Le Sacrifice
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jonathan deloche
jonathan deloche

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4,5
Publiée le 25 août 2026
"Tout véritable don est un sacrifice" dit le facteur Otto au philosophe-esthète et personnage principal, Alexander. Dans la scène d'ouverture, celui-ci plante un arbre mort, et raconte à son fils qu'en accomplissant quelque chose de régulier le monde change, comme l'arbre fleurit quand on l'arrose jour après jour. Oui, mais puisque l'on ne peut se passer d'agir, "d'attendre quelque chose" et donc "d'arroser" le monde à notre manière, alors que se passe-t-il lorsque nos actes flétrissent l'arbre plutôt qu'ils ne le nourrissent, et si de la même manière nous étouffons l'enfant plutôt que nous lui préparons sa liberté ? Le fils est là, physiquement, mais il ne parle pas, ne possède pas de prénom, et si "au commencement, il y a le verbe" alors celui-ci est bien né sans avoir véritablement "commencé" et il aurait pû tout aussi bien ne jamais naître. Et s'il fallait retrouver sa propre enfance, pour être un père ? C'est ce que suggère le rôle du prince Mychkine (créé par Dostoïevski) pour qui d'ailleurs "les enfants comprennent tout", ayant par contre "des difficultés" dans son rapport avec les hommes, considéré lui-même comme un idiot, c'est-à-dire un enfant. Mais voilà, Alexander vit maintenant en ermite, reclus du monde comme des rôles qu'il jouait, épouvanté qu'il est devant l'idée de se dissoudre soi-même dans son œuvre (chose féminine, preuve de faiblesse, amour sans arrière-pensée qui risque la dépendance à l'autre, comme le défini Adélaïde). Cette idée, cette vie, c'est sa lourdeur, son inertie, à l'image du nain qui se pose sur l'épaule de Zarathoustra, allégorie de la passivité à qui celui-ci oppose son idée d'éternel retour, inspiré au contraire par le plus haut consentement possible à la vie. Ce qui va suivre dans le film est l'illustration de "l'instant décisif" nietzschéen, instant de la décision suprême, situé au carrefour d'un passé immémorial et d'un futur inaccessible. L'angoisse et la stupeur d'une telle épreuve existentielle prend la forme d'une troisième guerre mondiale, de l'annonce soudaine de l'anéantissement prochain, en laquelle Alexander croyait déjà, mais qui subitement, en accord avec la citation du facteur, se "réalise". L'évènement illustre une crise intérieure, mais elle est aussi la préfiguration d'une crise que traverse l'humanité toute entière, dans sa folie destructrice certes, mais aussi dans son incompréhension de l'enfance et de la foi. La violence de ce père envers son fils n'est rien de physique, mais se traduit par un bavardage constant, un "arrosage", et même une "noyade" par les mots : au récit "fondateur" sur l'ydile de son installation en Suède, son "enchaînement" comme il le qualifiera plus tard, succède les discours critiques sur l'humanité et ses errances, contre son idolâtrie du confort, sa violence et la superficialité qui le ronge. À ce moment là, il essaye rassurer son fils en lui disant que "la mort n'existe pas" et "qu'en avoir peur mène à agir sans nécessité" ; il lui révèle que sa maison lui inspire "la paix et le silence" ainsi qu'un "bonheur jusqu'à la mort", débarrassé de tout ce qui n'est pas nécessaire, donc. Mais si la civilisation entière est pécheresse, matérialiste et séparé du spirituel, malade, et qu'il est "trop tard", alors, que reste-t-il à léguer ? Une seule maison, faites à partir de bois mort ? Alexander s'est débarrassé du monde, mais ne s'est-il pas également séparé de ce qui peut le sauver ? Réduit-il, comme le fait sa femme, le "tout" au "théâtre" ? N'a-t-il pas, littéralement, jeté le bébé avec l'eau du bain ? Et si finalement, l'essentiel était dangereusement assimilé à l'individuel, de sorte que d'éternel retour, il ne reste plus que l'enfermement cyclique en soi-même ? "Mots, mots, mots !" Et l'enfant saute, et l'enfant saigne, et le monde explose.
Le don de Otto, la carte de l'Europe, est l'insinuation du Monde dans le micro-cosme du héro, et le voisinage que celui-ci mentionne avec Maria, l'étrangère ou la sorcière, n'est pas anodin. À leurs façons, ces deux personnages rendent le Monde à Alexander, l'un de façon matérielle et figurative, l'autre de façon spirituelle et transcendante. En regardant la carte, Alexander remarque "qu'elle est vraiment bizarre" et bien qu'il dit parler de Maria, on comprend qu'il parle tout autant de la carte, prouvant l'unité secrète entre les deux figures du don : le facteur et la sorcière. La carte, c'est-à-dire la vision du monde traditionnelle, bien qu'imprécise, n'est pas plus proche de la vérité que la carte moderne, mais les deux sont conçus par le philosophe comme un élan vers la Vérité, à l'image du cafard qui croit se diriger vers un but tout en tournant en rond. La "vérité" que critique donc le facteur dans la scène de l'installation du cadre, est la vérité du Progrès, de l'objectivité et de la science, à laquelle adhère encore mécaniquement Alexander, tout en s'écartant de sa réalité concrète. Mais si tout "peut" être, alors il n'y a plus de vérité, au sens de quelque chose d'objectif et éternel. La "vérité" consiste alors en l'acte lui-même. Avons-nous déjà la clé du problème ou n'est-ce qu'un des aspects de la réponse ? Otto semble transmettre la vérité de l'acteur, plus que celle de l'artiste, en ce qu'il évoque, dans ses propos, la fusion de l'homme et du personnage