Le Sacrifice
Note moyenne
3,8
567 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

70 critiques spectateurs

5
27 critiques
4
10 critiques
3
11 critiques
2
7 critiques
1
10 critiques
0
5 critiques
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

1 abonné 58 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 juin 2026
Avec Le Sacrifice, Andreï Tarkovski livre une œuvre testamentaire d’une profondeur spirituelle et philosophique exceptionnelle, où l’angoisse de la catastrophe nucléaire devient le point de départ d’une interrogation sur la foi, le renoncement et le sens de l’existence. La mise en scène, d’une lenteur souveraine et d’une rigueur presque liturgique, invite moins à suivre une intrigue qu’à éprouver un état de contemplation. Erland Josephson incarne avec une intensité bouleversante cet homme confronté à la perspective de l’anéantissement, dont la quête intérieure prend progressivement une dimension sacrificielle et universelle. Chaque plan semble chargé d’une densité symbolique qui relie les inquiétudes contemporaines à des questionnements métaphysiques intemporels. Malgré son austérité assumée et son exigence intellectuelle, Le Sacrifice demeure une expérience cinématographique d’une grande élévation.
AdriBrody
AdriBrody

16 abonnés 774 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 18 octobre 2025
Je crois qu'il n'y a rien à dire si ce n'est que c'est fichtrement mauvais. Les premières minutes ne sont pas inintéressantes, mais on tombe très vite dans un mauvais théâtre où chacun essaye de jouer plus mal encore que son voisin et on assiste attristé à des scènes où chaque mot est mal prononcé, mal utilisé, mal joué.
L'histoire en elle-même pourrait être sympathique, si on ne tournait pas simplement autour d'un personnage qui n'a rien à dire et n'a rien à faire. On tourne en rond, on s'ennuie mortellement et toute la réflexion philosophique tombe à l'eau au bout de 10 minutes même pas. Peut-être déjà qu'en pièce de théâtre, ce doit être plus agréable à regarder, si les comédiens se décident de jouer comme il faut.
Niveau mise en scène, c'est mal éclairé, les acteurs sont mal dirigés et c'est bien triste pour Tarkovski de finir sa carrière là-dessus.
Islam BAHAYOU
Islam BAHAYOU

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 juillet 2025
Le Sacrifice d’Andreï Tarkovski est une prière filmique, une offrande mystique déposée sur l’autel du cinéma. C’est un film qui ne se regarde pas, mais qui se traverse – comme un rêve lucide, ou un cauchemar sacré. Dernière œuvre du cinéaste russe en exil, ce chef-d'œuvre incandescent, tourné sur les terres froides et vaporeuses de la Suède, résonne comme un ultime cri d’amour adressé à la beauté, à la foi, à la paix intérieure.

Dans un monde suspendu au bord de l’apocalypse, Tarkovski orchestre une liturgie visuelle d’une puissance inouïe. Les plans sont longs, hypnotiques, baignés de lumière crépusculaire ; chaque cadre semble peint à la main, comme une icône orthodoxe ou un tableau de Vermeer oublié sous les cendres du temps. La caméra glisse, patiente, silencieuse, à la manière d’un souffle divin qui effleure les êtres et les choses.

Le protagoniste, Alexander, est un homme hanté par le vide du monde moderne et la peur de la destruction. Face à la fin du monde imminente, il fait un pacte fou avec Dieu : sacrifier tout ce qu’il aime s’il peut empêcher le cataclysme. Ce n’est pas l’histoire d’un homme qui agit, mais d’un homme qui s’élève – douloureusement, lentement – dans la nuit de l’âme.

Le Sacrifice est une méditation sur le prix de la foi, la beauté du renoncement, la fragilité de la paix intérieure. C’est une cathédrale de silence, bâtie en images et en feu. Il ne vous divertira pas. Il vous transformera.

Regarder Le Sacrifice, c’est accepter de quitter le tumulte pour entrer dans un autre temps, celui de la contemplation pure. Un temps où le silence hurle, où la lumière parle, et où chaque geste devient une offrande.

