Parmi les pépites fourmillant sur Youtube, la chaîne James Whale Bake Sale est particulièrement intéressante, et gagnerait certainement à avoir plus d'abonnés. On y trouve de très nombreuses vidéos de talents du cinéma s'exprimant sur leurs confrères, ou disséquant des oeuvres qu'ils admirent.
Michael Mann évoquant son intérêt pour Démineurs de Kathryn Bigelow; Quentin Tarantino évoquant le Alien de Ridley Scott ou le premier volet de l'increvable saga des Vendredi 13; Martin Scorsese déclamant son amour inconditionnel au chef-d'oeuvre 8 1/2 de Federico Fellini; Ari Aster évoquant le JFK d'Oliver Stone...
La particularité de ces témoignages, c'est qu'ils sont chacun compilés dans une vidéo montée pour l'occasion. Un vrai travail d'archiviste, car l'auteur de la chaîne cherche à être exhaustif, en rassemblant à peu près tout ce que les talents disent sur le sujet en question. De là des vidéos aux durées variables.
Les Masters of Horror, la crème de la crème du genre
Dans le lot figure celle de John Carpenter. Il aborde ses relations avec d'autres cinéastes, exprime une aversion générale pour les rivalités, tout en reconnaissant avoir des amis parmi les réalisateurs d'horreur.
Et Big John d'évoquer les Masters of Horror; un groupe informel de réalisateurs de films d'horreur qui avait commencé à se réunir pour des dîners à Los Angeles. Dans les réunions de ce cercle initiées par le réalisateur Mick Garris, les dix membres initiaux comprenaient Carpenter, Garris, Larry Cohen, Don Coscarelli, Joe Dante, Guillermo del Toro, Stuart Gordon, Tobe Hooper, John Landis et William Malone. La crème de la crème du genre.
Le groupe s'est ensuite élargi pour inclure d'autres réalisateurs de renom tels que Dario Argento, Wes Craven, David Cronenberg et Eli Roth. Au départ, ces dîners étaient des réunions conviviales, ponctuées de blagues et d'amitié. Mais selon Carpenter, le ton de ces réunions a changé au fil du temps. Il se souvient notamment d'un incident impliquant son vieil ami, le réalisateur David Cronenberg.
"Malheureusement, il se prend tellement au sérieux ces derniers temps...."
"Je n'y suis pas allé depuis longtemps. J'ai commencé, j'ai assisté aux premières réunions et c'était très sympa. On dînait, on discutait, on se taquinait et on racontait des blagues. Et puis, vous savez, c'est devenu autre chose et, je crois que la soirée qui m'a marqué, c'est celle où David Cronenberg est venu, un vieil ami à moi.
Malheureusement, il se prend tellement au sérieux ces derniers temps... C'est un artiste maintenant. Et littéralement, il tenait sa cour au milieu de la pièce. Il a dit : "Je pense que cela montre l'orientation que j'ai lorsque je réalise des films". Je suis venu lui parler et il ne m'a même pas regardé. Et je me suis dit : "Ça suffit. Laisse tomber. Au revoir". Je suis parti. Je n'ai plus besoin de ça. Et vous savez quoi ? Très bien. [...] Je resterai chez moi".
Carpenter a une opinion tranchée sur ses pairs. Reste que si Cronenberg a poursuivi sa carrière de cinéaste, dans un registre bien éloigné de ses saignants et choquants débuts, Big John, lui, n'a depuis longtemps plus vraiment goûté à la réalisation; se "contentant" de produire les remakes de ses propres oeuvres. A l'exception de la série Suburban Screams. Et de beaucoup jouer aux jeux vidéo, qu'il adore.
Quant aux Masters of Horror, il finiront par donner une série anthologique de trois saisons du même nom de 39 épisodes, diffusés entre 2005 et 2008 sur la chaîne Showtime. Carpenter y signera deux épisodes dans les deux premières saisons.