"Qu'ils aillent tous se faire foutre !" William Friedkin ne supportait pas cette idée et ne se privait pas de le faire savoir
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Le réalisateur William Friedkin était connu pour parler sans filtre. Dans cette logique, il avait notamment décoché quelques flèches à destination des jurys des festivals, dont il n'aimait pas le principe de la compétition...

Disparu en août 2023 à l'âge de 87 ans, William Friedkin était un cinéaste de légende. Devenu incontournable depuis French Connection, il a marqué d'une empreinte indélébile le cinéma des années 70-80, en amenant entre autres l'horreur jusque dans l'antre des Oscars avec son film mythique, L'Exorciste.

Personne n'est prêt à oublier son multi oscarisé French Connection, classique absolu du cinéma américain où Gene Hackman livre une extraordinaire composition sous les traits du flic irascible et brutal Jimmy Doyle, dit "Popeye". Pas plus que l'on est prêt à oublier son Sorcerer, sorti 24 ans après Le Salaire de la peur mais qui lui est pourtant supérieur.

Ni même Police Fédérale Los Angeles, ce chef-d'œuvre emblématique et virtuose des années 80, dans lequel, grâce à son approche esthétique et sa musique très ancrées dans leur époque, il brouillait les frontières entre flics et malfrats, en mettant en scène un mortel jeu du chat et de la souris dans une cité des anges plus babylonienne que jamais.

"Ce n'est même pas une pustule sur le trou du cul du monde !"

Cinéphile absolu, Friedkin était aussi connu pour livrer ses pensées sans filtre, avec une brutale franchise; que ce soit sur des collègues, des acteurs ou actrices. A un journaliste qui lui demandait son sentiment sur Al Pacino qui avait critiqué la fin de son film Cruising, Friedkin lui lâchait un "j'en ai strictement rien à foutre de ce que pense Al Pacino. Je me soucie beaucoup par exemple de ce qu'un acteur comme Tommy Lee Jones pense, parce que c'est un acteur brillant, préparé, professionnel. Il réfléchissait plus sur son personnage que moi. Il venait sur le tournage avec des idées absolument brillantes. Je ne pense pas la même chose avec Al Pacino".

Certains d'entre vous se souviennent aussi, peut-être, de son échange totalement lunaire et savoureux avec Nicolas Winding Refn, qui parle de son film Drive, sans modestie, comme d'un chef-d'oeuvre. "Je l'ai réalisé il y a quatre ans" dit Refn.

"Quatre ans c'est rien, même pas une pustule sur le trou du cul du monde !" lui rétorque Friedkin. "2001 l'odyssée de l'espace a été fait en 1968, et il tient encore magnifiquement le coup, bien meilleur que toutes les daubes qui ont essayé de le copier".

"La compétition entre films, c'est une sale blague"

Le réalisateur de L'Exorciste avait aussi dans sa besace quelques flèches à l'attention des membres de Jury de festivals, lâchées dans cette séquence d'un formidable documentaire hélas inédit chez nous, Friedkin Uncut, diffusé en 2018. Il fut d'ailleurs présenté à la Mostra de Venise cette année-là.

Friedkin s'en prend aux jurys de festivals et à l'idée même de compétition entre films. Il dit en substance qu'il refuse l'idée d'un groupe de gens s'estimant qualifiés pour juger qu'un film vaudrait mieux qu'un autre, citant en exemple absurde l'idée de comparer La Dolce Vita à Batman v Superman.

"Juger un film meilleur qu'un autre n'est rien d'autre qu'une conclusion purement subjective. Je ne veux pas qu'une bande d'imbéciles qui s'appellent eux-mêmes juges, assis dans une putain de pièce, lâchent un "Oh ! Cette Dolce Vita n'est pas aussi bon que Batman Vs Superman". Qu'ils aillent se faire foutre, eux, leurs montures, le navire qui les a amené jusqu'ici, et jusqu'au chien qui les suit !" Cette sortie a d'ailleurs beaucoup circulé sur les réseaux sociaux après la mort du cinéaste. C'est du Friedkin pur jus — provocateur, grande gueule, mi-sérieux mi-goguenard.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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