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    Buena Vista Social Club Adios, Le Parrain 2… Cinq films pour capter l'essence de Cuba
    Par Raphaëlle Raux-Moreau — 27 juil. 2017 à 18:15

    Complexe, riche, fascinante… L'histoire de Cuba et ses luttes ont jalonné le cinéma et les documentaires. A l'occasion de la sortie de "Buena Vista Social Club : Adios", focus sur cinq films qui ont su capter l'essence si particulière de l'île...

    "Buena Vista Social Club", de Wim Wenders
    1. "Buena Vista Social Club", de Wim Wenders +

    De la colonisation espagnole à l'arrivée des esclaves africains, de l'ingérence américaine au régime du dictateur Batista, de la Révolution à l'ascension du régime communiste de Fidel Castro, de l'embargo américain aux multiples exils des Cubains vers Miami... C'est peu de dire que Cuba a subi de très nombreux soubresauts au cours de son histoire. Et le cinéma ne pouvait que tenter de s'en emparer.

    Pour capter l'essence de cette île déconcertante des Caraïbes, au passé complexe, dotée d'un charme fou et d'une culture riche et étonnante, découvrez notre sélection de cinq films...

    Buena Vista Social Club: Adios Bande-annonce VO
    1. Buena Vista Social Club : Adios

    Il y a presque 20 ans, le documentaire de Wim Wenders nous plongeait dans les coulisses de la tournée du Buena Vista Social Club qui, en 1997, avait remis sur le devant de la scène la musique cubaine grâce à son album phénomène. 20 ans plus tard, Buena Vista Social : Adios, réalisé par la britannique Lucy Walker, entreprend de prolonger l'histoire de cette formation musicale à l'occasion de la tournée d'adieux du groupe.

    Pour cela, elle convoque le passé et le présent, faisant de son film autant une "origin story" qu'une suite au documentaire de Wenders. Le producteur de disques Nick Gold et le leader du groupe Juan de Marcos Gonzales racontent ainsi comment le groupe est né de leur idée de recréer le fameux "son" cubain, en ravivant ces mélodies cubaines traditionnelles qui ont ensuite nourri la salsa, le tout avec les talents qui les avaient interprétées à la base. A l'époque de la formation du groupe, ces derniers étaient soit à la retraite, soit oubliés ou dans la misère...

    Face caméra, les membres du groupe confient leurs histoires et leurs parcours et ceux qui ne sont plus là, comme Ibrahim Ferrer, décédé en 2003, se dévoilent aussi via des images d'archives. Mais, le documentaire met aussi en lumière un autre passé émouvant, celui de Cuba, en puisant dans les racines musicales de l'île. Il évoque les mélodies africaines ou espagnoles, le jazz, explorant une gloire perdue et toutes les déchirures de l'île qui ont justement donné naissance à cette culture cubaine.

    2. Le Parrain 2ème partie (1974)

    Cuba joue un rôle essentiel dans le second volet de l'une des plus belles sagas du cinéma : Le Parrain. Affaires, argent, organisation de meurtres, révolution, bannissement... L'épisode cubain est très riche en rebondissements, dévoilant non seulement la manière dont Michael reprend les affaires, les soubresauts politiques du moment mais, surtout, la trahison de Fredo... 

    Dans Le Parrain, 2e partie où l'on suit en flashbacks l'ascension du jeune Vito Corleone, Michael poursuit, lui aussi, la marche de son destin criminel en cherchant à développer ses affaires. L'un de ses futurs gros contrats doit ainsi se conclure à La Havane avec le gangster juif Hyman Roth. Les deux hommes ont une relation ambiguë et très complexe. Michael suspecte fortement que Roth a cherché à le tuer, mais doute aussi de la viabilité d'investir à Cuba, sentant que les Révolutionnaires sont sur le point de renverser le gouvernement de Batista.

    Il ne se trompera pas puisque, le soir du réveillon du Nouvel An, l'embrasement a lieu et, devant la caméra de Coppola, les rues de La Havane sont prises de panique. Michael fuit de justesse l'île juste après avoir donné à son frère le fameux baiser de la mort. A noter que les scènes cubaines n'ont pas été filmées à La Havane mais à Saint-Domingue en République Dominicaine. Et pourtant, on s'y croirait...

    3. Retour à Ithaque (2014)

    En 2012, Laurent Cantet avait déjà participé au documentaire 7 jours à la Havane. Deux ans plus tard, le réalisateur français est retourné à Cuba pour tourner Retour à Ithaque. Un film audacieux et très émouvant tourné uniquement sur une terrasse dominant La Havane et qui suit les retrouvailles, douces-amères, entre cinq amis, âgés de 50 à 60 ans, réunis pour fêter le retour de l'un d'entre eux, Amadeo. Parti en exil en Espagne 16 ans plus tôt, ce dernier a laissé derrière lui des rancoeurs et de lourds souvenirs.