Si vous avez soif de vérité, de beauté, d’absolu : ce film est pour vous.
Captain Ad Hoc
Captain Ad Hoc

1 abonné 32 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 16 mai 2025
Si ce n'était la mise en scène sublime et les mouvements de caméras parfaits, j'aurais pu mettre ou 2/5. Force est de constater que l'esthète Tarkovski connait son affaire et nous offre des images sidérantes de beauté à plusieurs reprises dans ce film. Rien que pour ça, je le conseillerai aux amateurs de Cinéma. Le scénariste Tarkovski et le directeur d'acteur Tarkovski, c'est une autre histoire. Bon, certains plans sont si long que c'est dur d'obtenir des performances d'acteurs parfaites, surtout si, comme je l'imagine, le temps et le budget pouvaient venir à manquer. Les performances sont franchement inégales d'une minute à l'autre. Mais pour le scénario, peu d'excuses me viennent : c'est long, on aurait pu couper une heure ou une heure trente de film sans ne rien en retirer de ce qui était utile. Premier film que j'ai failli interrompre depuis bien longtemps - j'ai finalement persévéré. La première scène, ainsi que les deux dernières, remarquables, contiennent en 15 ou 20 minutes 99% de la substance du film. Ma principale critique vient de ce que l'on se noie souvent dans des monologues qui tendent à la philosophie sans en être : ça veut être référencé et profond, mais ça passe à côté, par manque de construction. Tarkovski a pris soin d'ailleurs de se justifier dans une scène en début de film ou les personnages admirent une carte du 17ème, imprécise ou inexacte : le cinéaste semble nous dire que les hommes sont voués à êtres perdus dans l'existence, à regretter l'absence de repères absolus. Tarkovski tombe plus juste quand les émotions ou les sentiments affleurent malgré tout, mais la raison et le raisonnement, ce n'est pas son dada me semble-t-il : le mysticisme devient un argument trop prégnant et finit par être une base bien fragile pour faire un ouvrage pertinent. Je ne sais pas à quel point Tarkovski s’identifie au personnage principal, mais je me demande vraiment à quel point il ne projette pas orgueilleusement en s'imaginant dans ce héros spoiler: qui, pour sauver le monde, sacrifie les oripeaux de sa sanité mentale aux yeux de son entourage, quitte à se faire envoyer à l'asile derrière
. Tarkovski est-il obsédé par la folie, fantasme-t-il de pouvoir s'affranchir de la raison et de s'abandonner au mysticisme total ? Ce film plaira sans doute plus facilement aux personnes religieuses.
Enfin, mention négative pour la lumière : elle vient magnifier, par sa présence ou son absence, sa brillance ou sa fadeur, de nombreuses images, mais elle est par contre à plusieurs reprises incohérente d'un plan à l'autre (et je parle bien de plans sensés faire partie d'une même scène). Notamment en extérieur, les nuages ont dû jouer des tours au staff technique, et ça se voit un peu trop.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

92 abonnés 4 230 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 4 mai 2025
Le film s'ouvre sur les considérations et interrogations philosophiques d'un homme visiblement tourmenté par l'avenir de l'humanité. Ces questions existentielles, bien que très complexes, offrent un certain intérêt; mais lorsqu'éclate la spoiler: catastrophe nucléaire aux allures d'apocalypse,
l'affectation morbide et ténébreuse de Tarkovski a raison de ma patience et de mon entendement. De la grisaille austère, on passe alors à une noirceur claustrale étouffante, à peine traversée par des rayons d'une lumière irréelle.
Histoire d'un sacrifice personnel offert en échange de la survie de l'humanité, le sujet, conséquemment aux nombreux monologues et à la folie qui gagne quelques uns des personnages, tend à approcher la tragédie shakespearienne, en dépit que l'action d'un petit garçon, arrosant un arbre symbolique, suggère l'espoir.
Avec cette mise en scène théâtrale, cette emphase dans le minimalisme, qui semble la définition propre de la tragédie classique, Tarkovski décline au long de scènes interminables, beaucoup trop d'artifices. L'exercice de style, parfois bergmanien, manque de sensations. Sauf à se laisser griser par le drame spirituel.
Yves G.

1 845 abonnés 4 019 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 19 juillet 2023
Tarkovski fait partie de ces immenses cinéastes qui, avec Bergman, Dreyer, Antonioni et Bresson, plongent dans une vénération admirative tous les cinéphiles du monde entier. L’évocation de son seul nom suffit à les faire se pâmer et à remplir les salles des ciné-clubs.

