"Vous voulez vous faire arrêter ?" : le FBI a mis Alfred Hitchcock sous surveillance à cause de ce grand classique
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

En pleine période du "Projet Manhattan", qui visait à doter les Etats-Unis de la bombe atomique, les autorités étaient particulièrement sourcilleuses sur tous les sujets évoquant la question du nucléaire. Comme "Les Enchaînés" d'Alfred Hitchcock...

On ne présente guère plus Alfred Hitchcock. Le créateur de Fenêtre sur cour, Sueurs froides ou Les Oiseaux est probablement le réalisateur dont la filmographie a été la plus disséquée et étudiée dans les écoles de cinéma, depuis des décennies. Un cinéaste à l'influence prépondérante, qui a de surcroît très habilement su jouer avec les envahissantes règles du fameux code Hays, et donc la censure.

Une romance angoissante traversée par la tromperie

S'il y a un genre dans lequel le maître a excellé, c'est bien celui du thriller d'espionnage. Après La Maison du Docteur Edwardes, le cinéaste livre en 1948 un autre classique de sa filmographie, Les Enchaînés. En choisissant deux des stars les plus aimées d'Hollywood dans des rôles à contre-emploi, Cary Grant et Ingrid Bergman, Hitchcock cisèle une intrigue réglée comme un horloger suisse.

Irrigué par une romance angoissante traversée par la tromperie et l'ambiguïté morale, Les Enchaînés représente un sommet à la fois de la carrière légendaire de son réalisateur, mais aussi du cinéma hollywoodien classique.

Soit l'histoire d'Alicia Huberman (Ingrid Bergman), fille d’un espion d’origine allemande venant d’écoper de vingt ans de prison pour haute trahison envers les États-Unis. Peu après le verdict, elle est contactée par un agent américain du nom de Devlin (Cary Grant), qui lui propose la mission suivante : partir au Brésil infiltrer un groupe d’anciens nazis qui étaient en contact avec son père. Bien qu’éprise de Devlin, Alicia a pour ordre de séduire leur leader, Alexander Sebastian…

"Vous voulez vous faire arrêter et me faire arrêter aussi ?"

Sans dévoiler évidemment tous les ressorts de l'intrigue, il est question (entre autre) d'uranium 235 dans le film. Afin d'en savoir plus sur cette matière, Alfred Hitchcock et son scénariste Ben Hecht ont rencontré en 1944 le physicien Robert Millikan, Prix Nobel de physique en 1923. Et qui fut aussi l'un des artisans du "Projet Manhattan", qui visait à doter les Etats-Unis de l'arme atomique.

Le cinéaste lui demanda justement comment l'on pouvait construire une bombe atomique. "Vous voulez vous faire arrêter et me faire arrêter aussi ?" lui répondit le scientifique, qui s'est bien entendu, abstenu de le leur révéler, se contentant de dire que l'uranium pouvait être contenu dans une bouteille de vin. Dans cette période délicate, un tel sujet était particulièrement sensible pour les autorités du pays. Le cinéaste a d'ailleurs raconté que, suite à cet entretien, il fut placé sous surveillance par le FBI durant trois mois.

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