième art ( on ne s'étonnera pas qu'il fût présenté au cinéma de minuit de Patrick Brion ).
Réalisé d'abord pour Emil Jannings ( acteur allemand, star du cinéma muet Hollywoodien ) mais ne parlant pas l'anglais, il revient dans son pays pour tenter de se relancer. Le scénario lui offre ainsi le premier rôle où il excelle.
Cette histoire de professeur estimé, redouté qui perd la tête, son statut puis tombe dans la déchéance pour une jeune danseuse de cabaret.
Manipulatrice attirée par l'argent, la relation toxique entre les deux personnages principaux, constitue une illustration avant l'heure de la théorie psychologique dite du " triangle de Karpman".
Rapidement exposée : le sauveur ( ici ce sera le professeur Rath ) dans le développement de la relation, finit par être rejeté, méprisé, ou trahi ( de sauveur il est en effet considéré comme un bourreau ) par celui ou celle qu'il avait aidé ( ici Lola ). La violence qu'elle soit physique ou émotionnelle est présente dans ce type de relation.
Véritable chef-d'œuvre du cinéma, ce film vous torture par ce rythme lent, et cet mise en scène sans musique. Rien ne vous aide à supporter cette fatale et incompréhensible descente aux enfers. Le réalisateur est absolument un maître qu'il faut connaître. Évidemment, les acteurs sont dignes de leur réputation. Dietrich est déconcertante d'aisance.
Si, hier comme aujourd'hui, il est bien des femmes qui se sont détruites par amour pour un homme, il est nécessaire de garder en tête que l'inverse s'est également produit et se produit encore. "L'Ange Bleu", c'est ça. Un homme célibataire, d'âge mûr, rigide (pour ne pas dire rigoriste) et Professeur de son état, qui tombe raide dingue d'une chanteuse de cabaret. Un amour à sens unique qui va le mener à une déchéance progressive. Ici, tout n'est que fatalisme. A peine Emil Jannings a-t-il posé les yeux sur la vampirique Marlene Dietrich que l'on sait qu'il n'en sortira pas vivant. Ce qui fait d'autant plus mal au coeur car on voit très clairement que cet homme ne triche pas. Ses yeux morts d'amour et ses sourires béats, presque naïfs ne trompent pas. Pour en arriver à cette fin ne pouvant être que tragique, il faudra encaisser un moment de malaise absolu : voir cet homme, certes coincé, mais respectable, grimé en clown de bas étage et humilié devant une salle noire de monde, est absolument insoutenable. Bien évidemment, on ne saura en tenir rigueur à celles et ceux qui n'aiment pas ce film parce que trop vieux, trop statique mais, en ce qui me concerne, je reste intimement persuadé qu'un véritable film majeur des années 30 ne perd rien de sa beauté, même pour un spectateur qui serait tenté de le découvrir ou de le redécouvrir en 2023.
C’est dans le cadre d’un accord passé entre la Paramount et la UFA que Josef Von Sternberg s’envole pour Berlin afin d’y tourner le premier film parlant jamais réalisé en Allemagne avec Emil Jannings autour duquel le projet est censé s’articuler. En réalité, Sternberg remplace Ernst Lubitsch initialement prévu pour tourner un film sur la fin tragique de Raspoutine. Mais Ernst Lubitsch habitué aux cachets élevés que lui apporte son statut de réalisateur vedette à La Paramount est peu enclin à traverser l’Atlantique même si Emil Jannings le réclame haut et fort. Josef Von Sternberg que Jannings craint mais respecte tout de même pour lui avoir permis de décrocher avec “Crépuscule de gloire” le premier Oscar du meilleur acteur de l’histoire du cinéma finit par s’imposer, ayant de plus à son actif d’avoir déjà tourné un film parlant (”L’assommeur” en 1929). A peine ses valises déposées à l’hôtel Adlon de Berlin où il a été installé avec sa femme, Von Sternberg informe Erich Pommer le producteur de la UFA qu’il ne souhaite pas tourner le film sur Raspoutine initialement prévu. Il sera soutenu par la femme de Jannings qui rappelle à son mari qu’il n’est jamais meilleur quespoiler: dans les rôles d’hommes déchus après une longue et humiliante descente des marches de la respectabilité liée à leur statut . Il souffle alors à Pommer l’idée du roman d’Heinrich Mann (le frère méconnu du grand Thomas Mann) paru en 1905 : “Professor Unrat”. Le romancier jusque-là dans l’ombre de son frère est ravi de voir porté à l’écran un de ses écrits. Il accepte toutes les modifications du roman voulues pas Sternberg qui entend se concentrer sur la déchéance du professeur. Le film s’appellera donc “L’Ange Bleu” du nom du cabaret où officie Lola-Lola, la chanteuse spoiler: qui va conduire le professeur jusque-là enfermé dans ses préjugés à sa perte . Un rôle sur mesure pour Jannings. Mais Sternberg doit trouver celle qui sera Lola-Lola. Les propositions affluent et les essais se multiplient mais rien ne convainc Sternberg qui refusera tout en bloc de Lucie Manheim trop immédiatement séduisante à Brigitte Helm un temps envisagée en passant par Trude Hesterber, la maîtresse d’Heinrich Mann jugée trop âgée. C’est en allant voir une pièce de théâtre où jouait Rosa Valetti déjà engagée pour le film que Sternberg découvre Marlène Dietrich. C’est le coup de foudre. Coup de foudre que ne partage ni Pommer ni Jannings ni Friedrich Hollander, le compositeur qui a dirigé les essais de voix au piano. Sternberg menaçant de rentrer sur le champ à Hollywood obtient gain de cause. En novembre 1930, le tournage peut commencer pour trois mois aux studios de Babelsberg. Sternberg âgé de 36 ans est déjà un réalisateur expérimenté avec dix films tournés en seulement cinq ans de carrière dont un chef d’œuvre absolu à son actif avec “Les damnés de l’océan” tourné en 1928 déjà pour la Paramount. Comme souvent rétrospectivement certains se sont plus à affirmer que Von Sternberg à travers le portrait qu’il faisait de l’Allemagne de Weimar décadente était prophète au sujet du nazisme déjà en germe dans différentes strates de la société. D’autres comme l’historien du cinéma Siegfried Kracauer (De Caligari à Hitler) ont même vu en Lola-Lola la métaphore d’un peuple à la recherche d’une idole. Sternberg vivant depuis des années aux États-Unis et assez peu versé dans la politique a aussitôt démenti, affirmant avoir puisé son inspiration concernant Lola-Lola chez Toulouse-Lautrec et Félicien Rops. On ne peut que souscrire à cette affirmation quand on voit le soin apporté par le réalisateur à la mise en lumière des numéros interprétés par son actrice. Une recherche esthétique qu’il mènera jusqu’à la perfection dans les six films qui vont suivre dont “l’Ange Bleu” ne représente qu’une ébauche un peu plombée par un rythme parfois atone qui oblige par la suite à des accélérations ou impasses narratives nuisibles à l’approfondissement psychologique des personnages. Mais toutes les obsessions du réalisateur sont malgré tout déjà bien présentes comme dans certains de ses films muets. Le rapport de l’homme à la femme notamment qu’il n’envisage le plus souvent que spoiler: sous la forme d’une domination facilement réversible tout d’abord vivement recherchée puis largement subie par la suite et dont l’issue sera forcément sacrificielle quand elle ne sera pas mortelle . Emil Jannings que l’on a souvent présenté comme le grand perdant du film est en réalité parfaitement mis en valeur par Sternberg qui pour l’avoir dirigé dans un rôle semblable seulement deux ans auparavant sait s’accommoder de l’ego jamais rassasié de l’énorme vedette pour en tirer le meilleur notamment dans l’acte final où le grand acteur est tout simplement bouleversant. Un ultime grand rôle avant de se compromettre avec le régime nazi, s’interdisant ainsi tout retour possible à Hollywood. Marlène Dietrich quant à elle laisse entrevoir tout son potentiel notamment par sa gestuelle si particulière qui lui donne l’impression de n’être jamais totalement présente dans l’action comme aspirée dans son fond intérieur par d’autres préoccupations tout en étant simultanément capable de fasciner ceux qui lui font face. Sternberg en l’observant minutieusement l’oeil rivé sur sa caméra a sans aucun doute rapidement décelé ce qu’il avait à faire pour la modeler à son image. Cela tombait bien Marlène Dietrich n’attendait pas autre chose de Monsieur Von Sternberg comme elle le nommait avec déférence dans ses interviews . On connait la suite faite de six chefs d’œuvre indépassables.
