J'ai revu récemment ce film qui avait représenté un véritable choc lors de sa découverte. Bonne nouvelle : si l'on excepte les costumes trop larges des personnages, il n'a pas pris une ride.
Hana-Bi est une œuvre construite sur la surprise, la rencontre détonante de tonalités, voire de genres cinématographiques opposés. Kitano y fait le grand écart entre le film de yakuzas et l'élégie contemplative, nous promène de la grisaille tokyoïte au bleu de la mer, des casses automobiles aux jardins de cerisiers. Lui-même incarne un personnage à mi-chemin entre Melville et Tati, dont la propension au jeu, jusque dans ses éclats de violence, masque un profond désespoir. Malgré ses ruptures de ton, le film présente pourtant une cohérence, une unité qui est la marque des grands. Trente ans après, c'est même la simplicité de ce cinéma qui m'a le plus ému, son épure, sa pudeur aussi. Des cadrages au cordeau, des plans-séquences en plan fixe ou aux mouvements de caméra réglés au millimètre, le tout dynamité par un sens du montage consommé. Par son découpage, Kitano relie sans cesse les destins de Nishi et de Horibe, marqués par la même volonté de retour vers l'enfance, une enfance qui réside autant dans ces peintures naïves qui défilent à l'écran, ou dans les derniers moments de complicité reliant Nishi à son épouse. Évidemment, comme souvent chez Kitano, le pessimisme l'emporte, le poids du deuil et de la solitude conduisant immanquablement les personnages à leur perte, dans un final bouleversant sur la superbe musique de Joe Hisaishi. Une œuvre sublime.