Je serais bien prétentieux de leur donner tort. Que vaut mon opinion face à celle, autrement mieux renseignée, de dizaines sinon de centaines d’amoureux du septième art qui, à longueur de critiques ou de thèses ont disséqué ces filmographies et en ont souligné la richesse et la profondeur ? Si la morgue des poseurs, qui érigent parfois en chef d’œuvre un enfilement d’inanités, est insupportable, les railleries des démagogues qui font profession d’anti-intellectualisme et se rient des œuvres qu’ils ne font pas l’effort de chercher à comprendre, sont plus méprisables encore.

S’agissant de Tarkovski, lit-on, son cinéma, qui emprunte à la fois à la pensée orthodoxe slave et au panthéisme et qui convoque des symboles tant chrétiens que païens, aspire à l’universalité. Il baigne dans le mysticisme. Il décrit l’Homme dans toute sa grandeur et dans toute sa lâcheté, naviguant souvent aux frontières de la folie et du génie, hanté par la peur de la mort et par le fol désir de vivre et de créer. Son cinéma entretient un lien particulier avec la Terre et les forces telluriques – l’eau, l’air, le feu. La première scène de "L’Enfance d’Ivan" ainsi que la dernière du "Sacrifice" montrent un enfant au pied d’un arbre.

Mon propos n’est pas de contester ces analyses élogieuses. Il est piteusement de faire le constat de ma lamentable incompréhension. J’ai visionné studieusement, au fil de ma formation cinéphilique tous les films de Tarkovski, à commencer par les deux plus connus : "Andreï Roublev" et "Solaris". J’ai vu "Stalker" l’an dernier – et ai essayé d’en comprendre le sens en allant lire le livre des frères Strougatski dont il était tiré… et dont il s’est copieusement affranchi. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à en écrire la critique.

Pour parachever ma formation, j’a visionné coup sur coup son tout premier film, "L’Enfance d’Ivan", tourné en 1962, un film de commande de la Mosfilm sur la Grande Guerre patriotique où il réussit à se dégager de la pesante idéologie soviétique alors de rigueur, et son tout dernier, "Le Sacrifice", tourné en 1986, l’année de sa mort à Paris d’un cancer du poumon, tourné sur l’île de Fårö en Suède à l’invitation d’Ingmar Bergman dont l’ombre portée envahit tout le film au point qu’on pourrait presque sans faire de contresens lui en attribuer la paternité.

Je le répète : je serais bien cuistre d’oser dire que ces films sont ennuyeux, interminables, prétentieux et inutilement intellectualisants. Le seul objet de ce billet égocentrique est de confesser mon incompréhension et ma honte.
Fgiraut
Fgiraut

8 abonnés 29 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 avril 2023
Tati commence par s'inviter chez Bergman pour mieux nous tirer dans ce conte fantastique, crépusculaire. A quoi ca tient le salut ? La carte doit être donnée et affichée pour mieux révéler son incapacité à dire les territoires et chemins terribles de l'humanité.
stans007
stans007

36 abonnés 1 462 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 7 avril 2023
Isolé dans un paysage désolé, un écrivain fête en famille son lugubre anniversaire quand la télé annonce une catastrophe nucléaire… Une heure pour qu’il se passe quelque chose ! Et encore une demie-heure pour que je décroche définitivement. C’est lent, très lent, ennuyeux à l’excès, et je n’y comprends rien comme je n’ai jamais rien compris à Nietzche auquel le film se réfère souvent. Vous l’aurez compris : pas un film pour moi…
Caverneux Boutonneux
Caverneux Boutonneux

8 abonnés 55 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 août 2022
Et voilà. Le moment est venu de transmettre mon ressenti sur ce film. Je vous préviens, ça ne va pas être chose aisée. Comment, après avoir été retourné dans tous les sens, bouche-bée, avachi à en perdre son latin après une telle claque, mettre des mots sur un film qui n'en requiert pas ? J'ai déjà été touché par la grâce plusieurs fois devant un film de Tarkovski, moi fervent admirateur de Solaris, Stalker et Nostalghia. Mais là c'est tout autre. C'est à travers le sacrifice d'Alexandre pour trouver la vie après la vie, à travers cet arbre mort qui renait, à travers ces personnes perdues et pensives sur leurs vies et leur futur incertain que j'ai plongé. J'ai plongé très bas. Et me voilà au moment fatidique où j'essaye bêtement de taper des mots là où un simple élan de curiosité de votre part à vous lancer le film de vous-même serait hautement plus évoquant. Mais tentons tout de même.

