Après avoir signé les succès du péplum Le Colosse de Rhodes en 1961, puis dirigé la seconde équipe du film de Robert Aldrich, Sodome et Gomorrhe, Sergio Leone jette son dévolu sur le western, alors même que le genre est entré dans un déclin progressif outre-Atlantique.
Ce sera un remake du film Yojimbo d'Akira Kurosawa, Pour une poignée de dollars (1964), qu'il réalise sous le pseudonyme de Bob Robertson. Leone s'impose alors comme le chantre d'un style nouveau, celui du western "spaghetti", en s'évertuant à exploser les codes du western traditionnel, parodiant les situations typiques, privilégiant la lenteur et étirant les scènes à l'excès, en usant des gros plans (colts, visages, regards) comme s'il filmait des paysages dans un récit picaresque mâtiné de sauvagerie et de cruauté.
Pour une poignée de dollars fit l'objet d'une âpre bataille juridique aux Etats-Unis, au terme de laquelle Kurosawa a obtenu les droits de distribution du film de Leone pour tout l'Extrême-Orient, où le film a eut un énorme succès, ainsi qu'une partie des profits dans le monde entier.
Du fait de cette bataille juridique, le premier volet de la trilogie du dollar arriva sur le sol américain en février 1967, 18 mois après être sorti en Europe. Le film a largement contribué à mettre sur orbite la carrière de Clint Eastwood, dont l'ascension se fit avec la série western Rawhide, à partir de 1959.
"Je pensais que ça allait être un énorme fiasco"
Celui qui est passé à la postérité en incarnant "L'homme sans nom" hésita pourtant à jouer dans le film de Leone. En fait, Clint Eastwood n'était pas le premier choix pour incarner le personnage. Ce fut justement Eric Fleming, co vedette de la série Rawhide, qui s'est vu proposer le rôle. Fleming était une star prometteuse à l'époque, et jugea le rôle trop risqué pour lui, qui le déclina donc.
Richard Harrison, acteur de série B, fut le second envisagé, et déclina lui aussi, suggérant quand même à Leone un autre nom : Clint Eastwood. Dans une interview filmée datant d'août 2003, Clint racontait justement ses débuts sous les auspices de Leone.
Expliquant combien il avait initialement trouvé étrange l'idée de tourner un western en Italie, et combien il pensait que ce serait un échec. Il apprend alors que le tournage aurait lieu en Espagne. "Je pensais que ça allait être un énorme fiasco, mais je vais faire un voyage en Italie et en Espagne. Je ne suis jamais allé dans aucun de ces endroits, donc ce sera une expérience formidable. C’était une version occidentale, un remake occidental de Yojimbo, et j’ai toujours aimé Yojimbo, c’est donc ce qui m’a inspiré à accepter le projet".
Tamasa Distribution
Des méthodes de travail "chaotiques" et de pirates
Le vétéran d'Hollywood confie aussi avoir été surpris par les moyens et les méthodes de travail "chaotiques" de l'équipe dirigée par Sergio Leone, très différentes de ce à quoi il était habitué aux États-Unis. Sans parler des budgets, bien plus modestes qu'à Hollywood...
"Nous réalisions des films à très petit budget. Ce n'était pas une grosse production italienne. Le budget s'élevait à environ 200 000 dollars pour le film, peut-être un peu plus. C'était un budget très serré, avec des fonds allemands, espagnols et italiens, et ces trois partenaires se disputaient constamment sur la répartition des coûts. C'était un système assez chaotique, et l'efficacité n'était pas aussi élevée que celle d'une équipe américaine, britannique, ou même italienne d'aujourd'hui".
Un budget ultra serré donc, qui va de pair avec un système D pour tous les accessoires et costumes... "J'ai apporté une grande partie de mon propre matériel. J'ai acheté des jeans, apporté les bottes que je portais dans Rawhide, et en général, presque tous les costumes. Nous avons déniché quelques affaires en Espagne, mais contrairement à un film américain, ou dans toute production à budget moyen ou élevé, où l'on dispose de doubles et de triples exemplaires de tout en cas de perte ou de dommage, nous n'avions rien. Je n'avais qu'un seul chapeau; si je le perdais, c'était la fin. Il était impossible de le remplacer".
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Le tournage proprement dit ? "C’était très curieux, car on filmait une scène et, hors champ, on voyait des gens jouer au frisbee, faire des gestes ou raconter des blagues. On entendait des gens parler…" poursuit Eastwood.
Qui a, par bonheur, des souvenirs précis comme au premier jour. "Je me souviens qu'on tournait à Almería et qu'il leur fallait un arbre pour une scène de pendaison, avec une corde. Ils n'en trouvaient pas. Il y avait un vieil arbre dans le jardin de quelqu'un. Il était mort, mais il se trouvait sur sa propriété.
Alors ils ont envoyé une équipe et l'ont abattu. Le propriétaire est sorti et a demandé : "Que faites-vous ?" Et ils ont répondu : "Nous sommes des services de la voirie ; cet arbre est dangereux, il pourrait tomber sur la route, alors nous l'enlevons". L'homme les a crus. Voilà le genre de créativité dont ils faisaient preuve".
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