L'Odyssée : ce classique de la science-fiction des années 60 a inspiré l'une des images les plus fortes du film de Christopher Nolan
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Le plan du Cheval de Troie en partie immergé dans "L'Odyssée" vous rappelle quelque chose ? C'est peut-être normal, car Christopher Nolan a avoué s'être inspiré d'une image d'un classique de la science-fiction qui l'a durablement marqué.

À force de parler du Cyclope, de la séquence terrifiante chez Circé ou du passage aux Enfers, tourné à la lueur du soleil de minuit en Islande, on en oublierait presque ce plan du Cheval de Troie qui dépasse de la mer dans L'Odyssée, histoire d'accentuer son statut de cadeau (empoisonné) de Poséidon. L'une des premières images du nouveau film de Christopher Nolan, et sans aucun doute l'une des plus marquantes, qui nous reste en tête longtemps après le visionnage, tant le cinéaste arrive à rendre iconique le symbole de la ruse mortelle concoctée par Ulysse.

L'Odyssée
L'Odyssée
Sortie : 15 juillet 2026 | 2h 53min
De Christopher Nolan
Avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway
Presse
4,1
Spectateurs
4,3
Séances (1 403)

Si cette image devait passer à postérité et immédiatement permettre d'identifier L'Odyssée lorsque que nous la reverrons dans cinq ou dix ans, ce ne sera qu'un juste retour des choses. Car Christopher Nolan a révélé s'être inspiré de l'un des plans d'un classique de la science-fiction des années 60, aujourd'hui considéré comme l'un des plus célèbres de l'Histoire du Cinéma : celui de la Statue de la Liberté en partie détruite et plantée dans le sable à la fin de La Planète des singes.

Une vision d'autant plus inoubliable qu'elle s'accompagnait d'une révélation choquante : la célèbre planète dominée par les singes sur laquelle l'astronaute joué par Charlton Heston s'était écrasé, dans le film sorti en 1968, n'était autre que la Terre, détruite par les humains plusieurs siècles auparavant. Un twist mémorable, symbole de la peur du nucléaire et d'une Troisième Guerre Mondiale qui pesait alors sur l'humanité, six ans après la crise des missiles de Cuba.

Né en 1970, Christopher Nolan ne les a pas découverts dès sa sortie, mais le film et son final l'ont durablement marqué, au point d'inspirer sa vision du Cheval de Troie qu'il a bien failli faire aboutir... il y a vingt-deux ans : "J'ai brièvement été attaché à la réalisation de Troie, produit par la Warner d'après un scénario de David Benioff", rappelle le cinéaste à Stepping Through Film, sans souligner que cela nous aurait sans doute privés de sa trilogie The Dark Knight, voire de films comme Inception, si cela avait abouti avec lui et non Wolfgang Petersen, qui venait de voir son projet Batman v Superman tomber à l'eau.

On est donc contents que les choses se soient passées ainsi, mais ça n'est pas le principal ici : "Dans le cadre [du projet Troie], j'ai dû réfléchir à la manière dont je voulais représenter le Cheval de Troie et plusieurs images me sont venues en têtes, dont celle du Cheval en partie enfoncé dans le sable, sur le point d'être emporté par la mer. Cette idée très précise venait du fait que j'avais été très influencé par La Planète des singes quand j'étais enfant, avec la Statue de la Liberté à moitié détruite. Mon approche tournait autour de ce symbole de la chute d'un monument, donc je savais très précisément ce que je voulais faire avec."

"Mon approche tournait autour de ce symbole de la chute d'un monument"

"J'avais aussi l'image d'un soldat qui décapite une statue. C'était très important pour moi et j'avais aussi une idée très précise de la manière dont je voulais filmer la scène, ce qui n'est pas souvent le cas avec moi. Il s'agissait d'une exception, alors que ce que je cherche généralement à faire c'est construire une réalité - ou un sensation de réalité - dans laquelle plonger les acteurs, et me reposer sur leurs performances plutôt que sur des images (...) Mais quand une image vit depuis aussi longtemps dans votre tête, il vous faut trouver une manière bien préciser de la concrétiser."

Outre ses qualités plastique et sa manière d'imprimer la rétine, cette image ancre un peu plus L'Odyssée comme film miroir d'Oppenheimer quand on connaît l'influence principale de Christopher Nolan : comme le père de la bombe atomique, Ulysse y est présenté comme un homme dont le génie a causé le chaos et mis fin au monde qui était jusqu'ici le sien, le Cheval de Troie étant alors l'équivalent de l'arme de destruction massive lâchée sur Hiroshima et Nagasaki en 1945.

"Quand une image vit depuis aussi longtemps dans votre tête, il vous faut trouver une manière bien préciser de la concrétiser"

Une idée qu'incarne également le final de La Planète des singes, où les ruines de la Statue de la Liberté représentent la destruction de l'humanité par les Hommes. Une peur qui semble habiter Christopher Nolan ces dernières années, comme l'ont prouvé Interstellar et son ambiance de fin du monde ou encore Tenet et sa menace de conflit nucléaire au coeur du récit, avant qu'Oppenheimer et L'Odyssée n'enfoncent le clou, en s'appuyant sur deux films et genres distincts (le biopic d'un côté, le péplum de l'autre) pour parler des conséquences de la guerre et de la violence dont font preuve les humains, sans hésiter à franchir des points de non-retour.

Maximilien Pierrette
Maximilien Pierrette
-Rédacteur cinéma
A défaut de pouvoir voyager dans le temps pour de vrai, il s’abandonne corps et âme dans les casse-têtes temporels de Christopher Nolan dont il aimer disséquer le style et les thèmes de prédilection. Y compris dans ses films plus terre-à-terre.
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