Une affaire turque : Lionel Erdogan raconte les coulisses de ce thriller et la révélation qui a changé sa vie à 15 ans
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À l'affiche d'Une affaire turque, où il décroche son 1er grand rôle au cinéma, Lionel Erdogan revient sur son parcours. L'acteur évoque sa collaboration avec le réalisateur et la construction de son personnage pendant près de deux ans.

Premier long métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, Une affaire turque est un thriller porté par Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün et Lubna Azabal.

Le film suit Mathieu Mustafa, un avocat d'origine turque promis à un brillant avenir. Lorsqu'il accepte d'aider un jeune homme turc en situation précaire, il se retrouve pris dans un engrenage où s'entrechoquent les attentes de sa famille, de sa communauté et ses propres convictions. Une décision qui l'entraîne au cœur d'une affaire de corruption aux conséquences imprévisibles.

Une affaire turque
Une affaire turque
Sortie : 12 août 2026 | 1h 32min
De Hüseyin Aydin Gürsoy
Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün
Presse
3,4
Spectateurs
3,8
Séances (209)

À travers ce personnage inspiré de son propre parcours, le réalisateur explore la violence psychologique que peut représenter l'intégration lorsque l'on se sent partagé entre deux mondes. Il interroge ainsi, avec tension, les notions d'identité, d'ambition et de loyauté.

Qui est Lionel Erdogan ?

Pour incarner ce héros tiraillé, Hüseyin Aydin Gürsoy a choisi le comédien français d'origine turque Lionel Erdogan. Passionné de théâtre depuis son adolescence, ce dernier s'est d'abord illustré sur les planches, notamment dans Oh Boy !, adaptation du roman de Marie-Aude Murail récompensée par le Molière du meilleur spectacle jeune public en 2010, avant de se tourner vers les écrans.

Grand amateur de cinéma, Lionel Erdogan développe très tôt une véritable passion pour le 7e art. Adolescent, il organise chez lui des ciné-clubs où il partage des films de tous horizons, des Visiteurs aux blockbusters américains, en passant par les œuvres de François Truffaut, dont il est un grand admirateur. Cet amour du cinéma et cette envie de raconter des histoires le poussent à monter sur scène et à découvrir une autre passion : celle du jeu.

Une passion qu'il poursuit depuis au théâtre, à la télévision et au cinéma, tout en la transmettant aux plus jeunes à travers l'association de théâtre qu'il dirige à Champigny-sur-Marne.

Le grand public le découvre notamment dans les séries Antigone 34, Marseille, On va s'aimer un peu, beaucoup…, Engrenages, où il incarne Tom, La Révolution, dans le rôle d'Albert Guillotin, Les Combattantes ou encore Dear You. En 2024, il partage l'affiche de la comédie L'Heureuse Élue aux côtés de Camille Lellouche avant de décrocher son premier grand rôle au cinéma avec celui de Mathieu Mustafa dans Une affaire turque.

Les films du clan

Présent dans presque tous les plans, Lionel Erdogan porte Une affaire turque avec une intensité et une sobriété qui en font le véritable moteur du film. Avec son charisme naturel et ses faux airs de Matthew McConaughey, le comédien trouve ici son premier grand rôle au cinéma et livre une interprétation tout en nuances d'un homme déchiré entre ses ambitions, sa famille et ses convictions. À l'occasion de la sortie du thriller de Hüseyin Aydin Gürsoy, nous avons rencontré Lionel Erdogan pour évoquer ce personnage complexe, son parcours et les thèmes qui traversent le film.

AlloCiné : Vous avez découvert le théâtre très jeune, à l'âge de 15 ans. Qu'est-ce qui a provoqué ce déclic pour la scène ?

Lionel Erdogan : J'ai toujours été passionné de cinéma. Quand j'étais petit, j'organisais déjà des séances de cinéma chez ma grand-mère. Je mettais des petites affichettes dans la maison avec écrit : « Ce soir séance de ciné », je choisissais le film, je préparais un plateau de pop-corn et on regardait le film dans la chambre d'amis. Le cinéma m'a toujours accompagné et m'a aussi beaucoup éduqué.

Quand j'étais enfant à Champigny-sur-Marne, ma mère me déposait au cinéma pendant les vacances et venait me récupérer le soir. J'enchaînais les films. La scène, elle, est arrivée un peu plus tard, en quatrième. La directrice de mon collège a dit à ma mère : « Il faudrait peut-être le mettre au théâtre, il a beaucoup d'énergie. » Elle pensait que ça pourrait m'aider à canaliser tout ça.

J'ai découvert quelque chose qui allait changer ma vie.