L'histoire retiendra que le premier plan de la carrière d'Andreï Tarkovski est un travelling vertical haut partant d'un enfant pour arriver au sommet d'un arbre et que le dernier est exactement le même : c'est acté, Offret (Le Sacrifice) est le film testament d'un cinéaste mourant, l'un des plus grands qui n'aient jamais existés, qui, voyant sa fin arriver, clôt son œuvre de la plus belle manière qui soit et nous livre son chant du cygne avec ce film absolument bouleversant. Toute son œuvre est condensée et résumée en ce seul Sacrifice, où les thèmes les plus importants de sa carrière sont ici portés de nouveau, la spiritualité, la recherche de soi et le sens de la vie.

Il est compliqué de placer des mots sur une telle œuvre qui convoque davantage notre ressenti que notre raison. Non pas que Le Sacrifice est irrationnel, bien que complexe et peu évident à cerner, mais que son attrait repose bien plus sur l'atmosphère qu'il va créer que son histoire déjà passionnante. C'est même grâce à son intrigue que l'ambiance fonctionne autant. La lenteur si chère au réalisateur russe est ici encore plus extrême, rejoignant son conjoint Stalker en terme d'exigence. 2h30 ça fait peur, et ça fait encore plus peur lorsque l'on sait qu'une bonne heure de film est consacré à une errance dans le noir quasi total où le verbe laisse sa place à l'atmosphère quand ce n'est pas saucé aux dialogues philosophiques compliqués à suivre si propres au réalisateur. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que la plupart ne s'y sont pas retrouvés dans ce film : Andreï Tarkovski pousse son style à l'extrême (bien que les nombreux hommages à un autre génie, Ingmar Bergman, qui considérait d'ailleurs Tarkovski comme le plus grand de tous, foisonnent. Peu de doutes sur le fait que ce dernier lui rendait ce compliment) : plus obscur, plus désespéré, plus chargé mais plus beau. Il atteint ici un aboutissement esthétique sublime, au delà de tout ce qu'il a pu faire auparavant, et venant d'un tel maître d'esthète ce n'est pas peu dire. Se lancer dans le visionnage d'un film de Tarkovski implique de se prendre sa baffe esthétique. Là, je ne m'en suis pas remis.

Des décors assez chaleureux comme le premier plan, à la froideur la plus clinique, la direction artistique se permet bien des fulgurances, sans jamais pour autant se trahir. La cohérence qu'opère Offret est sa force : tout se complète, rien ne se nuit, chaque élément sert à porter le film vers des sphères toujours plus élevées. Et il est nécessaire de noter que tout est orchestré à la perfection. Il n'est véritablement question du sacrifice du protagoniste, Alexandre, à mi-chemin ; ultime solution pour lui de se sortir de ce cauchemar bien réel. Grâce à cette écriture extrêmement fine, la variation des tons est sublimement fluide et renforce l'immersion. L'atmosphère va tantôt du plutôt léger au début à la profonde obscurité à mi-parcours avant de nous emporter dans l'indescriptible dans sa dernière demi-heure.

Indescriptible... En voilà un bon résumé de mon état d'esprit à la fin. Indescriptible de par la magnificence sidérante de certaines scènes, une lévitation sublime renvoyant à celle de Solaris qui était déjà l'une des plus belles scènes de l'histoire du Cinéma, une maison qui se consume sous nos yeux comme dans Le Miroir, Tarkovski semble faire à maintes reprises référence à ses propres films, ce qui confirme la posture testamentaire qu'il adopte à travers ce septième film, qu'il scelle par une dédicace finale à son fils lors du dernier fondu de sa carrière, tout comme Alexandre transmet son savoir et sa vision des choses à son fils qui est le seul à être resté lui-même au terme de cette expérience. L'image finale, référence à L'Enfance d'Ivan, nous rappelle que Tarkovski n'est pas que le nom d'un grand réalisateur, n'est pas que 7 grands films séparés, c'est une idée. C'est un objet uni, où chaque éclat constitue une énorme énigme dont chaque pièce du puzzle est laborieuse à acquérir. Tarkovski pratiquait un cinéma très personnel, où il se livrait à cœur ouvert à travers ses films sur sa vie, ses questions, ses réponses et ses pensées. C'est sous cette aura de fascination que le film se conclut. Que Tarkovski, en tant qu'idée, en tant que tout, se conclut. Et laisse le spectateur dans la seule envie de trouver toutes ces pièces et à scruter de nouveau Tarkovski, en apprenant à le cerner et à le faire dévoiler ses secrets les plus enfouis. C'est du cinéma à revoir... S'il y a bien une filmographie dans laquelle se replonger dedans est indispensable pour en discerner toutes les nuances, c'est celle-là (même si celle de David Lynch arrive juste derrière).

