Un film qui fait vraiment du bien.
Découvert en avant-première au Festival du Film Light Optical Talent, en présence de l’équipe du film, Deviens Génial est de ces comédies qui réussissent un exercice devenu rare : faire rire, émouvoir et laisser le spectateur avec le sourire sans jamais tomber dans la facilité.
Sous ses airs de comédie familiale, le premier long-métrage de Léo Grandperret raconte avant tout une histoire de transmission et de seconde chance. Mathias, interprété par Manu Payet, est un professeur qui vient d’obtenir sa mutation dans l’établissement de sa fille. Lorsqu’il apprend que sa classe est menacée de fermeture, il se lance dans l’organisation d’un voyage scolaire en Allemagne avec le but de renouer avec une relation père-fille fragilisée.
Le point de départ est simple, mais le film trouve très vite sa singularité dans sa manière de mêler chronique adolescente, road-movie scolaire et récit initiatique.
La vraie réussite du film repose sur son casting. Manu Payet livre probablement l’une de ses prestations les plus attachantes. Loin du simple registre comique auquel on l’associe souvent, il compose un personnage maladroit, touchant et profondément humain. Son Mathias est un adulte qui improvise constamment, accumule les erreurs, mais dont la sincérité finit toujours par prendre le dessus. Payet apporte à son personnage une douceur et une vulnérabilité qui évitent à la comédie de basculer dans la caricature. On rit beaucoup de ses situations absurdes, mais on s’attache surtout à l’homme derrière le professeur.
Face à lui, Melha Bedia apporte une énergie délicieusement chaotique dans le rôle d’Iris. Son sens du rythme comique fait merveille, tandis que Marie-Julie Baup apporte beaucoup de justesse et d’élégance à l’ensemble. Le trio fonctionne parfaitement et donne au film une dynamique très naturelle.
Mais la plus belle surprise vient peut-être des adolescents. Contrairement à beaucoup de comédies scolaires où les jeunes personnages servent uniquement de faire-valoir aux adultes, ici ils existent pleinement. Chacun porte ses fragilités, ses doutes ou ses aspirations, et le film leur laisse suffisamment d’espace pour exister. On sent une véritable spontanéité dans leur jeu, renforcée par une mise en scène qui privilégie l’énergie du groupe plutôt que les performances individuelles. Cette authenticité donne énormément de fraîcheur au récit et rappelle parfois certaines comédies d’apprentissage anglo-saxonnes où le collectif devient un personnage à part entière. Le réalisateur a d’ailleurs laissé une grande place à l’improvisation des jeunes comédiens, ce qui contribue largement à cette impression de vérité.
Au-delà des gags et des péripéties du voyage, Deviens Génial parle finalement de ceux que la société regarde peu : les enseignants, les adolescents en quête de repères, les parents qui essaient tant bien que mal de faire de leur mieux. Le film célèbre l’ouverture aux autres, la découverte de nouvelles cultures et l’importance du collectif avec une sincérité désarmante.
Ce qui m’a particulièrement touché lors de cette avant-première, c’est que l’énergie que l’on ressent à l’écran semblait être exactement la même que celle dégagée par l’équipe présente dans la salle. Une énergie chaleureuse, généreuse, profondément bienveillante. On sort de la projection avec l’impression d’avoir passé un moment de cinéma populaire au meilleur sens du terme : un film qui rassemble.
Sans révolutionner le genre, Deviens Génial réussit quelque chose de bien plus difficile : nous faire croire pendant 1h40 que l’optimisme est encore possible. Et en sortant de la salle, on a simplement envie de remercier le film pour cette parenthèse de bonne humeur.