J’ai toujours eu un rapport un peu ambivalent avec Boogie Nights. D’un côté, impossible de nier l’énergie folle du film et la virtuosité de Paul Thomas Anderson, surtout quand on se rappelle qu’il n’avait que 26 ans à l’époque. La plongée dans l’industrie du porno des années 70 est fascinante, portée par une mise en scène ultra fluide, des plans-séquences impressionnants et une bande-son incroyablement efficace. Le film se regarde avec un vrai plaisir, presque euphorique par moments.
Les personnages sont clairement l’un des grands points forts. Mark Wahlberg trouve ici sans doute l’un de ses rôles les plus marquants, naïf et touchant malgré tout ce qui l’entoure. Julianne Moore, Burt Reynolds ou encore Philip Seymour Hoffman apportent chacun une vraie épaisseur à cette galerie de personnages cabossés, en quête de reconnaissance et d’amour. On sent une vraie tendresse du réalisateur pour eux, même quand il montre leurs dérives et leurs failles.
Là où je suis un peu plus réservé, c’est sur la durée et le déséquilibre du récit. La première partie est grisante, presque jubilatoire, mais la seconde, plus sombre, m’a paru parfois étirée et moins maîtrisée émotionnellement. Certaines scènes marquent durablement
(la séquence chez le dealer reste mémorable)
, mais l’ensemble m’a semblé perdre un peu de sa cohérence et de son impact à mesure que le film avance.
Au final, Boogie Nights reste pour moi un très bon film, ambitieux et marquant, mais pas totalement abouti. Je reconnais sans problème son importance et son audace, tout en gardant une légère distance émotionnelle. D’où cette note de 3,5/5 : un film généreux, impressionnant sur la forme et riche en personnages, qui me séduit beaucoup sans réussir à m’emporter complètement.