qu'il joue, c'est-à-dire la résolution active et authentique de soi-même. Il est littéralement un collectionneur de l'étrange, dont l'étrangeté consiste en l'intrusion, dans le réel, d'une vérité par la croyance, c'est-à-dire dire par la volonté, au-delà de tout naturalisme. L'authentification des évènements qu'il réunit "prend du temps", et la vérité déjà engagé par nos routines et croyances secrètes, prend du temps à se révéler, puis étonne, comme le lait, qui, libéré de sa prison de verre, se répand sur le sol, au moment de l'Apocalypse. "Lesquels parmis vous ont fait cela, les seigneurs ?" prononce Alexander, contemplant sa maison miniature et semblant parler de la catastrophe. Le Mal, c'est les Autres, encore, toujours. Mais les autres, c'est l'étrangère, c'est Maria. C'est Maria qui lui répond :"c'est Petit Garçon qui l'a fait", parlant de la maison, de la destruction du monde, c'est-à-dire de l'oeuvre du père, ainsi que du fils à l'image du père, qui dort, plus prompt à connaître, plus proche de Otto, enfermé dans sa chambre et fermant la porte du monde au nez de son père, pour lui faire plaisir. "Toute ma vie, c'est ce que j'ai attendu" réalise soudainement Alexander, regardant l'extérieur comme en soi-même, parlant de la fin. Ainsi il y avait bien dissolution, dans ce qu'il pensait être sa paix. Seulement le faire-violence de l'artiste envers soi-même s'était dirigé contre la Nature, contre le Monde, comme l'illustre plus tard l'histoire du jardin, et de façon passive, lâche. Le fils dort, l'une, cruelle, veut le réveiller, l'autre, désespéré, manque de le tuer ; car n'est-ce pas l'idée que nous partageons toujours, celle de préférer la mort et le néant, plutôt qu'une vie que nous jugeons, à la place de l'autre, misérable, superflue ? Ne reste plus que la prière, la soumission à Dieu et l'ultime idée du sacrifice. Le saut de la foi se prépare, la demande est simple : que tout redevienne comme avant, que tout le monde soit épargné, en échange de ce qui est le plus cher à Alexander, c'est-à-dire sa parole, son confort et son habitation. Alors le vent souffle, l'enfant se libère, la nature se réveille. Mis à nu, plus divisé que jamais, Otto s'adresse à lui, ou plutôt alternativement à l'homme et son reflet comme à deux entités : le reflet n'est plus l'illusion et les rôles s'inversent, l'ombre prend vie. En allant chez Maria, en se tenant derrière elle de façon à ce que son corps paraisse s'unir à celui de l'étrangère, c'est encore en homme qu'il se présente, mais en comprenant que l'autre ne l'aimera qu'en la suppliant, c'est-à-dire en renonçant à lui-même et en s'ouvrant à l'autre, c'est en enfant qu'il finit par se réveiller : l'ascension spirituelle du père coïncide avec la conception du fils. Quand il chuchote pour lui-même "où est Petit Garçon ?", la famille semble lui répondre directement alors qu'il se cache, "dans sa chambre, enfermé", et ce qui paraît être un malentendu est une façon de montrer la réunion des deux principes, la fin et le commencement, le masculin et le féminin, le père et le fils, également suggéré par le Taijitu (yin/yang) brodé sur la veste du personnage. La maison brûle, il se tait, on l'emmène. Le monde était revenu, était-ce nécessaire ? Ne pouvait-il pas reprendre sa vie ? Rien ne l'obligeait à obéir, alors était-ce une folie ? C'était une crise, il pouvait prendre des calmants, s'enfuir, oublier. Ne pas sacrifier. Mais sans sacrifice, il n'y a pas de don, et sans don, pas d'avenir. L'oeuvre de l'artiste est porté loin devant lui-même, dans la postérité, quand l'acteur ne peut qu'incarner son propre rôle, et savoir laisser la place, agenouillé comme les rois-mages devant Jésus et Marie dans l'œuvre de Vinci. Le bois mort n'est plus, le fils arrose l'arbre se demandant : "au commencement était le verbe, pourquoi, papa ?", quand l'on voit les branches s'étirer dans le ciel et former de multiples couronnes d'épines, comparant l'action du père à celle du Christ. Tarkovski nous montre que face à l'idée d'Éternel Retour, il ne s'agit pas simplement de porter la responsabilité de ses choix, ne plus attendre la fin et se réconcilier avec soi-même, ce qui ne constitue qu'une étape dans la résolution de la crise en question. L'ouverture à l'autre, le sacrifice de soi et la foi seule libère l'homme de son égoïsme, de son enfermement et de son appauvrissement, car se sacrifier de la sorte, se retirer, c'est vouloir donner, rendre le monde à l'état initial et permettre le commencement d'un nouveau cycle, c'est non plus se vouloir en tant qu'homme, ni en tant qu'enfant, mais bien en tant que père. Un tel acte ne vaut rien par et pour lui-même, car il laisse sa raison d'être loin devant-lui plutôt qu'elle ne le précède, c'est-à-dire littéralement entre les mains d'un autre et c'est en cela qu'il se rend réellement dépendant de l'avenir, et c'est cela qu'il n'arrivait pas à réaliser, préférant la sécurité et l'attente au risque suprême de la vie. La transmission n'est donc pas la reproduction du même par le même, non plus qu'un simple lègue de patrimoine matériel et culturel, c'est le pure don du possible en tant que tel, et aux mille justifications stériles du père, ne reste plus que l'exemple, l'imitation du geste christique face à l'absurde. Certes, l'acte paraît violent, mais sa radicalité n'est que le symbole de ce qui doit se consumer en nous dans tout amour véritable, quand la mort fait place en nous à un nouveau commencement.
Patjob
Patjob

