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CrystalEagle
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3,5
Publiée le 31 août 2026
L'ange de la mort franchit le parvis d'une église, et n'en repart jamais vraiment. Julie cesse d'appartenir au monde des vivants dès ce seuil-là, et tout ce qui suit n'est que l'exécution d'un deuil qu'on lui a volé. Truffaut a une idée assez géniale : transformer la marche nuptiale en marche funèbre. Ses victimes sont des bourgeois sans histoire, liés par une faute commise à plusieurs et jamais punie, et ce qui me plaît, c'est que le film refuse le manichéisme facile. Julie a de la tendresse pour certains de ses futurs cadavres. Elle les tue quand même, et le film ne tranche jamais si c'est monstrueux ou juste.
Jeanne Moreau est glaciale du début à la fin, presque déjà morte elle-même, et la caméra ne la lâche jamais (on sent Truffaut hésiter entre l'admirer et se laisser posséder par elle). Il dira plus tard ne pas avoir aimé ce film, comme s'il avait trahi la beauté de son actrice. C'est un peu injuste, tant cette froideur, c'est tout le rôle. En face, le casting masculin est du genre qu'on ne voit plus : Charles Denner, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Claude Rich, Jean-Claude Brialy, chacun installé le temps d'un micro-portrait avant de tomber. Cette générosité d'écriture change tout, les victimes existent vraiment, avec leurs failles et leur petit quotidien, et chaque meurtre finit par peser plus lourd qu'il ne devrait.
Là où ça coince un peu, c'est le récit, prisonnier d'un rituel qui se répète trop à l'identique. Une victime, une approche, un coup, et Julie disparaît. Elle hante ces hommes plus qu'elle ne les traque, bonne idée sur le papier, sauf que le flash-back qui explique son mobile arrive trop tôt. On aurait aimé garder le mystère un peu plus longtemps. Visuellement, la dette envers Hitchcock est assumée, presque revendiquée, la mise en scène est propre, maîtrisée, mais elle ne trouve jamais vraiment son vertige à elle. Il reste quand même cette image, longtemps après : un visage fermé comme une tombe, une robe noire qui ne s'ouvre plus. Une mariée qui n'en finit pas d'enterrer son amour.
Peu de suspense mais cette sombre histoire de vengeance se trouve intelligemment contée et se suit avec grand plaisir. Jeanne Moreau et les autres comédiens, souvent devenus des stars par la suite, y sont formidables. Un des meilleurs films de Truffaut.
"La mariée était en noir" de François Truffaut est un thriller qui s'éloigne des codes du film noir classique. C'est une œuvre très agréable à suivre, portée par un montage dynamique. L'intrigue est simple, mais le fait de révéler le cœur du mystère dès le milieu du récit est un choix judicieux : cela relance parfaitement le rythme et évite toute longueur. Jeanne Moreau est exemplaire dans ce rôle de vengeresse, sachant se montrer tour à tour impassible et mystérieuse. Le casting masculin est tout aussi remarquable : l'insouciant Claude Rich, le solitaire Michel Bouquet, l'inarrêtable Michael Lonsdale, le séducteur Charles Denner et le fin observateur Jean-Claude Brialy ont chacun leur moment de grâce. En résumé, une très belle réussite.
Surtout si vous n'avez pas vu le film, ne lisez pas le pitch :spoiler: Deux jeunes gens viennent de se marier et sortent de l'église. Soudain l'homme s'effondre toucher par une balle de fusil venue d'on ne sait où. Julie la jeune mariée qui tout perdu, tente de se suicider, mais sa mère l'en empêche. Elle décide donc dans une âme vengeresse de partir à la recherche des hommes qu'elle tient pour responsables de la mort de son mari.
