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    Il y a 40 ans, Pinochet faisait un coup d'Etat au Chili : 5 oeuvres à découvrir autour du sujet
    11 sept. 2013 à 10:45
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    11 septembre 1973 - 11 septembre 2013 : il y a 40 ans, le président du Chili, Salvador Allende, était renversé par un coup d'Etat militaire. A la tête de la Junte, un général encore tout récemment rallié à la cause des putschistes : Augusto Pinochet. Le début d'une terrible dictature qui va durer 15 ans...A l'occasion de cette commémoration, voici 5 oeuvres qu'on vous conseille autour du sujet.

    11 septembre 1973 - 11 septembre 2013 : il y a 40 ans, le président du Chili démocratiquement élu, Salvador Allende, mourrait les armes à la main, tandis que l'ultime assaut des soldats putschistes était donné sur la Moneda, la résidence présidentielle. A la tête d'une poignée de généraux putschistes, un officier encore tout récemment rallié à la cause des insurgés : Augusto Pinochet. Le début d'une terrible dictature et répression qui va durer 15 ans, faire des milliers de morts et disparus...que les familles endeuillées cherchent encore. En 2004, on comptabilisait encore 33.221 arrestations arbitraires et cas de tortures entre 1973 et 1990, dont 27.255 pour des raisons politiques. A l'heure où le Chili commémore cette page tragique de son Histoire, voici cinq oeuvres qu'on vous conseille autour du sujet. Le cinéma comme gardien de la mémoire. Mais avant cela, petit retour en arrière sur le sujet, pour resituer le contexte.

     

    Salvador Allende, le "camarade président"

     

    Le 4 septembre 1970, le socialiste Salvador Allende est élu président du Chili, à l'issu d'un scrutin extrêmement serré. S'appuyant sur une large coalition de la gauche, il met en place d'importantes réformes économiques : il nationalise les mines de cuivre, relève les salaires, lance une réforme agraire...En 1972 pourtant, les profondes réformes engagées et les pression extérieures, largement entretenues par les Etats-Unis, entraînent un regain de polarisation dans la société chilienne.  La tension déborde aussi largement dans la rue, habilement entretenue par l'opposition. En 1972, le pays sombre dans la récession. Privé du soutien des élites économiques effrayées par la poussée "marxiste", le Chili voit les conditions de vie de sa population se dégrader fortement, avec une inflation galopante. En Juin 1973, une tentative de coup d'Etat contre Allende échoue, grâce aux forces loyalistes du Général Prats, ministre de la Défense et commandant de l'armée.

     

    A l'été 1973, tandis que le pays est plongé dans une très grave crise avec la grève des camionneurs (dont le rôle essentiel s'explique aussi par la géographie du pays), Prats est vivement critiqué par ses pairs en raison de son loyalisme à un gouvernement de gauche...Sous la pression, il démissionne de son poste le 23 août. Allende le remplace par un général réputé sans envergure et apolitique : Augusto Pinochet. Contacté par l'Amiral Merino, qui se vante du soutien d'une grande partie du corps des généraux et des Etats-Unis, Pinochet rejoint les putschistes.

     

    Le 11 septembre, la Marine chilienne s'empare de Valparaiso, poumon économique du pays. A santiago du Chili, l'armée de Terre se met en branle. Les généraux putschistes adressent un ultimatum à Allende, retranché dans le palais de la Moneda depuis 7h du matin avec 42 combattants restés fidèles. "Le président de la République élu par le peuple ne se rend pas" dit-il. Il enregistre une ultime adresse à la nation, que vous pouvez écouter / lire ci-dessous. Un discours terrible et poignant.

     

    Peu avant midi, la chasse aérienne bombarde la Moneda à coups de roquettes : des images filmées en direct, qui feront le tour du monde. Lorsque les soldats putschistes finissent par envahir la Moneda, ils tombent sur le corps sans vie de Allende : il s'est donné la mort avec son AK-47, le fusil d'assaut que lui avait offert Fidel Castro. Une ironie d'autant plus cruelle lorsque l'on connait la célèbre formule du Lider Maximo : "la liberté, ou la mort".

     

    A 19h, les chefs du soulèvement s'adressent au pays, à commencer par Pinochet : "les forces armées et forces de l'ordre ont agi aujourd'hui avec la volonté patriotique de sortir le pays de l'extrême chaos dans lequel le précipitait le gouvernement marxiste de Salvador Allende". Le général de l'armée de l'Air Gustavo Leigh ajoute : "nous avons supporté ce cancer marxiste pendant trois ans qui nous a mené à un désastre économique, moral et social. Cela devenait intolérable. Dans l'intérêt de la Patrie, nous nous sommes vus obligés d'assumer cette triste et douloureuse mission que nous avons entreprise".

     

    Ci-dessous, un reportage français, saisissant et glaçant, tourné peu après les événements du 11 septembre. "On nous traite bien" lancent des détenus à la caméra, devant leurs tortionnaires au sein du stade national où sont parqués les suspects...Beaucoup d'entre eux finieront fusillés.

     

    Ci-dessous, les images du bombardement de la Moneda, qui ont fait le tour du monde...

    1 - La Bataille du Chili (1973 - 1979)

    Monument du cinéma militant des années 1970, La Bataille du Chili de Patricio Guzmán est à juste titre considéré comme un des dix plus grands films politiques de l'histoire du cinéma. D'une durée de cinq heures, le documentaire est découpé en trois parties : "L'insurrection de la bourgeoisie", "Le coup d'Etat" et "Le Pouvoir populaire". Réalisé entre 1973 et 1979, avec la contribution de Chris Marker et de l'Institut du Cinéma Cubain, le film retrace l'histoire du gouvernement de Salvador Allende, la marche vers le coup d'Etat et la dictature de Pinochet.

