Dalloway : pourquoi le réalisateur de Boîte noire a choisi cette star internationale pour son nouveau thriller ?
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Réalisateur de "Boîte noire", "Burn out" ou "Visions", Yann Gozlan reste dans le thriller avec "Dalloway", où il parle notamment du rapport entre l'intelligence artificielle et l'art, et dirige une certaine... Mylène Farmer.

Ça parle de quoi ?

Clarissa, romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Elle trouve en Dalloway, son assistante virtuelle, un soutien et même une confidente qui l’aide à écrire. Mais peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA, renforcé par les avertissements complotistes d’un autre résident. Se sentant alors surveillée, Clarissa se lance secrètement dans une enquête pour découvrir les réelles intentions de ses hôtes. Menace réelle ou délire paranoïaque ?

Dalloway
Dalloway
De Yann Gozlan
Avec Cécile de France, Mylène Farmer, Lars Mikkelsen
Sortie le 17 septembre 2025
Presse
2,7
Spectateurs
3,4
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Tout est chaos

"Je ne réfléchis pas en termes de genre", nous dit Yann Gozlan lorsque nous évoquons son nouveau projet. Il n'empêche que le thriller est et reste son registre de prédilection, de Captifs à Visions, en passant par Un homme idéal, Burn Out ou Boîte noire, son plus gros succès à ce jour, qu'il s'agisse d'un scénario original ou, dans le cas de Dalloway, d'une adaptation. Tout commence en effet avec un roman de Tatiana de Rosnay, "Les Fleurs de l'ombre", publié en 2020.

À l'époque, son histoire située en 2035 relevait de la science-fiction, et c'est moins évident dans le film que Yann Gozlan en a tiré avec ses co-scénaristes Nicolas Bouvet et Thomas Kruithof. Car l'action a été avancée à 2028, et qu'il est question de pandémie, de réchauffement climatique et d'intelligence artificielle, sujets qui font désormais partie de notre quotidien. "Il y a vraiment une proximité dans le temps", nous dit Cécile de France, ravie d'être "le nouveau Pierre Niney de Yann Gozlan." "Et ça participe aussi à l'efficacité du thriller, parce que nous spectateurs, on ne se dit pas que c'est dans le futur, que ce n'est pas notre vie ou notre époque."

"Elle a une aura, Mylène Farmer ! Elle a un statut tellement dingue, tellement irréel"

"Là il y a quelque chose de très troublant et de très proche de ce que déjà beaucoup de gens vivent comme drame : des personnes sont par exemple tombées amoureuses d'une intelligence artificielle, d'autres se sont suicidées. On est vraiment dans un thème très anxiogène et le fait que le spectateur se retrouve à la place de l'héroïne, ça participe aussi à l'efficacité de cette angoisse." Une héroïne qui interagit avec divers personnages, incarnés par Anna Mouglalis, Lars Mikkelsen ou Frédéric Pierrot, ainsi qu'avec son assistante personnelle à qui Mylène Farmer prête sa voix. Ce qui tombe sous le sens de la part d'une artiste musicale de son envergure.

"Moi je ne connaissais pas la voix de Mylène Farmer", avoue Yann Gozlan. "Enfin si : sa voix de chanteuse. Mais pas celle qui dialogue, qui parle, à tel point que j'en avais une idée préconçue car je pensais qu'elle avait une voix aigüe, alors que pas du tout. Elle a une voix grave, hyper envoûtante, très belle, et je l'ai découvert lorsque je suis tombé, vraiment par hasard, sur un documentaire qui retraçait son parcours artistique à la télévision, donc sur cette voix. C'est là que je me suis dit qu'il fallait absolument que je lui propose ce rôle. Surtout que je trouvais que, au-delà de la qualité de sa voix, très envoûtante, elle pourrait facilement interpréter l'autre versant du film, quand l'IA devient un petit peu plus coercitive, plus inquiétante."

Cécile de France, Mylène Farmer et Tatiana de Rosnay JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE
Cécile de France, Mylène Farmer et Tatiana de Rosnay

"Mais elle a une aura, Mylène Farmer ! Elle a un statut tellement dingue, tellement irréel, que je trouvais drôle de lui proposer de jouer un personnage qui n'était pas tout à fait humain. Même si, au cours du film, on se demande si cette IA ne développe pas des émotions et une conscience." Une ambiguïté que Cécile de France, interlocutrice principale de Dalloway à l'écran, a pu vivre plus intensément sur le plateau : "Heureusement, c'est la vraie voix de Mylène Farmer avec laquelle j'ai joué."

"Et nous avons eu la chance, quelques jours avant le tournage, de pouvoir passer du temps en studio pour enregistrer ses dialogues. Je lui donnais la réplique donc ça m'a permis de pouvoir commencer à travailler mon rôle. Et c'est une grande actrice : en plus d'être chanteuse, elle a vraiment cette faculté de travailler sa voix, de proposer des choses tout en nuance sur cette intelligence artificielle qui va s'humaniser, ce qui n'est pas facile à raconter derrière un micro. Il y avait chez elle une grande maîtrise et puis énormément de bienveillance. Elle a toujours veillé, pendant ces quelques jours, à ce que je sois satisfaite des émotions qu'elle enregistrait pour qu'après, sur le plateau et sans elle, je puisse m'appuyer sur ce qu'elle me donnait."

"Ça m'a beaucoup aidée même j'ai dû déconstruire ce lien que nous avons toutes les deux créé, tellement vite et de très belle manière, car nous repartons de zéro dans le film. Mon personnage a une relation avec elle qui commence dans le domaine du travail, mais elle va petit-à-petit devenir sa confidente. Être plus intrusive et vraiment rentrer dans mon cerveau, disséquer mes émotions, mes traumatismes, et même mon inconscient. Donc il a fallu que je détisse ce lien que nous avons lié, mais ça m'a permis de comprendre aussi cette spécificité de l'être humain, qui est cet anthropomorphisme, donc ça m'a permis de réfléchir."

"Il y a quelque chose de très troublant et de très proche de ce que déjà beaucoup de gens vivent comme drame"

L'actrice et son personnage ne sont pas les seuls à pouvoir réfléchir dans ce cadre, car il n'est pas difficile pour chacun(e) de se projeter dans cette histoire, on-ne-peut-plus actuelle, sur la manière dont l'intelligence artificielle s'immisce dans notre quotidien : "C'est comme un monstre qu'on a créé", poursuit Cécile de France. "C'est pour ça qu'il nous fascine et nous effraie aussi : d'abord parce qu'il nous dépasse déjà en intelligence depuis longtemps, puis il échappe aussi à notre contrôle, à notre compréhension. Et puis, il soulève une question existentielle et très angoissante qui serait la dépossession de l'humanité."

"Si un jour l'intelligence artificielle arrive à posséder une conscience, une subjectivité et des émotions propres, comme c'est raconté dans le film, où on la voit s'humaniser, il y aura quelque chose de très angoissant et abyssal qui s'opposera à nous. Je trouvais que c'était un scénario très intelligent et qui, d'une manière allégorique, parle de ce qui se passe dans le monde, alors que nous sommes juste dans un appartement, avec un huis-clos. Nous sommes vraiment en lien avec cette héroïne qui est une être humain, avec les spécificités qui lui sont propres comme l'anthropomorphisme : l'humain ne peut pas s'empêcher de créer un lien émotionnel avec une autre entité dotée d'une conscience, donc ça permet de se poser la question de la motivation de créer une IA dotée d'une conscience."

Soyez donc prévenus : Dalloway risque de vous travailler pendant et après la séance.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 11 septembre 2025

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