Dans le domaine de la série B et du film de genre, rares sont les sous-genres aussi prolifiques que celui des films de requins. Depuis « Les Dents de la mer », la référence absolue en la matière il y a près de cinquante ans, il y a bien eu plusieurs centaines de films mettant en scène le grand prédateur. Ce poisson inspire décidément le septième art bis comme jamais. Que ce soit pour des films sérieux comme le très tendu et réussi « Instinct de survie », des dérivés où le requin est une option comme le récent et tout aussi réussi « Prédateur en eaux troubles » ou le prochain Renny Harlin « Deep Water » ou encore des œuvres plus légères comme le blockbuster « En eaux troubles » et sa suite avec Statham ou le culte et génialement débile « Peur bleue », déjà du susnommé Harlin. D’ailleurs, à ce rythme les studios vont manquer de mots pour titrer ces productions sur le sujet! Et puis il ne faut pas oublier la palanquée de séries Z innombrables que le squale a pu inspirer du type « Sharknado » et consorts, où on peut aussi bien croiser des requins volants ou même des requins dans l’espace (!). Cette fois c’est Netflix qui continue sur cette lancée après son succès « Sous la Seine » où un requin investissait le fleuve parisien. Ici, titré « Nature prédatrice », cet opus fait partie de plusieurs catégories : celle où le requin n’est pas la seule menace, puisqu’ici un énorme ouragan est la cause de leur arrivée et pour l’autre on ne sait pas trop. En effet, on ne sait jamais si Wirkola vise la rigueur (l’ambiance générale et le ton sont plutôt sérieux) ou la gaudriole (pas mal de séquences sont complètement débiles). Et c’est ce qui rend le tout plutôt mauvais.
Pourtant, le long-métrage débutait bien. La présentation des personnages est concise et efficace et on sent une tension sourde et palpable en ce qui concerne l’arrivée de l’ouragan sur cette petite ville. D’ailleurs, quand ce dernier frappe les côtes, c’est plutôt impressionnant et les effets spéciaux sont de qualité. Mais, passé la première petite demi-heure, tout se gâte fortement pour virer au grand n’importe quoi. Déjà, le script divise l’action en deux groupes de personnages qui ne se rejoindront finalement jamais, ce qui dilue fortement le rythme sans aucune raison narrative valable, comme si les scénaristes avaient peur de ne pas intéresser leur public avec le tronçon principal. Alors que le film dure seulement une heure et vingt minutes, on a donc une impression tenace de remplissage symptomatique d’un pur aveu de faiblesse. Puis il y a un torrent d’incohérences et d’invraisemblances dans les situations et le comportement des personnages qui fait virer « Nature prédatrice » vers la série B au rabais. Et plus ça va, plus certaines séquences tournent au ridicule avec la cerise sur le gâteau que représente cet accouchement dans l’eau. Arrivé là, toute velléité de sérieux est coulée et on entre clairement dans le gros nanar. Sauf que ce film ne l’assume jamais et que sans ce second degré nécessaire, on est vraiment face à une farce sans queue ni tête. Le film du pourtant parfois inspiré Tommy Wirkola (« Seven Sisters » et surtout la série B énervée « The Trip ») qui se rêve comme la version à requins du « Crawl » d’Alexandre Aja n’est donc rien de plus qu’un gros navet idiot et oubliable qui s’ignore. Dommage!
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