C'est quoi l'amour ? de Fabien Gorgeart — La question reste sans réponse
Sorti le 6 mai, récompensé à l'Alpe d'Huez, porté par Calamy et Macaigne : le troisième film de Fabien Gorgeart avait tout pour convaincre. Il convainc — à moitié.
Le point de départ est indéniablement malin. Quelle preuve d'amour plus absurde et magnifique que de jurer devant Dieu et ses juges qu'on ne s'est jamais aimé, pour offrir à l'autre la liberté de s'unir à nouveau ?
Marguerite (Laure Calamy) accepte d'aider son ex-mari Frédéric (Vincent Macaigne) à faire annuler leur mariage devant les autorités ecclésiastiques, afin qu'il puisse épouser sa nouvelle compagne, la très pieuse Chloé (Mélanie Thierry). Ce pèlerinage de Rouen jusqu'au Vatican oblige l'ancien couple à disséquer ses souvenirs face à des juges dont les questions intrusives confinent au pur comique.
Le dispositif narratif est original, et les dialogues rocambolesques et la virée improbable au Vatican génèrent quelques scènes franchement réjouissantes.
Un casting qui fait le travail
Difficile de reprocher quoi que ce soit aux acteurs. Vincent Macaigne et Lyes Salem interprètent tous deux avec justesse leurs rôles respectifs, le premier dévoilant quelques blocages passés, le second envahi progressivement par le doute et la jalousie. Mélanie Thierry se retrouve dans un personnage de femme pieuse éloignée de ce qu'elle a pu jouer précédemment, et parvient à le rendre crédible. Quant à Laure Calamy, sa récompense à l'Alpe d'Huez est méritée : elle est le moteur du film, passant de la bonne volonté à l'offuscation avec une aisance désarmante. Le problème, c'est qu'un bon casting ne fait pas un bon scénario.
Le scénario : une occasion manquée
C'est là que le bât blesse. On pourra regretter que le scénario ne pousse pas légèrement le curseur sur le volet dramatique — on aurait aimé mieux saisir la raison de la rupture entre Fred et Marguerite.
Le film effleure constamment ce qui pourrait devenir une vraie matière émotionnelle, sans jamais s'y engager vraiment. Soit pas assez sérieux, soit pas assez délirant, il est difficile de rentrer dans le film. Gorgeart navigue entre comédie et drame sans choisir son camp, et cette indécision finit par peser. En 1h46, on sent la durée : plusieurs scènes auraient pu être resserrées sans rien perdre, et l'accumulation de rebondissements familiaux donne parfois l'impression d'un récit qui tourne en rond plutôt que d'avancer.
Le syndrome « feel-good » français
Le film s'inscrit dans une tendance bien balisée de la comédie française contemporaine : la famille recomposée bienveillante, les enfants attachants, les adultes imparfaits mais sympathiques, le tout sur fond de réconciliation douce. Une comédie sincère sur les racines du couple et de la famille , certes — mais une sincérité qui ne suffit pas à compenser un manque de prise de risque. Le film ne surprend jamais vraiment là où il le devrait. Il confirme, il rassure, il réchauffe. Pour certains soirs, c'est suffisant. Pour un film qui pose une question aussi vertigineuse que celle de son titre, c'est un peu court.
On passe un moment agréable, on sourit souvent, on est rarement ennuyé. Mais on ressort avec le sentiment que le film n'a pas osé. À la fin, on ne sait pas très bien ce que c'est que l'amour, si ce n'est que c'est beau et que c'est compliqué. Ce constat, formulé par la presse elle-même, résume mieux que tout l'ambivalence du film : charmant, mais trop sage pour marquer.
10/20
Réalisé par Fabien Gorgeart. Avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Mélanie Thierry, Lyes Salem. 1h46. En salles depuis le 6 mai 2026.