Malcolm, c'est le Mont Everest de l'humour télévisuel, du genre à maltraiter vos abdos avec des séances de rigolades intensives à regarder une petite famille de prolos se fourrer dans les plus belles galères. Que la série de Linwood Boomer se soit arrêtée il y a vingt ans n'y change rien. On y revient toujours. Format court (22 min) mais bourré à craquer d'idées de narrations, de mauvais esprit, d'humour toutes catégories propre à déclencher les crises de fous rires. Et à chaque épisode, ça marchait...Que dis-je, ça marche ! Aujourd'hui, on ne manque pas de séries humoristiques, mais d'un tel niveau ? Qui ne se sent pas nostalgique d'une telle orfèvrerie ? On a eu la réunion de Friends, le Prince de Bel-air nouvelle génération, le retour de Scrubs, alors pourquoi pas un comeback de Malcolm ? Bryan Cranston s'est battu bec et ongles pour concrétiser ces retrouvailles, et à l'exception d'Erik Per Sullivan (Dewie), tout le monde s'est joint à la fête. Est-ce suffisant pour retrouver les cimes d'hier ? Pas tout à fait.
On ne citera pas tous les noms mais chaque personnage marquant est présent d'une manière ou d'une autre. L'idée, c'est de se sentir chez soi et ça fonctionne d'emblée. La baraque a connu un petit lifting certes mais tout est resté à sa place. Et ceci est valable à pratiquement tous les niveaux. Rien n'a changé, le titre français est bien choisi. C'est bien le problème. On est heureux de retrouver les personnages, ils sont restés les mêmes. Un peu trop, d'ailleurs. L'âge adulte, les responsabilités, la paternité, les déceptions,...pas mal de choses qui vous changent, sinon vous font légèrement évoluer. Là, non. Soyons honnêtes, c'est agréable de retrouver ce petit monde comme il était mais quand on en est à se dire que tout cela ressemble à la répétition de ce qu'on a déjà vu alors que vingt ans ont passé, c'est qu'il y a un hic quelque part.
Boomer et toute sa clique de scénaristes ressassent beaucoup plus qu'ils ne renouvèlent les gags. Les deux premiers épisodes apportent quelques dialogues bien sentis, mais sur l'ensemble, on ne retiendra pas grand chose des péripéties agitant le giron familial. Cela évoque mais sans jamais se mesurer au génie des saisons passées. De plus, on sent les auteurs un peu largués sur les questions agitant la jeunesse actuelle et plus généralement les problématiques sociales. Ils peuvent les mentionner mais ils n'en font rien. Là où ils savaient les traiter l'air de rien ou de manière détournée, toujours perceptibles sous la tonne d'humour ravageur. Par opportunisme ou frilosité, ils préfèrent s'en tenir à l'écart. Parce que 4 épisodes c'est apparemment trop court et que seule la fête de mariage importe.
Et pourtant, il y a des choses réussies. Parmi elles - et ça n'était pas évident - quelques nouvelles têtes comme Leah, la fille de Malcolm dont elle a beaucoup hérité sur le tempérament. Le petite dernière de la fratrie Kelly présente elle-aussi d'intéressantes perspectives avec un caractère évoquant une Loïs junior. De plus, il y a quelques jolis coups. L'un concerne Reese, et je pense à une scène de dialogue à cœur ouvert dans un lieu insolite. Mais il faut se rendre à l'évidence : la sympathie pour la petite bande est ce qui sauve en grande partie ce "greatests hits" pas désagréable mais assez vain. Il y a du potentiel pour d'éventuelles héritières, mais sinon pas grave. Ce qu'il nous reste, c'est ce Malcolm qu'on connait depuis vingt piges et qui restera pour toujours notre seconde famille.