Reverrai-je Le Sacrifice ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je n'en ai pas le courage. C'est trop radical, trop éprouvant, trop épuisant, je pense qu'il est mieux de ne se fier qu'à sa première impression. En tant que tel, je n'aurais pas beaucoup de mal à le considérer comme l'un des meilleurs films que j'ai pu voir, pour m'avoir fait vivre autant de chose et pour avoir autant résonné en moi. Pour m'avoir autant ouvert les yeux et autant fasciné. Je n'aurais aucun mal à m'étendre davantage sur cette pièce maîtresse (euphémisme) mais il serait vain de ternir le mystère qui entoure ce film et qui en fait son incommensurable beauté.

Tarkovski était admirable, il est dorénavant divin. Le Sacrifice s'impose comme un chef-d'œuvre inébranlable dont l'exigence du spectateur saura être récompensée par l'accès à une magnificence rarement égalée dans l'histoire du Septième Art. Jamais son cinéma n'a été aussi bouleversant et foudroyant, jamais un film n'a su être une expérience aussi éprouvante et pénétrante. À jamais il aura marqué le cinéma, ses contemporains, son public, et c'est transcendé, pensif, et plus que jamais fasciné, que le spectateur abandonne l'une des plus grandes icônes du Cinéma, à jamais redevable envers celui qui l'a tant chamboulé.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 9 avril 2022
Et voilà. Le moment est venu de transmettre mon ressenti sur ce film. Je vous préviens, ça ne va pas être chose aisée. Comment, après avoir été retourné dans tous les sens, bouche-bée, avachi à en perdre son latin après une telle claque, mettre des mots sur un film qui n'en requiert pas ? J'ai déjà été touché par la grâce plusieurs fois devant un film de Tarkovski, moi fervent admirateur de Solaris, Stalker et Nostalghia. Mais là c'est tout autre. C'est à travers le sacrifice d'Alexandre pour trouver la vie après la vie, à travers cet arbre mort qui renait, à travers ces personnes perdues et pensives sur leurs vies et leur futur incertain que j'ai plongé. J'ai plongé très bas. Et me voilà au moment fatidique où j'essaye bêtement de taper des mots là où un simple élan de curiosité de votre part à vous lancer le film de vous-même serait hautement plus évoquant. Mais tentons tout de même.

L'histoire retiendra que le premier plan de la carrière d'Andreï Tarkovski est un travelling vertical haut partant d'un enfant pour arriver au sommet d'un arbre et que le dernier est exactement le même : c'est acté, Offret (Le Sacrifice) est le film testament d'un cinéaste mourant, l'un des plus grands qui n'aient jamais existés, qui, voyant sa fin arriver, clôt son œuvre de la plus belle manière qui soit et nous livre son chant du cygne avec ce film absolument bouleversant. Toute son œuvre est condensée et résumée en ce seul Sacrifice, où les thèmes les plus importants de sa carrière sont ici portés de nouveau, la spiritualité, la recherche de soi et le sens de la vie.