LE DOCTEUR MABUSE ET LE SYNDROME JEANNE MOREAU
Une expérience scientifique que personne n’aurait dû autoriser Dans son laboratoire, le Docteur Mabuse est penché sur une énorme machine couverte de cadrans, de tubes à essai et de fils électriques. À côté de lui, Léon Trotteur, rédacteur en chef de « Je fais mon Cinéma », observe la scène avec inquiétude. LÉON TROTTEUR Docteur Mabuse… Vous m’avez demandé de venir parce que vous prétendez avoir découvert quelque chose d’important sur le cinéma ? DOCTEUR MABUSE Exactement ! LÉON TROTTEUR Une nouvelle théorie ? DOCTEUR MABUSE Mieux. Mabuse appuie sur un bouton. La machine se met à vibrer. DOCTEUR MABUSE J'ai découvert la cause exacte de mon coup de foudre pour Jeanne Moreau. LÉON TROTTEUR Vous avez fait une étude scientifique sur Jeanne Moreau ? DOCTEUR MABUSE Une étude approfondie. LÉON TROTTEUR Combien de temps ? DOCTEUR MABUSE Trois semaines. LÉON TROTTEUR Seulement ? DOCTEUR MABUSE Trois semaines sans dormir. LÉON TROTTEUR Ah… DOCTEUR MABUSE Et quatre cafetières. Il ouvre un énorme dossier intitulé : « PROJET MOREAU — NIVEAU D'URGENCE : ABSOLUMENT INQUIÉTANT » DOCTEUR MABUSE J'ai commencé avec La Mariée était en noir. LÉON TROTTEUR Évidemment. DOCTEUR MABUSE Première observation : Jeanne Moreau apparaît à l'écran. Mabuse allume un graphique. Une courbe monte brutalement jusqu'au plafond. LÉON TROTTEUR C'est quoi ? DOCTEUR MABUSE Mon rythme cardiaque. LÉON TROTTEUR Il est à combien ? DOCTEUR MABUSE Je ne sais pas. LÉON TROTTEUR Pourquoi ? DOCTEUR MABUSE Le compteur a explosé. Silence. LÉON TROTTEUR Très scientifique. DOCTEUR MABUSE Deuxième observation : son visage. Il appuie sur un autre bouton. Une photo de Jeanne Moreau apparaît. Mabuse se fige. DOCTEUR MABUSE Voilà. LÉON TROTTEUR Voilà quoi ? DOCTEUR MABUSE Le problème. LÉON TROTTEUR Son visage ? DOCTEUR MABUSE Non. MON visage. LÉON TROTTEUR Qu'est-ce qu'il a ? DOCTEUR MABUSE Depuis que j'ai découvert Jeanne Moreau, je souris bêtement. Léon le regarde. LÉON TROTTEUR Effectivement. DOCTEUR MABUSE Moi ! Le Docteur Mabuse ! Il se montre du doigt, scandalisé. DOCTEUR MABUSE Un homme de science ! Un esprit rationnel ! Un chercheur sérieux ! LÉON TROTTEUR Vous avez des chaussettes dépareillées. Mabuse regarde ses pieds. DOCTEUR MABUSE C'est sa faute. LÉON TROTTEUR Comment ça ? DOCTEUR MABUSE Je pensais à elle en m'habillant. Léon soupire. LÉON TROTTEUR Continuons l'expérience. DOCTEUR MABUSE Troisième facteur : François Truffaut. Il écrit au tableau : JEANNE MOREAU TRUFFAUT = DANGER DOCTEUR MABUSE Truffaut savait exactement comment la filmer. LÉON TROTTEUR C'est-à-dire ? DOCTEUR MABUSE Il ne la filme pas comme une simple actrice. Il laisse la caméra tomber amoureuse avant le spectateur. Léon le regarde, perplexe. LÉON TROTTEUR La caméra peut tomber amoureuse ? DOCTEUR MABUSE Évidemment ! LÉON TROTTEUR Depuis quand ? DOCTEUR MABUSE Depuis Jeanne Moreau. Mabuse lance une nouvelle projection. Jeanne Moreau apparaît dans une élégante tenue. Mabuse pousse un cri. DOCTEUR MABUSE Arrêtez! Léon coupe immédiatement le projecteur. LÉON TROTTEUR Qu'est-ce qu'il y a ? DOCTEUR MABUSE Ses vêtements ! LÉON TROTTEUR Quoi, ses vêtements ? DOCTEUR MABUSE Ils aggravent considérablement les symptômes ! Il ouvre un graphique. DOCTEUR MABUSE J'ai isolé quatre facteurs : le regard, la voix, la silhouette et les tenues. LÉON TROTTEUR Et lequel est le plus dangereux ? Mabuse hésite. DOCTEUR MABUSE La petite robe blanche dans laquelle elle pose ! LÉON TROTTEUR La robe de Diane la chasseresse? DOCTEUR MABUSE La robe est redoutable. LÉON TROTTEUR Pourquoi ? DOCTEUR MABUSE Parce qu'elle la porte comme si elle savait parfaitement qu'elle allait ruiner la santé mentale de plusieurs générations de cinéphiles. Léon éclate de rire. LÉON TROTTEUR Vous êtes amoureux. DOCTEUR MABUSE Je réfute catégoriquement cette hypothèse. LÉON TROTTEUR Docteur… DOCTEUR MABUSE Je suis victime d'une réaction neurocinématographique. LÉON TROTTEUR C'est quoi ? DOCTEUR MABUSE Je ne sais pas. LÉON TROTTEUR Vous venez de l'inventer. DOCTEUR MABUSE Absolument. Il