J'ai découvert un endroit incroyable, dans l'expression des émotions, des sentiments, le lâcher-prise, mais aussi dans la relation à l'autre. Je me souviens encore du jour où je suis sorti de mon premier cours : je courais dans la rue tellement j'étais heureux. À 14 ou 15 ans, j'ai découvert quelque chose qui allait changer ma vie.

JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE

Ça a été une véritable révélation ?

Oui. Avant ça, j'étais un spectateur passionné, mais je n'avais jamais goûté au plaisir de jouer, de défendre un texte avec d'autres partenaires. Là, ça a été une révélation. Depuis, je n'ai jamais arrêté.

Quels films regardiez-vous quand vous étiez enfant ? Quels films montriez-vous lors de vos ciné-clubs ?

Je montrais beaucoup de films français, notamment des comédies comme Les Visiteurs. Mais j'ai surtout eu la chance d'être curieux de tout. J'ai découvert des films très différents, de Matrix à Old Boy, en passant par Into the Wild. J'ai beaucoup été bercé par le cinéma américain. Je suis fan de Rocky.

J'ai aussi eu une période où j'ai redécouvert toute la filmographie de François Truffaut. J'avais découvert Baisers volés et je suis tombé amoureux du personnage d'Antoine Doinel. J'ai donc regardé Les 400 Coups et ses autres films.

Ce qui m'a fasciné, c'est de voir les liens entre les cinémas américain et français. J'ai eu la chance de m'éduquer avec des œuvres très différentes et de découvrir une palette très large de cinéma.

Les films du clan

Vous avez joué des personnages très éclectiques, comment choisissez-vous vos rôles ?

Il y a beaucoup de facteurs. C'est toujours une question de désir, mais aussi de rencontre. Parfois, les gens qui nous proposent des projets ont beaucoup plus d'imagination que nous-mêmes.

Par exemple, quand j'ai fait Engrenages, j'étais très jeune. Je suis venu passer une audition pour une seule journée de tournage et finalement la directrice de casting Frédérique Amand m'a proposé un rôle plus important. Le personnage a été construit avec moi et je me suis retrouvé à tourner une quarantaine de jours.

Et pour Une affaire turque ?

Pour Une affaire turque, ce qui a été déterminant, c'est évidemment l'histoire, qui résonnait énormément avec ma vie. Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit : « J'ai envie de défendre ce film et ce personnage. » Mathieu n'est ni un gentil ni un méchant. C'est quelqu'un qui fait des erreurs, qui a ses contradictions, et c'est ce relief qui m'intéressait.

La rencontre avec Hüseyin Aydin Gürsoy a aussi été essentielle. On avait une éducation commune, une histoire familiale qui nous rapprochait, notamment autour de la pudeur et du silence. Il y avait des choses que nous n'avions pas besoin d'expliquer, parce qu'elles faisaient partie de notre vécu, comme le rapport au père.

Hüseyin Aydin Gürsoy et Lionel Erdogan Pierre Perusseau / Bestimage
Hüseyin Aydin Gürsoy et Lionel Erdogan

Vous aimez donc particulièrement vous transformer d'un rôle à l'autre ?

Oui, c'est quelque chose qui me passionne. J'aime passer d'un personnage à un autre et me dire : « Ce n'est plus moi. » J'adore explorer l'intériorité des personnages.

Je ne suis évidemment plus le même acteur ni le même homme qu'à 20 ans. Cette année, j'ai enchaîné des personnages très différents. Ce que j'aime, c'est quand les gens me disent : « Attends, c'est toi qui jouais dedans ? » Cela signifie que j'ai réussi à disparaître derrière le personnage.

Vous avez été très impliqué dès le début. Le réalisateur explique qu'il a passé près de deux ans à construire ce personnage avec vous, et que vous avez participé aux essais avec les autres acteurs. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre implication ?

Ça a été un vrai travail à trois avecHüseyin Aydin Gürsoy et François Rivière, le directeur de casting. Comme le film avait un petit budget, les essais avec les comédiens sont devenus un véritable laboratoire pour construire le personnage.

Notre grande obsession était l'empathie. Mathieu fait des choix discutables, mais il fallait que le spectateur puisse comprendre pourquoi il agit ainsi, même s'il n'est pas forcément d'accord avec lui.

Ces deux années nous ont permis d'échanger énormément sur le personnage, sur les dialogues, sur les silences, sur son rapport aux autres. On a notamment beaucoup travaillé la relation avec Abdullah et avec sa sœur. Les essais nous ont permis d'arriver très préparés sur le plateau, tout en gardant la possibilité de nous laisser surprendre par l'instant.

Les films du clan

Mathieu n'est pas irréprochable. Il porte certains préjugés sur sa propre communauté, persuadé que l'argent peut tout réparer, et il pense aussi pouvoir manipuler les responsables politiques parce qu'il se croit plus malin qu'eux. Mais il se retrouve finalement prisonnier de ses propres certitudes. Est-ce que le film raconte aussi les dangers de croire que l'on est plus intelligent que les autres ?

