This is cinema, this is acting, this is life.
Holy Motors de Leos Carax est toujours autant un film décalé, absurde, original, surprenant.
Un film d’abord sur le cinéma et sur le travail de l’acteur. On retrouve une variété importante de genres cinématographiques et de manières de concevoir le cinéma. Ce film est un peu une histoire de cinéma, en témoigne également des images reprises ou ressemblant à des films provenant de l’ère préhistorique du cinéma. C’est un art qui manipule le spectateur comme la première séquence peut le montrer. Une manipulation par l’image grâce au grand écran, une manipulation aussi par le son où l’on entend un bruit de navire sans jamais le voir. Nous trouvons nous dans un navire, les spectateurs voient-ils un film se déroulant dans un navire. Le tout orchestré par Leos Carax, le réalisateur présent en personne dans la séquence.
Qu’est ce qui est vrai ? Qu’est ce qui est faux ? C’est la question principale de tout le film. Le cinéma est-il devenu trop illusionniste avec l’arrivée du numérique abandonnant cet artisanat d’autrefois qui faisait le charme et l’authenticité de certains films, le temps des effets spéciaux de George Méliés est peut-être ou déjà révolu.
Si on regarde le film de plus près, il y a aussi la question de la surconsommation qui est posée. Déjà il y a l’incarnation par Denis Lavant de plusieurs personnages (11x Denis Lavant), on pourrait même parler d’overdose. À l’heure actuelle, avec le streaming, il y a énormément de productions audiovisuelles, les compagnies ont besoin de ses productions pour survivre, le spectateur est toujours en demande de nouvelle séries, de nouveaux films, au risque de se désabonner de cette plateforme si le service ne lui convient pas. C’est presque un travail d’usine, les acteurs et les actrices devenant de simples objets, de simples esclaves. Ils sont dissociés de notre monde, il y a l’humain et l’acteur (ça c’est parce que je suis en plein visionnage de Severance ahah). Cette idée de surconsommation, critique du capitalisme est aussi symbolisée par cette farce sur les tombes du Père Lachaise où les inscriptions indiquent des liens vers de sites web, cela pouvait sembler absurde à la sortie du film il y a une décennie aujourd’hui un peu moins.
Denis Lavant toujours aussi performant et qui mène la danse dans cette oeuvre au rythme d’une BO fantastique.
Avec Annette , Holy Motors est peut-être la définition claire d’un chef d’oeuvre cinématographique contemporain. Il y a tant de choses à dire sur ce film donc bon j’en laisse un peu pour les prochains visionnages. Comment Leos Carax est-il capable d’imaginer de telles histoires, cela restera un mystère profond dans l’histoire du cinéma. Il ne faut pas chercher à comprendre, il faut juste ressentir.