reprend son sérieux. DOCTEUR MABUSE J'ai également mesuré le taux de fascination. LÉON TROTTEUR Et ? Mabuse consulte ses notes. DOCTEUR MABUSE Sept. LÉON TROTTEUR Sept quoi ? DOCTEUR MABUSE Sept sur dix. LÉON TROTTEUR Ça va encore. Mabuse le regarde gravement. DOCTEUR MABUSE Sept sur dix… Avant le générique ! Léon devient soudain sérieux. LÉON TROTTEUR Ah oui. DOCTEUR MABUSE Après le générique, nous avons atteint 18,7. LÉON TROTTEUR Sur dix ? DOCTEUR MABUSE Oui. LÉON TROTTEUR Ce n'est plus de la science. DOCTEUR MABUSE C'est Jeanne Moreau. Mabuse s'approche de Léon et lui murmure : DOCTEUR MABUSE J'ai même tenté un traitement. LÉON TROTTEUR Lequel ? DOCTEUR MABUSE J'ai regardé un autre film. LÉON TROTTEUR Et ? DOCTEUR MABUSE Jeanne Moreau était dedans. Viva Maria !! avec Brigitte Bardot. LÉON TROTTEUR Mauvaise stratégie. DOCTEUR MABUSE J'ai essayé un deuxième film. LÉON TROTTEUR Elle était encore dedans ? DOCTEUR MABUSE Oui. Mademoiselle de Tony Richardson. LÉON TROTTEUR Vous le faites exprès, un troisième film ? DOCTEUR MABUSE Les Valseuses … Toujours là Léon se prend la tête entre les mains. LÉON TROTTEUR Docteur, vous êtes fichu. Vous voyez des Jeanne Moreau partout ! Mabuse regarde une dernière fois l'écran où apparaît Jeanne Moreau. Son expression change. Il devient soudain sincèrement ému. DOCTEUR MABUSE Vous savez, Léon… J'ai beau utiliser des machines, des chiffres, des graphiques et des équations… Il désigne son immense tableau. DOCTEUR MABUSE …je n'arrive toujours pas à expliquer pourquoi elle me bouleverse autant. LÉON TROTTEUR Parce que vous êtes amoureux. DOCTEUR MABUSE Non. Un temps. DOCTEUR MABUSE Parce qu'elle est Jeanne Moreau. Léon sourit. LÉON TROTTEUR Ça, Docteur, ce n'est pas une explication scientifique. Mabuse remet ses lunettes. DOCTEUR MABUSE Non. Il éteint toutes les machines. DOCTEUR MABUSE C'est beaucoup plus grave. LÉON TROTTEUR Quoi donc ? DOCTEUR MABUSE C'est du cinéma. La machine se remet soudain à sonner. BIP ! BIP ! BIP ! Léon regarde le cadran. LÉON TROTTEUR Docteur ! Votre appareil indique « surcharge émotionnelle » ! Mabuse regarde l'écran. DOCTEUR MABUSE Impossible. LÉON TROTTEUR Pourquoi ? Mabuse aperçoit une nouvelle image de Jeanne Moreau. Il soupire. DOCTEUR MABUSE Elle vient de mettre une petit robe bicolore noire et blanche. Elle est tout simplement magnifique !! LÉON TROTTEUR On évacue le laboratoire ? DOCTEUR MABUSE Non. Un sourire béat apparaît sur son visage. DOCTEUR MABUSE On relance le film.
- Houlala calmez vous !! Fanfan la Tulipe : Enthousiaste et pointilleux critique facile à la page Facebook « Je fais mon Cinéma ». Il aime l'action, les dessins animés, la Science-Fiction, les aventures de l'espace ou sur les mers. Et de temps en temps les belles histoires d'amour. - Comme l'a affirmé un certain Quentin Tarentino, ce cinéma là ressemble fort à celui d'un amateur empoté ! Les dialogues sont plats, sans relief, récités et mal joués. Et je vous rejoins Mabuse, ce n'est pas de la faute des acteurs. Des citations bateaux, toutes faites et simplistes en guise de dialogue ? C'est le spectateur qu'on prend pour un imbécile triste !! Des longueurs en plan séquence inutiles, comme cette écharpe blanche qui s'envole au vent … Julie Colère, euh pardon Kolher tue de sang froid, et nous on reste froid d'émotion. La chasse et les femmes passions avouées des hommes démontrent bien que c'était la belle époque où le respect des femmes était bafoué en toute légalité. Les personnages de Fergus, René Morane et Corey le confirme si bien. L'horrible sonnerie du téléphone à fil de l'époque, la musique et les effets sonores sont désastreux ! Notre énigmatique meurtrière nous balade bien, et prend de plus en plus de risques, elle n'a plus rien à perdre puisqu'on lui apris l'unique amour de sa vie. Elle remplira à bien la mission qu'elle s'était donnée sacrifiant tout son être. Y avait un beau sujet là, de la matière, pourquoi avoir traité ceci aussi platement ? Tout n'est pas de la faute à François Truffaut, mais cette nouvelle vague me fait plutôt boire la tasse.