    Au travers de cette soirée animée, ils vont évoquer leur jeunesse et les espoirs que la Révolution leur permettait alors et, forcément, leurs désillusions d'aujourd'hui. Une manière pour Laurent Cantet de donner cours à une douloureuse nostalgie, faite de rêves perdus, d'isolement et de course après la vie, mais aussi de revisiter l'histoire de Cuba et ses interdits (on entend d'ailleurs dans le film la chanson "California Dreamin’" de The Mamas & The Papas, interdite dans leurs jeunes années). Cette plongée intimiste dans la société cubaine est aussi permise par l'utilisation de ce lieu unique qui favorise les dialogues, comme nous l'avait expliqué le réalisateur à la sortie du film : 

    "Le pari que j'ai fait, c'est de tourner dans un décor unique qui est une terrasse qui domine la Havane (...) C'est un lieu assez incroyable parce que, d'un côté, il y a la mer, qui devient noire au cours de la nuit évidemment et qui représente toute l'ouverture, souvent impossible, vers l'extérieur, et qui matérialise aussi l'insularité de Cuba. Et puis, de l'autre côté, on a une autre mer, mais une mer de toits, de "toits-terrasses", avec des gens qui vivent là, des enfants qui jouent sur les toits et beaucoup de sons qui arrivent de la rue, comme si la ville s'invitait sur cette terrasse à tout moment."

    4. Fraise et Chocolat (1993)

    C'est l'un des films cubains les plus connus et le seul film cubain à avoir décroché une nomination à l'Oscar du Meilleur Film Etranger (1995). On le doit à Juan Carlos Tabío et Tomás Gutiérrez Alea, l'un des cinéastes les plus reconnus de son pays qui a notamment réalisé Mémoires du sous-développement, qui suit la période entre l'invasion de la Baie des Cochons et la crise des missiles de Cuba, à travers la vie d'un intellectuel.

    Fraise et Chocolat est l'un des derniers films réalisés par Alea, avant sa mort en 1996. Il a eu beaucoup de retentissement à l'international mais aussi, évidemment, sur l'île. L'histoire se déroule dans le Cuba des années 90, qui vit depuis des décennies sous la coupe de Fidel Castro, et déroule la drôle d'amitié qui va se nouer entre deux hommes que tout oppose. David, un jeune étudiant membre du parti communiste, et Diego, un artiste plus mûr et plus cultivé, qui a subi toutes les exclusions du régime parce qu'il était homosexuel. Entre suspicion, préjugés, acceptation des différences et diversité de la pensée, les deux hommes vont se rapprocher, les deux cinéastes livrant une peinture plus complexe qu'il n'y parait de la société cubaine.

    Adapté d'une nouvelle de Senel Paz, le film explore cette amitié au travers de plusieurs thématiques sensibles, comme les préjudices causés à la communauté homosexuelle durant le règne de Castro mais aussi l'incitation à la dénonciation qui s'y déroulait à l'époque. 

    5. Chico & Rita (2011)

    Ce beau film d'animation est une nouvelle preuve de la passion que les cubains vouent à la musique. Le Buena Vista Social Club de Wim Wenders a d'ailleurs servi de référence aux réalisateurs. Mais Chico & Rita est aussi une histoire d'amour contrariée entre un pianiste et une chanteuse cubaine, le tout courant sur toute une vie. En arrière-plan, on découvre le Cuba de la fin des années 40, un moment charnière et magique dans l'histoire de la musique cubaine.

    Aux manettes, on retrouve Fernando Trueba et l'artiste Javier Mariscal, qui a recréé Cuba à l'image. Pour représenter l'île au mieux, ce dernier a fait beaucoup de recherches sur place pour s'imprégner de l'ambiance. Mais, pour reconstituer la Havane de l'époque, ses rues ou ses lieux phares qui avaient bien souffert des outrages du temps et de la négligence au moment de la production, Mariscal s'est appuyé sur des archives photographiques.

    D'autres photos l'ont aussi aidé à retranscrire les looks de l'époque, notamment celles prises lors des vols des Etats-Unis vers Cuba dans lesquels on retrouvait de nombreux musiciens. 

    Bonus. Soy Cuba (1964)

    Film majeur de l'histoire du cinéma, Soy Cuba (Je suis Cuba) est aussi un véritable film de propagande qui n'a d'ailleurs pas reçu un accueil positif à Cuba, les Cubains estimant qu'il donnait une vision très cliché de ce qu'ils étaient. Et pourtant, filmé au coeur de La Havane, ce film, plein de prouesses, s'il ne donnait pas la vérité du Cuba de l'époque, en est l'inoubliable symphonie et marque un vrai tour de force en termes de cinéma.

    Après l'avènement de Castro et l'embargo américain, Cuba, isolée, trouve une alliée en l'URSS qui, de son côté, cherche à faire passer les idéaux communistes à l'international. L'idée est donc lancée de développer un film narrant Cuba, sur quatre histoires distinctes, du régime de Batista jusqu'à la Révolution cubaine. 

    Derrière cette production communiste, on retrouve le réalisateur russe Mikhail Kalatozov qui livre une succession de plans séquences virtuoses, des innovations techniques et un Noir et Blanc travaillé. Découvert dans les années 90 par de grands cinéastes (notamment Scorsese), ce film oublié a finalement fait l'objet d'une restauration. 

    => Pour aller plus loin dans l'histoire de Cuba, découvrez aussi Che de Steven Soderbergh ou encore Avant la nuit avec Javier Bardem.

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    Commentaires
    • steeve1606
      Et Havana avec Robert Redford
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