45 abonnés 771 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 juillet 2026
Comme avant d’attaquer « La recherche » de Proust ou « Les frères Karamazov » de Dostoïevski, même si l’investissement « temps » n’est pas comparable, il faut être prêt, c’est-à-dire disponible, émotionnellement et intellectuellement, face à une œuvre artistique et philosophique aux antipodes de la notion de divertissement. L’impact, la profondeur et la richesse du film sont tels que j’ose à peine émettre un commentaire. Tarkovski le situe sur une île Suédoise, là où Bergman a beaucoup filmé et produit tant d’œuvres personnelles. Si le film est un hommage évocateur au maître Suédois, il comporte quelques correspondances avec le cinéma de Buñuel ou celui d’Angelopoulos. Sur cette île vivent un acteur de théâtre retiré, sa femme, leur fille et leur fils, toujours appelé « Petit homme », ce qui lui confère un caractère de symbole d’universalité de l’amour parental, entourés d’un voisin philosophe ésotérique, de deux femmes de ménage mystérieuses, et d’un ami médecin. Les personnages et leurs échanges vont être le vecteur des réflexions de Tarkovski sur des thèmes fondamentaux : le rapport à la nature, la préoccupation écologique (oui, déjà, ce qui confère au cinéaste un statut de précurseur), la superficialité de nos sociétés modernes, la place de la spiritualité par rapport à la matérialité, le questionnement de l’artiste sur son rôle et sa pratique, le regard porté sur la mort, la place de la foi, et celle d’une cousine bien différente, la croyance, …. Toutes réflexions portées à leur paroxysme à l’annonce de la « catastrophe » universelle annoncée par la radio avant que toute communication avec l’extérieur ne soit rompue. L’intérêt du film est constant, alors qu’il ne se passe pas grand-chose, par l’exceptionnelle qualité des dialogues, par l’ambiance de malaise mystérieuse que le réalisateur distille et qui confère aux situations une intensité singulière, et par le rythme majestueux, la sérénité et la beauté des plans cinématographiques et des travellings délicats. Il culmine avec la contradiction suprême entre les actes de générosité d’abord, de dignité dans le respect de la parole donnée ensuite, de Alexander et le regard du monde porté sur lui. Le film s’ouvre, et se clôt sur une référence Biblique (les premiers versets de l’Evangile selon Jean) et sur un acte d’espoir (qui dialogue avec celui qui clôt « Andreï Roublev »). Ainsi Tarkovski fait se confronter l’héritage culturel et la condition humaine. Une œuvre maitresse de l’un des géants du cinéma mondial.
ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

3 abonnés 59 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 juin 2026
Avec Le Sacrifice, Andreï Tarkovski livre une œuvre testamentaire d’une profondeur spirituelle et philosophique exceptionnelle, où l’angoisse de la catastrophe nucléaire devient le point de départ d’une interrogation sur la foi, le renoncement et le sens de l’existence. La mise en scène, d’une lenteur souveraine et d’une rigueur presque liturgique, invite moins à suivre une intrigue qu’à éprouver un état de contemplation. Erland Josephson incarne avec une intensité bouleversante cet homme confronté à la perspective de l’anéantissement, dont la quête intérieure prend progressivement une dimension sacrificielle et universelle. Chaque plan semble chargé d’une densité symbolique qui relie les inquiétudes contemporaines à des questionnements métaphysiques intemporels. Malgré son austérité assumée et son exigence intellectuelle, Le Sacrifice demeure une expérience cinématographique d’une grande élévation.
AdriBrody
AdriBrody

19 abonnés 789 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 18 octobre 2025
Je crois qu'il n'y a rien à dire si ce n'est que c'est fichtrement mauvais. Les premières minutes ne sont pas inintéressantes, mais on tombe très vite dans un mauvais théâtre où chacun essaye de jouer plus mal encore que son voisin et on assiste attristé à des scènes où chaque mot est mal prononcé, mal utilisé, mal joué.
L'histoire en elle-même pourrait être sympathique, si on ne tournait pas simplement autour d'un personnage qui n'a rien à dire et n'a rien à faire. On tourne en rond, on s'ennuie mortellement et toute la réflexion philosophique tombe à l'eau au bout de 10 minutes même pas. Peut-être déjà qu'en pièce de théâtre, ce doit être plus agréable à regarder, si les comédiens se décident de jouer comme il faut.
Niveau mise en scène, c'est mal éclairé, les acteurs sont mal dirigés et c'est bien triste pour Tarkovski de finir sa carrière là-dessus.
Islam BAHAYOU
Islam BAHAYOU

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 juillet 2025
Le Sacrifice d’Andreï Tarkovski est une prière filmique, une offrande mystique déposée sur l’autel du cinéma. C’est un film qui ne se regarde pas, mais qui se traverse – comme un rêve lucide, ou un cauchemar sacré. Dernière œuvre du cinéaste russe en exil, ce chef-d'œuvre incandescent, tourné sur les terres froides et vaporeuses de la Suède, résonne comme un ultime cri d’amour adressé à la beauté, à la foi, à la paix intérieure.