La FEMME QUI TUAIT LES HOMMES. La mariée était en noir de François Truffaut n'est pas un film féministe au sens politique ou militant actuel. Pourtant, il présente de fortes dynamiques de genre où le personnage féminin central, incarné par Jeanne Moreau, prend le contrôle total de sa destinée face à des hommes manipulés et dépassés. Maîtresse du jeu, Julie Kohler (Jeanne Moreau) refuse la passivité de la victime éplorée et orchestre méthodiquement la perte des cinq hommes co-responsables de la mort de son époux. Subversion des archétypes, les hommes du film sont piégés par leur propre séduction ou assurance, face à une héroïne qui s'affranchit des figures masculines traditionnelles. François Truffaut met la femme au centre de l'action et sublime son actrice principale (habillée dans le film par Pierre Cardin), bien que son intention première relève davantage de l'hommage hitchcockien, du suspense et d'une esthétique du mélodrame criminel que d'un manifeste pour l'égalité des genres.
De François Truffaut (1968-2022) . Un film de vengeance implacable voire parfois improbable qui se regarde avec un plaisir coupable au delà de son aspect anti conformiste voire un peu nauséabond. Bien réalisé avec quelques flash-backs pour nous insufler les raisons fondamentales de cette dérive vengeresse . Servi par de remarquables comédien et une prestation aussi froide qu'impitoyable de Jeanne Moreau . Avec aussi un casting XXL avec Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy, Michel Lonsdale, Claude Rich .
La Mariée était en noir - film bien construit, immoral et réussi. Après le décès accidentel de son conjoint, une femme décide de le venger en tuant les hommes présents lors du tir. On se demande quand même comment elle s’est procurée les noms et adresses c’est réussi. Ça m’a fait penser à Kill Bill ! 3,6/5
“La Mariée était en noir” est un film intéressant qui nous plonge dans une intrigue de vengeance méthodique. Réalisé par François Truffaut, il constitue une véritable déclaration d’amour à Alfred Hitchcock. Ce film est conçu comme un hommage au style hitchcockien, et pour renforcer cette atmosphère, Truffaut a fait appel à Bernard Herrmann, le compositeur attitré de Hitchcock.
Bien que le film se laisse regarder facilement et que le spectateur se sente rapidement complice de la meurtrière, il est important de noter que la maîtrise du suspense n’est pas à la portée de tous, même pour un réalisateur aussi talentueux que Truffaut. Le film manque en effet, de cette noirceur, de ce malaise psychologique et du cynisme qui caractérisent le style d’Hitchcockien.
Avec le recul, François Truffaut lui-même a déclaré à propos de son film : “Je n’aime pas La Mariée était en noir. C’est un film qui est victime de son ambition d’imiter un cinéma qui ne me ressemble pas.” Personnellement, bien que j’ai apprécié le film, je dois souligner que certaines facilités scénaristiques, notamment dans le dernier acte, frôlent l’invraisemblance. 7/10.
Je ne connaissais pas trop le cinéma de Truffaut, mais ce qui est sur, c'est qu'après avoir vu ce film, ça ne me donne pas envie de creuser dans le répertoire. Blablas constant et incrédibilité au menu.
Avec "La mariée était en noir" (1968), François Truffaut livre un vibrant hommage au cinéma d'Alfred Hitchcock à travers un thriller psychologique d'une froideur géométrique. Adapté d'un roman noir de William Irish, le film s'apparente à une ballade criminelle élégante et funèbre. C'est un bel exercice de style formel, dont la rigueur et le classicisme forcent l'admiration, même s'il lui manque parfois ce supplément d'âme et de poésie qui fait la signature habituelle du cinéaste de la Nouvelle Vague.
Le film vaut avant tout pour la performance impériale de Jeanne Moreau. En veuve vengeresse drapée dans ses certitudes morbides, elle est tout simplement fascinante de froideur et de détermination tranquille. Pour lui donner la réplique, Truffaut convoque une galerie de victimes impeccablement incarnées par la fine fleur des acteurs de l'époque (Charles Denner, Michel Bouquet, Claude Rich, Michael Lonsdale, Jean-Claude Brialy), chacun croquant avec délectation la faiblesse et la vanité des hommes face à cette faucheuse d'une beauté magnétique. La mise en scène, d'un grand graphisme, joue à merveille sur les contrastes chromatiques en habillant son héroïne exclusivement de noir et de blanc. Cet écrin visuel est magnifié par une atmosphère hitchcockienne superlative, portée par la partition lyrique et angoissante du compositeur Bernard Herrmann, qui donne une dimension d'opéra tragique à cette croisade meurtrière. Truffaut réussit d'ailleurs un pari osé : filmer une immense histoire d'amour au passé, sans la moindre étreinte ni baiser à l'écran.
Néanmoins, cette ambition géométrique se heurte à de vraies limites. À force de soigner la mécanique de son suspense, Truffaut livre une œuvre d'une froideur parfois excessive et désincarnée, où le spectateur est davantage invité à admirer la partition qu'à vibrer avec les personnages. La structure narrative, très séquentielle (une victime, une approche, un meurtre, puis on passe au suivant), installe une mécanique répétitive qui finit par émousser la surprise au fil du récit. Ce manque de réalisme est accentué par des facilités scénaristiques flagrantes : la facilité déconcertante avec laquelle Julie élimine ses proies sans jamais être inquiétée par la police demande une sérieuse dose de crédibilité. Enfin, le choix de la couleur — imposé par la production au grand dam de Truffaut qui rêvait d'un noir et blanc expressionniste — donne au film une lumière estivale qui entre parfois en contradiction avec la noirceur étouffante du sujet.
"La mariée était en noir" n'en reste pas moins un thriller esthétique de haute facture, une œuvre stylisée et singulière dans la filmographie de son auteur. Porté par une Jeanne Moreau impériale, c'est un film solide et élégant qui ravira les amoureux de suspense classique et de beaux exercices de style.
Même si ce film a un peu vieilli ,le scénario tient la route . On retrouve des acteurs confirmés tels Rich , Lonsdale , Denner , Brialy , Bouquet , et la merveilleuse Jeanne Moreau en vengeresse . Du bon cinéma des années fin 60 .
"La Mariée était en noir", est une œuvre singulière de François Truffaut, portée par une idée simple mais redoutablement efficace. Le film suit Jeanne Moreau en femme déterminée à retrouver un à un les hommes responsables de la mort accidentelle de son mari le jour de leur mariage. Sa quête de vengeance est méthodique, froide, presque clinique. Elle change d’identité, manipule, séduit, et élimine ses cibles avec un calme glaçant. L'actrice est fascinante dans ce rôle. Elle incarne une héroïne à la fois impénétrable et tragique, dont le visage reste souvent fermé, presque figé, mais laisse deviner une douleur immense sous la surface. Le film avance presque comme une mécanique bien huilée, avec une froideur assumée qui peut parfois empêcher une véritable implication émotionnelle. Mais cette retenue participe aussi à l’atmosphère étrange du film, comme suspendue hors du temps. Enfin, il est difficile, en le voyant aujourd’hui, de ne pas penser à Quentin Tarantino : cette figure de femme vengeresse, avançant méthodiquement dans une liste de cibles, résonne fortement avec l’esprit de "Kill Bil". L’influence n’est jamais revendiquée explicitement, mais le parallèle saute aux yeux.
Malgré un rythme pas toujours présent le film fonctionne. L'ensemble est à la fois simple mais efficace tout en faisant preuve d'intelligence régulièrement. On suit avec plaisir cette macabre histoire qu'on peut quand même comprendre.
Une œuvre très mineure de la filmographie de François Truffaut. « La Mariée était en noir » est une banale histoire de vengeance d’une veuve cherchant à punir les responsables de la mort de son mari lors de leur cérémonie de mariage. Peu inspiré dans sa première partie, le film s’étoffe peu à peu et gagne en noirceur sur sa fin, à l’image de la mise en scène plus audacieuse – le plan final est d’un génie certain – mais malgré tout, le film pâtie d’un rythme trop mollasson ainsi que la prestation pas très convaincante de Jeanne Moreau incarnant une femme prête à tout pour obtenir vengeance.