Oui. Hüseyin parlait beaucoup de « l'erreur de jugement ». Mathieu est persuadé qu'il maîtrise les choses, qu'il connaît les codes, qu'il peut tout gérer. Il répète souvent : « Je m'en occupe. »

Mais son erreur, c'est justement de croire qu'il est au-dessus des autres. Il pense avoir laissé certaines choses derrière lui, notamment son héritage culturel, mais il se rend compte qu'elles font partie de lui.

Le film rappelle qu'il faut toujours écouter l'être humain que l'on a en face de soi.

Ce qu'il croit être une force devient finalement sa faiblesse. Le film rappelle qu'il faut toujours écouter l'être humain que l'on a en face de soi, au-delà de son origine, de sa communauté ou de son histoire.

Le personnage de Mathieu est très intérieur. Comment avez-vous travaillé cette retenue et cette pudeur ?

Hüseyin avait une vision très claire de cette pudeur. C'est aussi ce qui fait la force du film : il sait parfaitement ce qu'il faut dire et ce qu'il faut laisser dans le silence.

Sur le tournage, on s'est rendu compte que certaines scènes avaient parfois trop de mots. Ce qui était intéressant, c'était de laisser une place au spectateur. Qu'il puisse se demander : « Qu'est-ce que j'aurais fait à sa place ? Est-ce que j'aurais accepté cette enveloppe ? Est-ce que j'aurais agi comme lui ? »

Le film parle d'une communauté précise, mais au fond il devient universel parce qu'il interroge chacun d'entre nous.

Les films du clan

En effet, à la fin du film, on se demande vraiment : "Et moi, qu'aurais-je fait à sa place ?". Après avoir vécu avec Mathieu pendant près de deux ans, quel regard portez-vous sur ses choix ?

Je me suis beaucoup posé la question et je suis parti du postulat qu'à partir du moment où il propose l'argent à Abdullah, c'est sincèrement pour le sauver. Le fond de sa démarche est sincère. Quand il lui dit : "Tu vas te trouver un projet, ça va aller mieux", il a sincèrement cette envie de sauver ce garçon.

Je suis parti de ce postulat-là, sinon je pense que tout ce qui découle après, j'aurais eu du mal à le défendre. Il fallait que je trouve sa part de sincérité et d'honnêteté, parce qu'après évidemment, il arrange les choses à sa façon pour s'en sortir.

C'est ce qui m'intéressait dans ce personnage : il ne fait pas les choses uniquement par intérêt. Il agit aussi par loyauté, par rapport à son éducation, à sa famille, à son père. C'est cette contradiction qui le rend humain.

Comment s'est déroulée votre collaboration avec Charles Berling, qui incarne une figure de mentor pour Mathieu ?

J'avais énormément d'admiration pour Charles Berling, notamment grâce à son parcours au cinéma et au théâtre. Il est arrivé à la fin du tournage avec une scène très forte, un long monologue, et pourtant la confiance s'est installée immédiatement.

Les films du clan

Hüseyin avait créé une équipe très bienveillante, ce qui a facilité les choses. Avec Charles, on s'est rapidement compris. On a beaucoup travaillé dans le sous-texte, dans les regards, les silences, les petits sourires qui n'étaient pas forcément écrits mais qui construisaient la relation entre Claude et Mathieu.

Pour Mathieu, Claude représente presque le père qu'il n'a pas eu. Il fallait donc créer une relation forte pour que la trahison ait encore plus d'impact.

Après plus de 15 ans de carrière, quels rôles rêveriez-vous encore de jouer ?

J'aimerais beaucoup faire une film d'action, avec une vraie transformation physique. J'aime les rôles qui demandent une préparation, comme un boxeur dans Raging Bull ou La Rage au ventre.

Ce que j'aime dans ces préparations, c'est qu'elles me ramènent à l'enfance : apprendre quelque chose de nouveau, découvrir une discipline, prendre le temps d'explorer. C'est aussi pour ça que j'aime ce métier.

Quels sont vos futurs projets ?

J'ai terminé la saison 2 de De Grâce pour Amazon Prime Video, j'ai tourné Les témoins, une comédie romantique réalisée par Noémie Lefort avec Constance Labbé, et une série intitulée Passe-muraille, librement adaptée de Marcel Aymé, écrite par Mathieu Missoffe et réalisée par Kasha Adamik.

Je continue aussi mes activités associatives à Champigny-sur-Marne avec mon association de théâtre pour enfants, et j'écris actuellement mon premier court-métrage que j'espère tourner prochainement.

Une Affaire turque est à découvrir au cinéma dès ce mercredi 12 août.

Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.