Dans un monde suspendu au bord de l’apocalypse, Tarkovski orchestre une liturgie visuelle d’une puissance inouïe. Les plans sont longs, hypnotiques, baignés de lumière crépusculaire ; chaque cadre semble peint à la main, comme une icône orthodoxe ou un tableau de Vermeer oublié sous les cendres du temps. La caméra glisse, patiente, silencieuse, à la manière d’un souffle divin qui effleure les êtres et les choses.

Le protagoniste, Alexander, est un homme hanté par le vide du monde moderne et la peur de la destruction. Face à la fin du monde imminente, il fait un pacte fou avec Dieu : sacrifier tout ce qu’il aime s’il peut empêcher le cataclysme. Ce n’est pas l’histoire d’un homme qui agit, mais d’un homme qui s’élève – douloureusement, lentement – dans la nuit de l’âme.

Le Sacrifice est une méditation sur le prix de la foi, la beauté du renoncement, la fragilité de la paix intérieure. C’est une cathédrale de silence, bâtie en images et en feu. Il ne vous divertira pas. Il vous transformera.

Regarder Le Sacrifice, c’est accepter de quitter le tumulte pour entrer dans un autre temps, celui de la contemplation pure. Un temps où le silence hurle, où la lumière parle, et où chaque geste devient une offrande.

Si vous avez soif de vérité, de beauté, d’absolu : ce film est pour vous.
Captain Ad Hoc
Captain Ad Hoc

1 abonné 33 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 16 mai 2025
Si ce n'était la mise en scène sublime et les mouvements de caméras parfaits, j'aurais pu mettre ou 2/5. Force est de constater que l'esthète Tarkovski connait son affaire et nous offre des images sidérantes de beauté à plusieurs reprises dans ce film. Rien que pour ça, je le conseillerai aux amateurs de Cinéma. Le scénariste Tarkovski et le directeur d'acteur Tarkovski, c'est une autre histoire. Bon, certains plans sont si long que c'est dur d'obtenir des performances d'acteurs parfaites, surtout si, comme je l'imagine, le temps et le budget pouvaient venir à manquer. Les performances sont franchement inégales d'une minute à l'autre. Mais pour le scénario, peu d'excuses me viennent : c'est long, on aurait pu couper une heure ou une heure trente de film sans ne rien en retirer de ce qui était utile. Premier film que j'ai failli interrompre depuis bien longtemps - j'ai finalement persévéré. La première scène, ainsi que les deux dernières, remarquables, contiennent en 15 ou 20 minutes 99% de la substance du film. Ma principale critique vient de ce que l'on se noie souvent dans des monologues qui tendent à la philosophie sans en être : ça veut être référencé et profond, mais ça passe à côté, par manque de construction. Tarkovski a pris soin d'ailleurs de se justifier dans une scène en début de film ou les personnages admirent une carte du 17ème, imprécise ou inexacte : le cinéaste semble nous dire que les hommes sont voués à êtres perdus dans l'existence, à regretter l'absence de repères absolus. Tarkovski tombe plus juste quand les émotions ou les sentiments affleurent malgré tout, mais la raison et le raisonnement, ce n'est pas son dada me semble-t-il : le mysticisme devient un argument trop prégnant et finit par être une base bien fragile pour faire un ouvrage pertinent. Je ne sais pas à quel point Tarkovski s’identifie au personnage principal, mais je me demande vraiment à quel point il ne projette pas orgueilleusement en s'imaginant dans ce héros spoiler: qui, pour sauver le monde, sacrifie les oripeaux de sa sanité mentale aux yeux de son entourage, quitte à se faire envoyer à l'asile derrière
. Tarkovski est-il obsédé par la folie, fantasme-t-il de pouvoir s'affranchir de la raison et de s'abandonner au mysticisme total ? Ce film plaira sans doute plus facilement aux personnes religieuses.
Enfin, mention négative pour la lumière : elle vient magnifier, par sa présence ou son absence, sa brillance ou sa fadeur, de nombreuses images, mais elle est par contre à plusieurs reprises incohérente d'un plan à l'autre (et je parle bien de plans sensés faire partie d'une même scène). Notamment en extérieur, les nuages ont dû jouer des tours au staff technique, et ça se voit un peu trop.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