Il est compliqué de placer des mots sur une telle œuvre qui convoque davantage notre ressenti que notre raison. Non pas que Le Sacrifice est irrationnel, bien que complexe et peu évident à cerner, mais que son attrait repose bien plus sur l'atmosphère qu'il va créer que son histoire déjà passionnante. C'est même grâce à son intrigue que l'ambiance fonctionne autant. La lenteur si chère au réalisateur russe est ici encore plus extrême, rejoignant son conjoint Stalker en terme d'exigence. 2h30 ça fait peur, et ça fait encore plus peur lorsque l'on sait qu'une bonne heure de film est consacré à une errance dans le noir quasi total où le verbe laisse sa place à l'atmosphère quand ce n'est pas saucé aux dialogues philosophiques compliqués à suivre si propres au réalisateur. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que la plupart ne s'y sont pas retrouvés dans ce film : Andreï Tarkovski pousse son style à l'extrême (bien que les nombreux hommages à un autre génie, Ingmar Bergman, qui considérait d'ailleurs Tarkovski comme le plus grand de tous, foisonnent. Peu de doutes sur le fait que ce dernier lui rendait ce compliment) : plus obscur, plus désespéré, plus chargé mais plus beau. Il atteint ici un aboutissement esthétique sublime, au delà de tout ce qu'il a pu faire auparavant, et venant d'un tel maître d'esthète ce n'est pas peu dire. Se lancer dans le visionnage d'un film de Tarkovski implique de se prendre sa baffe esthétique. Là, je ne m'en suis pas remis.

Des décors assez chaleureux comme le premier plan, à la froideur la plus clinique, la direction artistique se permet bien des fulgurances, sans jamais pour autant se trahir. La cohérence qu'opère Offret est sa force : tout se complète, rien ne se nuit, chaque élément sert à porter le film vers des sphères toujours plus élevées. Et il est nécessaire de noter que tout est orchestré à la perfection. Il n'est véritablement question du sacrifice du protagoniste, Alexandre, à mi-chemin ; ultime solution pour lui de se sortir de ce cauchemar bien réel. Grâce à cette écriture extrêmement fine, la variation des tons est sublimement fluide et renforce l'immersion. L'atmosphère va tantôt du plutôt léger au début à la profonde obscurité à mi-parcours avant de nous emporter dans l'indescriptible dans sa dernière demi-heure.

Indescriptible... En voilà un bon résumé de mon état d'esprit à la fin. Indescriptible de par la magnificence sidérante de certaines scènes, une lévitation sublime renvoyant à celle de Solaris qui était déjà l'une des plus belles scènes de l'histoire du Cinéma, une maison qui se consume sous nos yeux comme dans Le Miroir, Tarkovski semble faire à maintes reprises référence à ses propres films, ce qui confirme la posture testamentaire qu'il adopte à travers ce septième film, qu'il scelle par une dédicace finale à son fils lors du dernier fondu de sa carrière, tout comme Alexandre transmet son savoir et sa vision des choses à son fils qui est le seul à être resté lui-même au terme de cette expérience. L'image finale, référence à L'Enfance d'Ivan, nous rappelle que Tarkovski n'est pas que le nom d'un grand réalisateur, n'est pas que 7 grands films séparés, c'est une idée. C'est un objet uni, où chaque éclat constitue une énorme énigme dont chaque pièce du puzzle est laborieuse à acquérir. Tarkovski pratiquait un cinéma très personnel, où il se livrait à cœur ouvert à travers ses films sur sa vie, ses questions, ses réponses et ses pensées. C'est sous cette aura de fascination que le film se conclut. Que Tarkovski, en tant qu'idée, en tant que tout, se conclut. Et laisse le spectateur dans la seule envie de trouver toutes ces pièces et à scruter de nouveau Tarkovski, en apprenant à le cerner et à le faire dévoiler ses secrets les plus enfouis. C'est du cinéma à revoir... S'il y a bien une filmographie dans laquelle se replonger dedans est indispensable pour en discerner toutes les nuances, c'est celle-là (même si celle de David Lynch arrive juste derrière).

Reverrai-je Le Sacrifice ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je n'en ai pas le courage. C'est trop radical, trop éprouvant, trop épuisant, je pense qu'il est mieux de ne se fier qu'à sa première impression. En tant que tel, je n'aurais pas beaucoup de mal à le considérer comme l'un des meilleurs films que j'ai pu voir, pour m'avoir fait vivre autant de chose et pour avoir autant résonné en moi. Pour m'avoir autant ouvert les yeux et autant fasciné. Je n'aurais aucun mal à m'étendre davantage sur cette pièce maîtresse (euphémisme) mais il serait vain de ternir le mystère qui entoure ce film et qui en fait son incommensurable beauté.

