"I consider the true history of the american revolution as lost... forever."
Si comparaison n'est pas raison, il est difficile de ne pas en établir une avec Sons of Liberty (Stephen David et David C. White, 2015 pour la chaîne History) qui plante le décor des premières années d'insurrection à Boston sous la houlette de Sam Adams, cousin de John Adams (interprété là par Henry Thomas).
Au niveau de la réalisation, le style encore très conventionnel de Tom Hooper, qui se spécialisera dans un cinéma éclectique (Le Discours d'un Roi, 2010 ; Danish Girl, 2015 ; deux adaptations de comédies musicales, Les Misérables, et Cats), s'impose tout de suite comme celui d'un amateur de détails doué pour la mise en relief dont le réalisme va crescendo jusqu'au tout dernier épisode, visuellement bouleversant.
Le scénario, lui, signé Kirk Ellis (qui officiera sur Sons of Liberty et Franklin, Tim Van Patten, 2024) et David McCullough (spécialiste de documentaires historiques), se montre également plus nuancé, affinant la psychologie complexe de personnages engoncés dans leurs missions et le vent de l'histoire. Les dialogues sont en outre plus matures et porteurs de réflexions. La narration, pour linéaire qu'elle est, n'hésite pas à chambouler quelques règles établies, la série débutant ainsi sur un procès (fondateur de la psychologie du héros) avant de s'engouffrer dans le récit proprement dit, faisant fi d'événements anecdotiques mais symboliques et fondateurs (comme par exemple la Tea Party).
L'interprétation est également d'un tout autre calibre malgré l'absence de stars (sinon Tom Hanks à la production) : l'excellent et encore trop sous-estimé Paul Giacometti dans le rôle-titre, Laura Linney et son regard perçant, Danny Huston dans un rôle plutôt inattendu, Justin Theroux en acteur caméléon, ça n'est quand même pas mal. Axée sur les personnages en tant qu'individus, la série tisse ainsi, de manière finalement assez peu romancée malgré quelques raccourcis historiques bien pardonnables, les liens qui les unissent les uns et les unes aux autres, qu'il s'agisse d'intérêts politiques convergents ou divergents, d'amitiés profondes, d'amours sincères ou non, ou d'attachements familiaux, tous dominés par le sens ultime du devoir. Parmi ces duos, notons l'amitié entre John Adams et Jonathan Sewall (Guy Henry), sa connexion avec son cousin Samuel Adams (Danny Huston), ses relations contradictoires avec Benjamin Franklin (Tom Wilkinson), son amitié profonde et durable avec Thomas Jefferson (Stephen Dillane, impressionnant, plus connu pour son rôle de Stannis Baratheon dans Game of Thrones), son admiration pour George Washington (David Morse), sa lutte contre Alexander Hamilton (Rufus Sewell), son mentorat raté avec son secrétaire William Smith (Andrew Scott) et, au coeur même de l'ensemble, son indéfectible amour, la confiance et l'écoute qu'il témoigne à Abigail. Si l'oeuvre est une histoire d'hommes blancs bourgeois, elle égrène aussi des touches durables de conscience sociale, à travers les bas-fonds d'une ville, la condition des esclaves, une médecine et une hygiène encore rudimentaires et, surtout, la position des femmes. John Adams est tout autant l'histoire d'Abigail, seul rôle féminin d'importance mais qui soutient tous les autres. Laura Linney et Paul Giacometti poussent littéralement de leur talent l'ensemble tout entier. Il n'est en rien surprenant que tous deux aient décroché pour ces rôles un Emmy Award (2008) et un Golden Globe (2009).
Au final, portée par une interprétation à la fois mesurée et poignante, un scénario creusant plus les arcanes d'une époque et la complexité des personnages et de leurs relations que l'enchaînement des héros et des événements, une reconstitution raffinée (à l'exception de ce subreptice instant où l'on devine un car roulant devant des bâtiments haussmanniens à Paris) et une réalisation léchée et personnelle, la série John Adams dépeint une large fresque d'un long moment d'histoire encore trop méconnu (les années postindépendance), une charnière temporelle entre un ancien monde et un nouveau pays, au gré des révolutions qui grondent, avec une morale en forme de critique historique salvatrice pour notre propre époque.