98 abonnés 4 503 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 4 mai 2025
Le film s'ouvre sur les considérations et interrogations philosophiques d'un homme visiblement tourmenté par l'avenir de l'humanité. Ces questions existentielles, bien que très complexes, offrent un certain intérêt; mais lorsqu'éclate la spoiler: catastrophe nucléaire aux allures d'apocalypse,
l'affectation morbide et ténébreuse de Tarkovski a raison de ma patience et de mon entendement. De la grisaille austère, on passe alors à une noirceur claustrale étouffante, à peine traversée par des rayons d'une lumière irréelle.
Histoire d'un sacrifice personnel offert en échange de la survie de l'humanité, le sujet, conséquemment aux nombreux monologues et à la folie qui gagne quelques uns des personnages, tend à approcher la tragédie shakespearienne, en dépit que l'action d'un petit garçon, arrosant un arbre symbolique, suggère l'espoir.
Avec cette mise en scène théâtrale, cette emphase dans le minimalisme, qui semble la définition propre de la tragédie classique, Tarkovski décline au long de scènes interminables, beaucoup trop d'artifices. L'exercice de style, parfois bergmanien, manque de sensations. Sauf à se laisser griser par le drame spirituel.
Yves G.

1 867 abonnés 4 096 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 19 juillet 2023
Tarkovski fait partie de ces immenses cinéastes qui, avec Bergman, Dreyer, Antonioni et Bresson, plongent dans une vénération admirative tous les cinéphiles du monde entier. L’évocation de son seul nom suffit à les faire se pâmer et à remplir les salles des ciné-clubs.

Je serais bien prétentieux de leur donner tort. Que vaut mon opinion face à celle, autrement mieux renseignée, de dizaines sinon de centaines d’amoureux du septième art qui, à longueur de critiques ou de thèses ont disséqué ces filmographies et en ont souligné la richesse et la profondeur ? Si la morgue des poseurs, qui érigent parfois en chef d’œuvre un enfilement d’inanités, est insupportable, les railleries des démagogues qui font profession d’anti-intellectualisme et se rient des œuvres qu’ils ne font pas l’effort de chercher à comprendre, sont plus méprisables encore.

S’agissant de Tarkovski, lit-on, son cinéma, qui emprunte à la fois à la pensée orthodoxe slave et au panthéisme et qui convoque des symboles tant chrétiens que païens, aspire à l’universalité. Il baigne dans le mysticisme. Il décrit l’Homme dans toute sa grandeur et dans toute sa lâcheté, naviguant souvent aux frontières de la folie et du génie, hanté par la peur de la mort et par le fol désir de vivre et de créer. Son cinéma entretient un lien particulier avec la Terre et les forces telluriques – l’eau, l’air, le feu. La première scène de "L’Enfance d’Ivan" ainsi que la dernière du "Sacrifice" montrent un enfant au pied d’un arbre.

Mon propos n’est pas de contester ces analyses élogieuses. Il est piteusement de faire le constat de ma lamentable incompréhension. J’ai visionné studieusement, au fil de ma formation cinéphilique tous les films de Tarkovski, à commencer par les deux plus connus : "Andreï Roublev" et "Solaris". J’ai vu "Stalker" l’an dernier – et ai essayé d’en comprendre le sens en allant lire le livre des frères Strougatski dont il était tiré… et dont il s’est copieusement affranchi. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à en écrire la critique.

Pour parachever ma formation, j’a visionné coup sur coup son tout premier film, "L’Enfance d’Ivan", tourné en 1962, un film de commande de la Mosfilm sur la Grande Guerre patriotique où il réussit à se dégager de la pesante idéologie soviétique alors de rigueur, et son tout dernier, "Le Sacrifice", tourné en 1986, l’année de sa mort à Paris d’un cancer du poumon, tourné sur l’île de Fårö en Suède à l’invitation d’Ingmar Bergman dont l’ombre portée envahit tout le film au point qu’on pourrait presque sans faire de contresens lui en attribuer la paternité.

Je le répète : je serais bien cuistre d’oser dire que ces films sont ennuyeux, interminables, prétentieux et inutilement intellectualisants. Le seul objet de ce billet égocentrique est de confesser mon incompréhension et ma honte.
Fgiraut
Fgiraut

8 abonnés 29 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 avril 2023
Tati commence par s'inviter chez Bergman pour mieux nous tirer dans ce conte fantastique, crépusculaire. A quoi ca tient le salut ? La carte doit être donnée et affichée pour mieux révéler son incapacité à dire les territoires et chemins terribles de l'humanité.
stans007
stans007

41 abonnés 1 474 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 7 avril 2023
Isolé dans un paysage désolé, un écrivain fête en famille son lugubre anniversaire quand la télé annonce une catastrophe nucléaire… Une heure pour qu’il se passe quelque chose ! Et encore une demie-heure pour que je décroche définitivement. C’est lent, très lent, ennuyeux à l’excès, et je n’y comprends rien comme je n’ai jamais rien compris à Nietzche auquel le film se réfère souvent. Vous l’aurez compris : pas un film pour moi…
Caverneux Boutonneux
Caverneux Boutonneux

9 abonnés 55 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 août 2022
Et voilà. Le moment est venu de transmettre mon ressenti sur ce film. Je vous préviens, ça ne va pas être chose aisée. Comment, après avoir été retourné dans tous les sens, bouche-bée, avachi à en perdre son latin après une telle claque, mettre des mots sur un film qui n'en requiert pas ? J'ai déjà été touché par la grâce plusieurs fois devant un film de Tarkovski, moi fervent admirateur de Solaris, Stalker et Nostalghia. Mais là c'est tout autre. C'est à travers le sacrifice d'Alexandre pour trouver la vie après la vie, à travers cet arbre mort qui renait, à travers ces personnes perdues et pensives sur leurs vies et leur futur incertain que j'ai plongé. J'ai plongé très bas. Et me voilà au moment fatidique où j'essaye bêtement de taper des mots là où un simple élan de curiosité de votre part à vous lancer le film de vous-même serait hautement plus évoquant. Mais tentons tout de même.

L'histoire retiendra que le premier plan de la carrière d'Andreï Tarkovski est un travelling vertical haut partant d'un enfant pour arriver au sommet d'un arbre et que le dernier est exactement le même : c'est acté, Offret (Le Sacrifice) est le film testament d'un cinéaste mourant, l'un des plus grands qui n'aient jamais existés, qui, voyant sa fin arriver, clôt son œuvre de la plus belle manière qui soit et nous livre son chant du cygne avec ce film absolument bouleversant. Toute son œuvre est condensée et résumée en ce seul Sacrifice, où les thèmes les plus importants de sa carrière sont ici portés de nouveau, la spiritualité, la recherche de soi et le sens de la vie.

Il est compliqué de placer des mots sur une telle œuvre qui convoque davantage notre ressenti que notre raison. Non pas que Le Sacrifice est irrationnel, bien que complexe et peu évident à cerner, mais que son attrait repose bien plus sur l'atmosphère qu'il va créer que son histoire déjà passionnante. C'est même grâce à son intrigue que l'ambiance fonctionne autant. La lenteur si chère au réalisateur russe est ici encore plus extrême, rejoignant son conjoint Stalker en terme d'exigence. 2h30 ça fait peur, et ça fait encore plus peur lorsque l'on sait qu'une bonne heure de film est consacré à une errance dans le noir quasi total où le verbe laisse sa place à l'atmosphère quand ce n'est pas saucé aux dialogues philosophiques compliqués à suivre si propres au réalisateur. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que la plupart ne s'y sont pas retrouvés dans ce film : Andreï Tarkovski pousse son style à l'extrême (bien que les nombreux hommages à un autre génie, Ingmar Bergman, qui considérait d'ailleurs Tarkovski comme le plus grand de tous, foisonnent. Peu de doutes sur le fait que ce dernier lui rendait ce compliment) : plus obscur, plus désespéré, plus chargé mais plus beau. Il atteint ici un aboutissement esthétique sublime, au delà de tout ce qu'il a pu faire auparavant, et venant d'un tel maître d'esthète ce n'est pas peu dire. Se lancer dans le visionnage d'un film de Tarkovski implique de se prendre sa baffe esthétique. Là, je ne m'en suis pas remis.

Des décors assez chaleureux comme le premier plan, à la froideur la plus clinique, la direction artistique se permet bien des fulgurances, sans jamais pour autant se trahir. La cohérence qu'opère Offret est sa force : tout se complète, rien ne se nuit, chaque élément sert à porter le film vers des sphères toujours plus élevées. Et il est nécessaire de noter que tout est orchestré à la perfection. Il n'est véritablement question du sacrifice du protagoniste, Alexandre, à mi-chemin ; ultime solution pour lui de se sortir de ce cauchemar bien réel. Grâce à cette écriture extrêmement fine, la variation des tons est sublimement fluide et renforce l'immersion. L'atmosphère va tantôt du plutôt léger au début à la profonde obscurité à mi-parcours avant de nous emporter dans l'indescriptible dans sa dernière demi-heure.

Indescriptible... En voilà un bon résumé de mon état d'esprit à la fin. Indescriptible de par la magnificence sidérante de certaines scènes, une lévitation sublime renvoyant à celle de Solaris qui était déjà l'une des plus belles scènes de l'histoire du Cinéma, une maison qui se consume sous nos yeux comme dans Le Miroir, Tarkovski semble faire à maintes reprises référence à ses propres films, ce qui confirme la posture testamentaire qu'il adopte à travers ce septième film, qu'il scelle par une dédicace finale à son fils lors du dernier fondu de sa carrière, tout comme Alexandre transmet son savoir et sa vision des choses à son fils qui est le seul à être resté lui-même au terme de cette expérience. L'image finale, référence à L'Enfance d'Ivan, nous rappelle que Tarkovski n'est pas que le nom d'un grand réalisateur, n'est pas que 7 grands films séparés, c'est une idée. C'est un objet uni, où chaque éclat constitue une énorme énigme dont chaque pièce du puzzle est laborieuse à acquérir. Tarkovski pratiquait un cinéma très personnel, où il se livrait à cœur ouvert à travers ses films sur sa vie, ses questions, ses réponses et ses pensées. C'est sous cette aura de fascination que le film se conclut. Que Tarkovski, en tant qu'idée, en tant que tout, se conclut. Et laisse le spectateur dans la seule envie de trouver toutes ces pièces et à scruter de nouveau Tarkovski, en apprenant à le cerner et à le faire dévoiler ses secrets les plus enfouis. C'est du cinéma à revoir... S'il y a bien une filmographie dans laquelle se replonger dedans est indispensable pour en discerner toutes les nuances, c'est celle-là (même si celle de David Lynch arrive juste derrière).

Reverrai-je Le Sacrifice ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je n'en ai pas le courage. C'est trop radical, trop éprouvant, trop épuisant, je pense qu'il est mieux de ne se fier qu'à sa première impression. En tant que tel, je n'aurais pas beaucoup de mal à le considérer comme l'un des meilleurs films que j'ai pu voir, pour m'avoir fait vivre autant de chose et pour avoir autant résonné en moi. Pour m'avoir autant ouvert les yeux et autant fasciné. Je n'aurais aucun mal à m'étendre davantage sur cette pièce maîtresse (euphémisme) mais il serait vain de ternir le mystère qui entoure ce film et qui en fait son incommensurable beauté.

Tarkovski était admirable, il est dorénavant divin. Le Sacrifice s'impose comme un chef-d'œuvre inébranlable dont l'exigence du spectateur saura être récompensée par l'accès à une magnificence rarement égalée dans l'histoire du Septième Art. Jamais son cinéma n'a été aussi bouleversant et foudroyant, jamais un film n'a su être une expérience aussi éprouvante et pénétrante. À jamais il aura marqué le cinéma, ses contemporains, son public, et c'est transcendé, pensif, et plus que jamais fasciné, que le spectateur abandonne l'une des plus grandes icônes du Cinéma, à jamais redevable envers celui qui l'a tant chamboulé.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 9 avril 2022
Et voilà. Le moment est venu de transmettre mon ressenti sur ce film. Je vous préviens, ça ne va pas être chose aisée. Comment, après avoir été retourné dans tous les sens, bouche-bée, avachi à en perdre son latin après une telle claque, mettre des mots sur un film qui n'en requiert pas ? J'ai déjà été touché par la grâce plusieurs fois devant un film de Tarkovski, moi fervent admirateur de Solaris, Stalker et Nostalghia. Mais là c'est tout autre. C'est à travers le sacrifice d'Alexandre pour trouver la vie après la vie, à travers cet arbre mort qui renait, à travers ces personnes perdues et pensives sur leurs vies et leur futur incertain que j'ai plongé. J'ai plongé très bas. Et me voilà au moment fatidique où j'essaye bêtement de taper des mots là où un simple élan de curiosité de votre part à vous lancer le film de vous-même serait hautement plus évoquant. Mais tentons tout de même.

L'histoire retiendra que le premier plan de la carrière d'Andreï Tarkovski est un travelling vertical haut partant d'un enfant pour arriver au sommet d'un arbre et que le dernier est exactement le même : c'est acté, Offret (Le Sacrifice) est le film testament d'un cinéaste mourant, l'un des plus grands qui n'aient jamais existés, qui, voyant sa fin arriver, clôt son œuvre de la plus belle manière qui soit et nous livre son chant du cygne avec ce film absolument bouleversant. Toute son œuvre est condensée et résumée en ce seul Sacrifice, où les thèmes les plus importants de sa carrière sont ici portés de nouveau, la spiritualité, la recherche de soi et le sens de la vie.

Il est compliqué de placer des mots sur une telle œuvre qui convoque davantage notre ressenti que notre raison. Non pas que Le Sacrifice est irrationnel, bien que complexe et peu évident à cerner, mais que son attrait repose bien plus sur l'atmosphère qu'il va créer que son histoire déjà passionnante. C'est même grâce à son intrigue que l'ambiance fonctionne autant. La lenteur si chère au réalisateur russe est ici encore plus extrême, rejoignant son conjoint Stalker en terme d'exigence. 2h30 ça fait peur, et ça fait encore plus peur lorsque l'on sait qu'une bonne heure de film est consacré à une errance dans le noir quasi total où le verbe laisse sa place à l'atmosphère quand ce n'est pas saucé aux dialogues philosophiques compliqués à suivre si propres au réalisateur. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que la plupart ne s'y sont pas retrouvés dans ce film : Andreï Tarkovski pousse son style à l'extrême (bien que les nombreux hommages à un autre génie, Ingmar Bergman, qui considérait d'ailleurs Tarkovski comme le plus grand de tous, foisonnent. Peu de doutes sur le fait que ce dernier lui rendait ce compliment) : plus obscur, plus désespéré, plus chargé mais plus beau. Il atteint ici un aboutissement esthétique sublime, au delà de tout ce qu'il a pu faire auparavant, et venant d'un tel maître d'esthète ce n'est pas peu dire. Se lancer dans le visionnage d'un film de Tarkovski implique de se prendre sa baffe esthétique. Là, je ne m'en suis pas remis.

Des décors assez chaleureux comme le premier plan, à la froideur la plus clinique, la direction artistique se permet bien des fulgurances, sans jamais pour autant se trahir. La cohérence qu'opère Offret est sa force : tout se complète, rien ne se nuit, chaque élément sert à porter le film vers des sphères toujours plus élevées. Et il est nécessaire de noter que tout est orchestré à la perfection. Il n'est véritablement question du sacrifice du protagoniste, Alexandre, à mi-chemin ; ultime solution pour lui de se sortir de ce cauchemar bien réel. Grâce à cette écriture extrêmement fine, la variation des tons est sublimement fluide et renforce l'immersion. L'atmosphère va tantôt du plutôt léger au début à la profonde obscurité à mi-parcours avant de nous emporter dans l'indescriptible dans sa dernière demi-heure.

