Second volet des aventures du sympathique Hobbit Bilbon (toujours campé par l’excellent Martin Freeman), "La désolation de Smaug" promettait de corriger les problèmes de l’épisode précédent (trous d’airs narratifs, scènes trop étirées, manque de consistance des personnages…) et annonçait un affrontement dantesque contre le fameux dragon voleur de terres. Et, dans un premier temps, on se laisse embarquer avec plaisir, tant le réalisateur Peter Jackson mène son film, tambours battants avec des scènes d’action spectaculaires (l’attaque des araignées, l’évasion des Nains en tonneaux, les différentes interventions des Elfes…), un traitement bien moins aseptisé de la violence des affrontements (au point que le jeune public devra sans doute attendre un peu avant d’assister aux multiples mises à morts et décapitations d’Orques) et un récit qui s’est densifié sur le plan dramatique. Le travail sur les personnages est, ici, incontestable puisque les "anciens" dévoilent de nouvelles facettes de leur personnalité (Thorin s’assombrit et laisse entrevoir un jusqu’auboutisme inquiétant, Kili fait preuve d’une étonnante ouverture d’esprit en tombant amoureux d’une Elfe, les Orques déversent leur haine face à l’ordre établi…). Quant aux "nouveaux", on découvre, outre le contrebandier Bard (Luke Evans), qui surprendra par son positionnement face à la quête des Nains mais dont le personnage manque de consistance, une galerie d’Elfes bien loin du portrait angélique dressé par "Le Seigneur des Anneaux". Ainsi, Tauriel (Evangeline Lilly) est une elfe rebelle qui ne se satisfait pas du destin qu’on lui réserve et veut s’affranchir de l’autorité de son Roi Thranduil (excellent Lee Pace), prêt à tout pour préserver son territoire. L’exemple le plus frappant reste, bien sûr, le retour de Legolas (campé par Orlando Bloom), qui est bien loin de l’Elfe aimant et plein d’abnégation qu’on connaissait jusque-là et qui frappe par son racisme anti-Nain et son intransigeance (bien qu’il laisse entrevoir des failles intéressantes). Absent du roman, le personnage de Legolas permet de personnifier davantage le conflit entre Elfes et Nains, et, ainsi, de densifier un peu le récit. Pas étonnant, dès lors, que les meilleures scènes du film soient celles où les Elfes sont présents. Autre élément appréciable : le souci de diversification des Nains, bien trop "fongibles" dans l’épisode précédent et qui bénéficient, ici, d’une personnalité propre et mise en avant. On en oublierait presque la mise en retrait de Gandalf (Ian McKellen), cantonné à déambuler dans des ruines pour affronter Sauron. Malheureusement, et de façon paradoxale, la qualité de ce second épisode connaît un grand coup d’arrêt lors de l’arrivée de Bilbon et de la Compagnie des Nains dans la tanière de Smaug. En effet, alors qu’on attendait un affrontement spectaculaire, on a droit à un long échange assez soporifique entre le Hobbit et l’énorme Smaug (doublé par Benedict Cumberbacht en VO), qui s’amuse à jouer avec sa proie. Certes, il n’était pas obligatoire de faire de ce face-à-face un feu d’artifice d’action façon "Avengers" mais, dès lors, que cet échange devait se cantonner essentiellement à un dialogue, il aurait fallu un peu plus soigner les répliques et la mise en scène pour un faire un sommet de tension… ce qui n’est pas le cas, malgré le design assez effrayant du dragon. Ce long échange affaiblit considérablement l’efficacité du film et vient subitement rappeler aux spectateurs qu’ils auront droit à trois épisodes alors que deux auraient vraisemblablement suffi. Mais, Jackson achève, malgré tout, ce second épisode sur un cliffangher qui nous contraint à voir la fin de cette nouvelle saga. On continuera, donc, à suivre les aventures de Bilbon mais sa route parait bien plus longue que celle qui mena Frodon au Mordor.