Dans un cinéma parlant encore balbutiant (ce qui est très flagrant à plusieurs reprises, notamment à propos des bruitages), l'Ange Bleu a fait son petit effet, essentiellement dans les incarnations d'Emil Jannings et Marlene Dietrich (laquelle est devenue une véritable icône à la suite de ce film). Son univers somme toute modestement développé et ses nombreux silences font très vieillot désormais, dans une histoire à la progression attendue, réservant quelques morceaux d'amusement autant que de tragédie.
Je ne m'attendais pas spécialement à grand chose en le voyant et j'ai bien aimé. Vraiment étonné par la qualité cinématographique pour ce qui est considéré comme le premier film parlant de l'histoire de l'Allemagne. Loin de la qualité d'un film de Fritz Lang par exemple, L'ange bleu n'en reste pas moins un bon classique. Chapeau Josef von Sternberg.
Je pense qu'on est face au pire enchaînement possible d’événement face à une situation de base. Le film est assez prenant, l'histoire est vraiment originale. Ma petite déception, c'est la fin, qui m'a laissé perplexe... Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris ce que le réalisateur a voulu montrer. D'ailleurs je m'attendais même à mieux, mais ça, c'est assez subjectif. J'ai passé un bon moment, mais je n'arrive pas à déterminer si je le conseil pour autant... Aussi, je suis assez déçu que le son des versions BluRay (en 2018) soit aussi mauvais, je suis moi même étonné de me plaindre de ça, mais la quantité de bruits blancs désagréables est assez importante et gâche certaines scènes silencieuses.
Porté par une Marlene Dietrich divine, le mythique L'ange bleu est une tragédie - même si la première partie contient de nombreux éléments comiques - racontant l'histoire d'un professeur respectable qui va tomber amoureux d'une danseuse de cabaret, et se laisser entraîner dans un terrible cycle de déchéance. Première collaboration de von Sternberg avec Dietrich, premier rôle majeur de cette dernière, premier film parlant allemand : ce long-métrage puissant a clairement fait date dans l'histoire du cinéma. Interprétée dans une séquence culte, la chanson "Ich bin von Kopf bis Fuss auf Liebe eingestellt" est d'une sensualité folle et reste en mémoire durablement. Un chef-d'œuvre.
Un film qui a beaucoup vieilli. Le jeu des personnages, très stéréotypé, (surtout le professeur despote) parait vraiment suranné et, alors qu'à l'époque le rôle de Marlène Dietrich avait fait scandale, aujourd'hui, elle nous parait bien sage et peu entrainante.
Réussir l'un des plus grands chef-d’œuvre du Cinéma Allemand en marquant la première incursion du pays vers le Cinéma Parlant, cela relève du génie et l'on attend rien de moins venant du géant Josef Von Sternberg. Ayant encore en mains ses facultés de la période du muet, il exploite à merveille l'expressivité de ses personnages et de ses décors nourris de l’Expressionnisme Allemand qui prennent une tournure irréelle et hypnotique. Emil Jannings et la révélation Marlène Dietrich (magnificence à souligner) se rencontrent pour plonger l'histoire jusque-là comédie vers une virée d'un extrême à l'autre, de l’allégresse à l'horreur perturbante la plus pure (le retour dans le cabaret) vite alternés par des ellipses frontales nous jouissant sans pitié de la misère du professeur. La dernière demi-heure est un bijou de dramaturgie, le sens devient douloureux quand on se rappelle comment tout cela a pu commencer. Du grand cinéma.
S'il a peu vieilli, c'est que "L'ange bleu" est magnifié par la présence éminemment charnelle de Marlène Dietrich, que Sternberg saura diriger mieux qu'aucun autre cinéaste. Face à elle, le cabotin Jannings, livre une composition hallucinante, donnant un visage humain à sa déchéance, un peu à la manière de Simon dans "La chienne". Brillamment mis en scène, ce film est aussi celui qui permettra à l'actrice allemande de rejoindre les étoiles et verra la naissance d'un mythe intemporel.