J’ai eu un peu de mal à entrer dans le film. Les personnages ne sont vraiment pas sympathiques. Même François Perrin, qui, au début du film, sous l’emprise de l’alcool et de la tristesse, essaie quand même de coucher avec sa maîtresse. Belle ironie, lui qui sera accusé d’un viol qu’il n’a pas commis…
Mais au fur et à mesure, j’ai trouvé le film passionnant.
En fait, le film est carrément une relecture du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Il en reprend quasiment la même structure narrative, mais en déplaçant l’histoire dans une ville de province française des années soixante-dix. Jean-Jacques Annaud et Francis Veber en font ainsi une satire sociale du milieu du football.
À ma connaissance (à moins que j’aie mal cherché), les deux auteurs n’ont jamais revendiqué s’être inspirés du chef-d’œuvre de Dumas. Si c’est le cas, c’est encore une fois fascinant de constater la puissance évocatrice des archétypes. Dumas a capturé quelque chose d’universel, et ce quelque chose continue de s’infiltrer dans d’autres histoires encore de nos jours.
On reconnaît bien le regard sur la société du scénariste Francis Veber : ce regard sur une certaine cruauté, un certain mépris de la bourgeoisie envers les autres.
Il faut également saluer le réalisateur Jean-Jacques Annaud. On ne le cite pas assez, mais quelle carrière tout de même. Après une satire sociale, il enchaîne avec un film sur la préhistoire, puis un thriller au Moyen Âge, puis un film d’aventures animalier. Il réalisera bien plus tard le film de guerre Stalingrad, que l’on ne cite pas souvent non plus, alors qu’il n’a pas grand-chose à envier aux plus grands films du genre. Sa scène d’introduction a marqué durablement les esprits.
On ne peut pas dire qu’il ait choisi la facilité.
Toujours est-il que cette collaboration a accouché d’un regard très juste sur le star-système et l’hypocrisie d’une population.
Il y a également quelque chose de très cathartique dans l’auto-justice, dans la vengeance de François Perrin. La fin est assez jubilatoire.
Coup de tête n’est peut-être pas un chef-d’œuvre, mais c’est un film qui possède malgré tout de nombreuses qualités, une fois son histoire bien mise en place.
Pour information amusante, on peut apercevoir Jacques Frantz dans un petit rôle. C’est lui qui deviendra la voix française de Mel Gibson et de Robert De Niro, tout comme Gérard Hernandez, immense comédien de doublage, surtout connu pour ses rôles dans l’animation. C’est toujours amusant de les découvrir par surprise, sans s’y attendre.