L'odyssée d'Homère pour support, l'Amérique provinciale de la Grande Dépression pour décor et la musique country pour la cadence. Ainsi se présente la comédie des frères Coen relatant la cavale singulière et erratique de trois bagnards évadés.
Ce sont des pérégrinations burlesques pour George Clooney, l'intellectuel obsédé par sa coiffure, et ses deux compagnons, un périple rempli d'incidents, de contrariétés et de rencontres insolites au long desquels on retrouve le ton très personnel des frères Coen, leurs anti-héros comme issus d'un dessin animé et leur réalisation toujours en recherche de l'effet de surprise.
Le cheminement du trio, duquel se détache le personnage de Clooney (Ulysse évidemment), ressemble à un parcours initiatique riche d'expériences mais surtout de situations qui, tournant mal, conduisent les fugitifs, non pas au trésor enfoui par Ulysse, mais aux retrouvailles familiales pour celui-ci, à la rédemption pour ses deux compagnons -dérisoire au regard de leur innocence.
Cependant, en dépit de l'originalité du sujet et des protagonistes, j'ai été moins sensible que dans d'autres de leurs films à l'humour espiègle de frères Coen, probablement parce que leur récit n'est pas aussi inventif qu'habituellement et que le scénario, malgré son prestigieux modèle littéraire et mythologique, n'a pas le relief que j'attendais. Et même les personnages paraissent un peu fades, éloignés de l'inspiration caustique ou de la saveur des figures de "Fargo" et autre "Big Lebowski".
De ce point de vue, tout en considérant que "O'Brother" est un estimable comédie, le film est une petite déception.