Si vous n'avez jamais entendu parler de ce film, c'est normal, il a été interdit pendant des décennies avant d'être enfin édité en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2024. Ce long-métrage, c'est Le Franc-tireur, porté par le regretté Philippe Léotard.
L'oeuvre a une suscité un tel scandale que ses deux réalisateurs n'ont plus jamais réalisé de films après cela. Il s'agit de l'unique long-métrage de Jean-Max Causse et Roger Taverne. Dressant un portrait peu reluisant de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, Le Franc-tireur a été censuré et privé de sortie en salles en 1972.
Invisibilisé pendant 30 ans, il est arrivé sur les écrans de cinéma 30 ans plus tard, en 2002. Toutefois, cette sortie a été très limitée avec seulement 6 copies. Ce n'est qu'en 2024 que le grand public a pu redécouvrir cette oeuvre à la faveur d'une sortie en DVD et Blu-ray grâce à l'éditeur Extralucid Films. "Ce film a été interdit pendant 30 ans par le pouvoir gaulliste", peut-on lire en guise de préambule dans l'édition vidéo.
Pourquoi une telle censure ?
Mais pourquoi Le Franc-tireur a-t-il été cloué au pilori de cette façon ? Pour rappel, le récit nous présente Michel Perrat (Philippe Léotard), fils d’un collaborateur de Grenoble. Ce dernier monte chez sa grand-mère sur le plateau du Vercors afin d'attendre que la guerre se termine sans lui.
Le 21 juillet 1944, les troupes allemandes investissent le plateau et assassinent sa grand-mère sous ses yeux. Forcé de s’enfuir, il rejoint un petit groupe de résistants et de civils et va devoir lutter pour survivre pendant trois jours et trois nuits.
Au départ, les réalisateurs Jean-Max Causse et Roger Taverne avaient imaginé une sorte de western français, entre Rio Bravo et L'Homme de l'ouest, se déroulant dans le Vercors, lieu emblématique de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
Tourné en décors naturels, Le Franc-tireur est tout d'abord remarquable par ses paysages montagneux absolument splendides, dénaturés par l'horreur de la guerre arrivant sur ces terres jusqu'ici préservées.
En 1 heure et 15 minutes, le film ne perd pas de temps dans des digressions intempestives. Il nous entraîne dans la folle cavale de résistants fuyant l'offensive allemande, forcés de se cacher en s'enfonçant de plus en plus dans le maquis, tentant de retarder l'inéluctable. D'une efficacité redoutable, Le Franc-tireur nous présentait un comédien fabuleux dans son premier rôle majeur : Philippe Léotard.
ExtraLucid Films
Une sortie avortée
En 1972, alors que le long-métrage est prêt à sortir, la production fait faillite et la seule copie du film se retrouve bloquée. Le réalisateur Jean-Max Causse, qui est aussi exploitant de cinémas, parvient à racheter la copie au milieu des années 80. Le cinéaste tente alors de projeter Le Franc-tireur dans des festivals.
Il devait notamment être présenté lors du gala de clôture du festival du film de Grenoble en 1986. Malheureusement, le journal Le Dauphiné libéré va torpiller cette idée en publiant en première page un article du président des Anciens du Vercors.
Ce dernier estime que Le Franc-tireur n’est qu’une "pantalonnade innommable qui va de ripaille en ripaille, de coucherie en coucherie, de beuverie en beuverie." Pour les Anciens combattants, l'oeuvre véhicule une image dégradante de la Résistance et ce n'est pas acceptable.
Face au scandale, le long-métrage est déprogrammé et retombe aux oubliettes des années durant. S'il a suscité un tel effet, c'est pour une bonne raison. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, des longs-métrages comme La Bataille du rail de René Clément offrait une vision presque idéalisée de la Résistance, avec un récit romanesque intouchable.
Déconstruction d'un mythe ?
Après Mai 68, ce récit a été remis en question avec des films qui ont suscité la polémique comme Lacombe Lucien de Louis Malle (1974), L'Armée des Ombres (1969) ou Le Franc-tireur. Ces oeuvres montraient la Résistance sous un jour moins glorieux avec une dimension critique assez acerbe. Bien évidemment, elles n'ont pas plu au gouvernement en place ni aux Anciens combattants, dont l'image héroïque était écornée.
Ainsi, le personnage de Michel Perrat, fils de collaborateur, rejoignant la Résistance par instinct de survie et non par réel engagement, a fortement déplu. Pour les Anciens, les réalisateurs exaltaient une volonté de déconstruire le mythe des héros de la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, quand on regarde Le Franc-tireur, on voit plutôt des personnages à l'indéniable humanité, tentant de faire ce qu'ils peuvent pour résister, avec leurs petites armes, dans un contexte de guerre totale. Quoi qu'il en soit, le film est désormais accessible à tous en vidéo et vous pouvez ainsi vous faire votre propre avis.