Née Édith Vignaud, la future comédienne grandit dans un milieu modeste auprès d'un père comptable et d’une mère couturière. Après l'installation de sa famille à Enghien-les-Bains à l'adolescence, elle suit sa scolarité à Paris avant de se tourner vers sa première passion : le stylisme. Elle intègre ainsi l'École supérieure des arts appliqués Duperré et commence à travailler comme modéliste et dessinatrice publicitaire. C'est en fréquentant l'univers de la mode qu'elle bifurque vers le théâtre sous l'aile de Jean Cocteau, puis se forme auprès de Tania Balachova.
Sa carrière au cinéma s'ouvre à la fin des années 1940, mais c'est sa rencontre déterminante avec Jacques Becker qui la propulse au rang de vedette. Le cinéaste en fait sa muse et l'héroïne lumineuse de comédies mémorables comme Édouard et Caroline en 1951, puis Rue de l'Estrapade en 1953. Sa distinction naturelle, son piquant et son jeu moderne séduisent rapidement le public français. Grâce à sa maîtrise des langues, elle s'impose également à l'étranger et tourne de nombreuses productions à Hollywood, en Italie ainsi qu'en Grande-Bretagne.
Durant les décennies 1950 et 1960, Anne Vernon enchaîne les tournages sous la direction de grands metteurs en scène comme Roberto Rossellini dans Le Général Della Rovere. En 1964, elle décroche l'un de ses rôles les plus emblématiques à l'international dans le chef-d’œuvre musical de Jacques Demy, Les Parapluies de Cherbourg. Elle y incarne avec beaucoup de finesse Madame Emery, la mère protectrice de la jeune Catherine Deneuve. Ce personnage marque l'apogée de sa riche filmographie qui compte une cinquantaine de longs-métrages.
Parallèlement au grand écran, l'actrice mène une carrière prolifique sur les planches de théâtre, jouant les grands auteurs de Cocteau à Marcel Achard. À la télévision, elle s'illustre dans des fictions prestigieuses à l'image de la saga historique Mauregard orchestrée par Claude de Givray en 1970. C’est cependant son rôle principal dans la série télévisée à succès Les Dernières Volontés de Richard Lagrange en 1972 qui marque les mémoires des téléspectateurs, juste avant qu'elle ne décide de s'éloigner définitivement des plateaux de tournage.
Au début des années 1970, la comédienne choisit de tourner la page du spectacle pour embrasser une existence sereine dans le Sud de la France. Elle se consacre dès lors pleinement à l'écriture et à sa passion pour la peinture, signant ses œuvres d'art sous le pseudonyme de « FMR ». Devenue aujourd’hui la doyenne absolue du cinéma français, cette grande dame a marqué d'une empreinte indélébile l'âge d'or du septième art grâce à son élégance intemporelle.
Laurent Schenck