Pour sa troisième édition, le Biarritz Film Festival - Nouvelles Vagues déroule le tapis rouge à l'une des réalisatrices les plus appréciées des jeunes cinéphiles, Sofia Coppola. À cette occasion, une projection de Virgin Suicides, son premier film, a été organisée pour le 25e anniversaire de sa sortie. Puis, pendant plusieurs minutes, la cinéaste s'est livrée sur son enfance auprès de son père, Francis Ford Coppola, et ses premiers pas derrière la caméra, le temps d'une masterclass présentée par la journaliste Lily Bloom.
Devant une salle remplie et très attentive à ses paroles, Sofia Coppola est d'abord revenue ses souvenirs d'enfance et son rapport à l'image : "Chez mes parents, cela ne vous étonnera pas, il y avait beaucoup de caméras. Mes frères s'amusaient notamment à faire des films d'horreur en Super 8. Moi, je détestais faire des dissertations alors je demandais toujours aux professeurs s'il était impossible de présenter des films pour mes exposés. J'avais 12 ou 13 ans et je crois que mon premier film était sur mon cours d'histoire."
Jean-Marc Lhomer / Bestimage
À la maison, son père lui fait découvrir le cinéma international. Des films italiens aux films japonais. L'un de ses premiers chocs intervient à l'âge de 15 ans devant À bout de souffle de Jean-Luc Godard. "Mon père disait que je m'intéressais seulement à Jean-Paul Belmondo, mais c'est faux !", lance-t-elle. Parmi ses autres films de chevet, la réalisatrice cite également Foxes avec Jodie Foster, Les petites chéries avec Tatum O'Neal et même un film français très populaire : "La Boum est un des films qui m'a le plus inspiré. C'est une période de l'adolescence que l'on voit peu."
Sofia Coppola grandit dans un univers très masculin entouré de ses frères. Sa chambre devient sa bulle de féminité. Plutôt que de placarder des affiches de films aux murs, la cinéaste collectionne les photos de mode - une passion qu'elle alimente toujours. Après avoir étudié la peinture aux Beaux Arts - "Je n'étais pas très bonne" -, elle cherche un moyen de relier toutes ses passions en un seul média.
On m'a collé un soupçon de superficialité. Un préjugé contre lequel j'ai dû lutter.
Lorsqu'elle réalise son premier court métrage, Lick the Star, en 1998, elle comprend que le cinéma est fait pour elle : "C'est la forme d'expression la plus complète." En découvrant le livre Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides, Sofia Coppola se donne pour objectif de l'adapter à l'écran. Elle s'inspire de toutes ses photos de mode collectées et de celles qu'elle déniche par la suite pour imaginer un style visuel, tellement éloigné du cinéma indépendant de l'époque.
"Avant, il fallait que les films indés soient un peu sales, pas très beaux, qu'ils ne coûtent quasi rien, explique-t-elle. Moi je voulais quelque chose de léché. On m'a collé ensuite un soupçon de superficialité. Un préjugé contre lequel j'ai dû lutter." Sofia Coppola l'admet : elle doit beaucoup à la France. Virgin Suicides est d'abord présenté au Festival de Cannes avant d'être salué par la critique.
Virgin suicides LLC. Tous droits réservés.
"C'est grâce à cet enthousiasme que le film a réellement pu exister. Les Américains n'étaient pas vraiment intéressés par ce que je voulais raconter", ajoute-t-elle. Elle vit la même chose avec son deuxième film, Lost in Translation, pour lequel elle reçoit un oscar pour le meilleur scénario. La cinéaste se rappelle qu'au moment de présenter le long métrage aux producteurs, ils ne comprenaient pas ce qu'elle voulait raconter.
Pourtant, ses sujets phares, autant que son style visuel, sont l'une des raisons de son important succès. Sofia Coppola met en scène des héroïnes confrontées à la violence d'une société et qui tentent de s'en échapper. "Mes films s'intéressent à la quête d'identité, détaille-t-elle. Mais notre identité justement, elle se fabrique dans l'opposition de tout ce qu'on essaie de nous imposer dès notre plus jeune âge."
Se construire dans l'opposition, c'est ce qu'elle a toujours fait et ce, malgré son milieu privilégié. C'est l'un des principaux conseils qu'elle donne à un spectateur venu lui poser une question : "Ne vous laissez pas abattre par ceux qui ne comprennent pas ce que vous souhaitez faire ou raconter. Ayez une totale confiance en votre vision."
Propos rapportés par Thomas Desroches, à Biarritz, le 25 juin 2025.
Le Biarritz Film Festival - Nouvelles Vagues se déroule du 24 au 29 juin 2025.