Indescriptible... En voilà un bon résumé de mon état d'esprit à la fin. Indescriptible de par la magnificence sidérante de certaines scènes, une lévitation sublime renvoyant à celle de Solaris qui était déjà l'une des plus belles scènes de l'histoire du Cinéma, une maison qui se consume sous nos yeux comme dans Le Miroir, Tarkovski semble faire à maintes reprises référence à ses propres films, ce qui confirme la posture testamentaire qu'il adopte à travers ce septième film, qu'il scelle par une dédicace finale à son fils lors du dernier fondu de sa carrière, tout comme Alexandre transmet son savoir et sa vision des choses à son fils qui est le seul à être resté lui-même au terme de cette expérience. L'image finale, référence à L'Enfance d'Ivan, nous rappelle que Tarkovski n'est pas que le nom d'un grand réalisateur, n'est pas que 7 grands films séparés, c'est une idée. C'est un objet uni, où chaque éclat constitue une énorme énigme dont chaque pièce du puzzle est laborieuse à acquérir. Tarkovski pratiquait un cinéma très personnel, où il se livrait à cœur ouvert à travers ses films sur sa vie, ses questions, ses réponses et ses pensées. C'est sous cette aura de fascination que le film se conclut. Que Tarkovski, en tant qu'idée, en tant que tout, se conclut. Et laisse le spectateur dans la seule envie de trouver toutes ces pièces et à scruter de nouveau Tarkovski, en apprenant à le cerner et à le faire dévoiler ses secrets les plus enfouis. C'est du cinéma à revoir... S'il y a bien une filmographie dans laquelle se replonger dedans est indispensable pour en discerner toutes les nuances, c'est celle-là (même si celle de David Lynch arrive juste derrière).

Reverrai-je Le Sacrifice ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je n'en ai pas le courage. C'est trop radical, trop éprouvant, trop épuisant, je pense qu'il est mieux de ne se fier qu'à sa première impression. En tant que tel, je n'aurais pas beaucoup de mal à le considérer comme l'un des meilleurs films que j'ai pu voir, pour m'avoir fait vivre autant de chose et pour avoir autant résonné en moi. Pour m'avoir autant ouvert les yeux et autant fasciné. Je n'aurais aucun mal à m'étendre davantage sur cette pièce maîtresse (euphémisme) mais il serait vain de ternir le mystère qui entoure ce film et qui en fait son incommensurable beauté.

Tarkovski était admirable, il est dorénavant divin. Le Sacrifice s'impose comme un chef-d'œuvre inébranlable dont l'exigence du spectateur saura être récompensée par l'accès à une magnificence rarement égalée dans l'histoire du Septième Art. Jamais son cinéma n'a été aussi bouleversant et foudroyant, jamais un film n'a su être une expérience aussi éprouvante et pénétrante. À jamais il aura marqué le cinéma, ses contemporains, son public, et c'est transcendé, pensif, et plus que jamais fasciné, que le spectateur abandonne l'une des plus grandes icônes du Cinéma, à jamais redevable envers celui qui l'a tant chamboulé.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 5 juillet 2021
Le cinéma d'Andréi Tarkovski est lent, mais poétique, plein de nostalgie, et de filtres intéressants
Ykarpathakis157

6 223 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 26 avril 2021
Quand on parle de films prétentieux et ennuyeux que les gens sophistiqués adorent c'est le meilleur exemple auquel je puisse penser à part quelques films de Jean-Luc Godard. Je pense que je préférerais manger du verre cassé plutôt que de regarder ce film à nouveau. Je ne dis pas que les films doivent être amusants pour être regardés et appréciés mais s'ils sont déprimants et bizarres il devrait y avoir une raison de soumettre le spectateur à cela. Il se délecte d'un travail de caméra long et émotionnellement déconnecté. Certains peuvent considérer cela comme artistique mais je le vois que comme ennuyeux et sans vie. Ensuite lorsqu'il est combiné avec des monologues interminables et pseudo philosophiques c'est une recette pour un ennui total. Les personnages interagissent rarement ils se parlent entre eux ou dans le vide. Et les éléments surréalistes du film peuvent sembler sophistiqués à certains mais pour moi ils sont un énorme mal de tête. Pour un effet similaire lisez plusieurs livres d'Albert Camus quelques philosophes existentiels puis frappez-vous la tête avec un maillet pour mélanger le tous. Si vous aimez ce film tant mieux je suis très heureux pour vous. Mais vous devez aussi réaliser que pour le spectateur moyen Le Sacrifice sera une expérience ennuyeuse. En d'autres termes ce film est définitivement destiné à un public très sélectif...
Niels C.
Niels C.

1 abonné 12 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 septembre 2021
L'épilogue

Assez ému je l'avoue, j'ai fini la filmographie de probablement l'un des plus grand cinéaste qui ait existé.

Et savoir que Tarkovsky décèdera à la fin du tournage du Sacrifice ajoute à ce sentiment. D’ailleurs cet effet prémonitoire est infusé dans tout le film, depuis sa réflexion sur l'héritage artistique jusqu'à plus frontalement l'inéluctabilité de la mort.

Et c'est beau ... Sans doute la plus belle photographie du russe et sa meilleure collaboration avec Sven Nykvist.

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