     

    "A l'âge de 30 ans, j'ai été le témoin privilégié de la révolution chilienne. Devant mes yeux de jeune cinéaste éclate une révolution soutenue par des millions de personnes rêvant de justice sociale. La Bataille du Chili n'est pas un film journalistique. Ce n'est pas non plus un film d'archives. C'est la preuve cinématographique, jour après jour, de l'agonie d'une expérience révolutionnaire qui touche le monde entier parce qu'elle se présente comme une expérience pacifique du passage au socialisme" explique Guzman. "Quelques jours après le coup d'Etat, j'ai été arrêté chez moi et menacé d'exécution. par la suite, j'ai été emprisonné durant 15 jours au Stade National. Quand j'ai recouvré la liberté, je suis parti du Chili avec tout le matériel, en direction de l'Europe et Cuba, où j'ai réalisé la post-production. Jorge Muller Silva, le chef opérateur du film, a été arrêté par la police militaire de Pinochet en novembre 1974. Il fait partie de ces milliers de disparus chiliens..."

     

    2 - Missing (Porté Disparu) (1982)

     

    Cinéaste politique engagé par excellence, avec des oeuvres telles que Z ou L' AveuCosta-Gavras signe en 1982 une oeuvre puissante : Missing. Jack Lemmon et sa femme Sissy Spacek, partant à la recherche de leur fils disparu dans les premières purges menées par la dictature...Le film s'inspire en fait de la disparition du citoyen américain Charles Horman, exécuté par la Junte de Pinochet au Santiago National Stadium le 18 septembre 1973. Journaliste, cinéaste âgé de 31 ans,  Horman était venu au Chili par sympathie pour les réformes sociales que tentait de mette en place Salvador Allende. Une Palme d'or cannoise largement méritée, ainsi que le Prix d'interprétation pour un extraordinaire Jack Lemmon.

     

    La bande-annonce :

     

    3 - Il pleut sur Santiago (1975)

    A l'instar de son compatriote Patricio Guzmán, Helvio Soto s'est réfugié en Europe, fuyant la dictature de Pinochet. A peine deux ans après le coup d'Etat, le metteur en scène signe Il pleut sur Santiago. Réalisé presque à chaud en 1975, ce qui lui donne en cela un vrai intérêt historique, cette coproduction aligne en outre une belle brochette d'acteurs : Jean-Louis Trintignant, Annie Girardot, André Dussollier, Marthe Keller...On peut toutefois préférer ses deux films précédents, qui entraient en résonance avec les débats politiques de la gauche au Chili, portée au pouvoir par Salvador Allende (Vote plus fusil en 1970  et Métamorphose d'un chef de la police politique en 1973). Il pleut sur Santiago mérite quand même le coup d'oeil, ne serait-ce par exemple que dans la reconstitution des tortures perpétrées au sein du tristement célèbre Stade National, ou environ 40.000 personnes ont été détenues.

     

    4 - Santiago 73, Post Mortem (2010)

    Né en 1976, le cinéaste chilien Pablo Larraín est un enfant de la dictature. Marqué par l'histoire de son pays, on lui doit une trilogie singulière et attachante : Tony Manero en 2008, Santiago 73, Post Mortem, et No en 2012, porté par un impeccable Gael García Bernal. No, ou comment un référendum populaire, après une intense et difficile campagne publicitaire, sonne le glas de la dictature de Pinochet en 1988. Hautement recommandable. Dans Santiago 73, Post Mortem, le film qui nous intéresse ici, l'idée est de mettre en scène le personnage de Mario Cornejo. Le personnage interprété dans le film par Alfredo Castro, a vraiment existé. C'est en fait le nom de l'employé qui travaillait à la morgue et qui a rédigé le rapport d'autopsie de Salvador Allende...

     

    Ci-dessous, la bande-annonce :

     

    5 - Salvador Allende (2004)

    Si on aurait pu vous recommander Le Cas Pinochet, qui revient sur l'assignation à résidence du dictateur en Grande-Bretagne au début des années 2000 (avec en point d'orgue une hallucinante séquence, où Margaret Thatcher, une vieille amie, ose lui dire  : "finalement, c'est vous qui avez apporté la démocratie au Chili"...), on terminera notre sélection en compagnie de celui avec qui nous avons ouvert notre papier : Salvador Allende.

     

    Réalisé en 2004, ce remarquable documentaire, toujours signé Patricio Guzmán, est un véritable complément à La Bataille du Chili, mais se concentre cette fois-ci sur le personnage, porteur de toute les espérances d'un peuple, avant que la dictature ne mette fin à l'une des plus anciennes et durables expériences de démocratie en Amérique du Sud. En point d'orgue, le rôle déterminant des Etats-Unis, le président Richard Nixon et son conseiller Kissinger en tête. La même année, Nixon, bientôt surnommé "Tricky Dick", Richard le truqueur, ordonne secrètement le bombardement du Cambodge, pays pourtant neutre, dans l'ultime phase de la Guerre du Viêtnam...

     

    Ci-dessous, la bande-annonce :

     

    Olivier Pallaruelo

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    Commentaires
    • AlloCine
      @SimonHP : nous en parlons en fait...il suffit juste de (bien) relire la news.
    • SimonHP
      Même pas citer le film No ?
    • Nathalie T.
      Un article super intéressant pour compléter celui de Allociné : http://www.contrepoints.org/20... Une période passionnante, merci pour les recommandations de films!
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