Avant toute chose, pourquoi avoir choisi le titre et le prénom d’Ulysse, qui est celui d’un des plus grands personnages de la littérature mondiale [non, pas celui du livre éponyme (1922) de James Joyce (1882-1941) !], pour une sortie 1 mois avant celle du film de Christopher Nolan qui lui est consacré, « L’Odyssée » (2026) ? Mis à part ce détail (mais le Diable s’y niche), le principe du film rappelle celui de « La guerre est déclarée » (2011) de Valérie Donzelli où des parents (Valérie Donzelli et son compagnon Jérémie Elkaïm) devaient affronter le cancer de leur fils, épreuve qu’ils rejouaient à l’écran. Là aussi, le film de Laetitia Masson est autobiographique et son propre fils (Alphonse Roberts) joue Ulysse adolescent. C’est un travail d’équilibriste, sur le fil du rasoir, ne tombant pas, ni dans le pathos, ni dans le misérabilisme. C’est d’abord un film sur un couple parisien, Alice Rivière (Elodie Bouchez, 53 ans, exceptionnelle), chercheuse en sociologie, et Vladimir Lazarev (Stanislas Merhar, 55 ans), pianiste, qui se délite à cause de leur enfant handicapé par une maladie génétique
altérant ses fonctions motrices (difficulté à faire des gestes précis) et sensorielles (Ulysse est un « écorché vif ») : le père, angoissé, encore plus malheureux s’il renonce à sa carrière de pianiste aux Etats-Unis, et la mère, Courage, ne renonçant jamais, sans surprotéger Ulysse.
C’est aussi un film politique, au côté documentaire, sur la place des handicapés dans la société, dénonçant le parcours du combattant pour obtenir de l’aide dans « Acronymes Land » (. = Maison Départementale des Personnes Handicapés, . = Institut Médico Educatif, etc.), la faillite de l’Etat en matière d’accueil (budget insuffisant, manque de personnel) et se défaussant sur le secteur privé, peu contrôlé et au personnel pas toujours consciencieux et/ou formé. Outre la justesse de l’interprétation (dont celle du rappeur Gringe, orthophoniste), l’équilibre du film repose aussi sur l’accompagnement musical classique (Schumann, Schubert, Chopin) qui apporte légèreté, tendresse et mélancolie.