Tarkovski était admirable, il est dorénavant divin. Le Sacrifice s'impose comme un chef-d'œuvre inébranlable dont l'exigence du spectateur saura être récompensée par l'accès à une magnificence rarement égalée dans l'histoire du Septième Art. Jamais son cinéma n'a été aussi bouleversant et foudroyant, jamais un film n'a su être une expérience aussi éprouvante et pénétrante. À jamais il aura marqué le cinéma, ses contemporains, son public, et c'est transcendé, pensif, et plus que jamais fasciné, que le spectateur abandonne l'une des plus grandes icônes du Cinéma, à jamais redevable envers celui qui l'a tant chamboulé.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 5 juillet 2021
Le cinéma d'Andréi Tarkovski est lent, mais poétique, plein de nostalgie, et de filtres intéressants
Ykarpathakis157

6 190 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 26 avril 2021
Quand on parle de films prétentieux et ennuyeux que les gens sophistiqués adorent c'est le meilleur exemple auquel je puisse penser à part quelques films de Jean-Luc Godard. Je pense que je préférerais manger du verre cassé plutôt que de regarder ce film à nouveau. Je ne dis pas que les films doivent être amusants pour être regardés et appréciés mais s'ils sont déprimants et bizarres il devrait y avoir une raison de soumettre le spectateur à cela. Il se délecte d'un travail de caméra long et émotionnellement déconnecté. Certains peuvent considérer cela comme artistique mais je le vois que comme ennuyeux et sans vie. Ensuite lorsqu'il est combiné avec des monologues interminables et pseudo philosophiques c'est une recette pour un ennui total. Les personnages interagissent rarement ils se parlent entre eux ou dans le vide. Et les éléments surréalistes du film peuvent sembler sophistiqués à certains mais pour moi ils sont un énorme mal de tête. Pour un effet similaire lisez plusieurs livres d'Albert Camus quelques philosophes existentiels puis frappez-vous la tête avec un maillet pour mélanger le tous. Si vous aimez ce film tant mieux je suis très heureux pour vous. Mais vous devez aussi réaliser que pour le spectateur moyen Le Sacrifice sera une expérience ennuyeuse. En d'autres termes ce film est définitivement destiné à un public très sélectif...
Niels C.
Niels C.

1 abonné 12 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 septembre 2021
L'épilogue

Assez ému je l'avoue, j'ai fini la filmographie de probablement l'un des plus grand cinéaste qui ait existé.

Et savoir que Tarkovsky décèdera à la fin du tournage du Sacrifice ajoute à ce sentiment. D’ailleurs cet effet prémonitoire est infusé dans tout le film, depuis sa réflexion sur l'héritage artistique jusqu'à plus frontalement l'inéluctabilité de la mort.

Et c'est beau ... Sans doute la plus belle photographie du russe et sa meilleure collaboration avec Sven Nykvist.

Un premier pas de franchis
Musomuse
Musomuse

12 abonnés 237 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 novembre 2020
Je suis très content d'avoir pue voir ce film. Rare sont les filmes qui me font dire après coup, "c'est beau.". Peut être que je un peu limité là dessus. Enfin c'est un super film qui laisse la marge à l'interprétation. Après c'est un film étrange. Tant mieux d'ailleurs.
J'ai pour ma part vue un film parlant des ambitions que le réalisateur a pour son fils. Tout cela est particulièrement intéressant quand on sait qu'il s'agit de son derniers film. Le Sacrifice est un nom tout trouvé. Le film est dédié à ce sujet, le père se sacrifie pour la vie de son fils et alors ils se séparent car l'un à fait son temps et l'autre à le sien à bâtir.
Toute la poésie que Tarkovski utilise dans ses films est troublante. Souvent en passant par des moyens typiquement cinématographique. Il réussi alors à faire un œuvre qui traite à la fois de l'artiste, de la peur de la mort, du dévouement, du mysticisme, du rapport que l'on peut avoir avec la guerre, des premiers mots. Enfin j'imagine aisément qu'il y a bien plus.
On est aussi face à une œuvre qui comporte une tripoté d'effets technique. Ils sont utilisé à la fois pour la poésie et le sens. Ayant pour objectif de donner un ordre artistique au métrage qui n'est plus seulement une thèse.
Hal9000
Hal9000

2 abonnés 28 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 août 2020
Le début du film pourrait être un pastiche abscons et verbeux de Bergman, puis la fin du monde est annoncée et on entre alors (ou pas) dans l’univers magico-mystico-poétique de Tarkovski.
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse