Tabou
Note moyenne
3,5
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155 critiques spectateurs

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Olivier Barlet
Olivier Barlet

329 abonnés 433 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 novembre 2013
Gomes nous emmène avec habileté sur le terrain glissant de nos visions post-coloniales. Il le fait avec une impressionnante liberté, la sienne qui respecte la nôtre, une façon d'affirmer sa foi dans le cinéma des origines, celui de Murnau. Quand ses personnages voient dans les nuages des animaux, quand le romantisme le dispute au baroque, quand c'est un crocodile qui porte le récit, Gomes assume cette filiation critique. Dans la première partie, le passé semble tabou : il revient en force en tant que mythe dans la seconde. Ce n'est ainsi comme Miguel Gomes qu'en fouinant dans nos imaginaires qu'on pourra enfin faire des films plutôt que de sempiternellement nous faire un film sur notre passé et sur nous-mêmes. - Voir critique complète sur le site d'Africultures.
B-Lyndon
B-Lyndon

86 abonnés 45 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 décembre 2012
Perdu. Tout est perdu. Et pourtant : Aurora l'avait vu en rêve, cette fois ci. Un rêve étrange, qu'elle nous raconte, lunettes de soleil vissées sur les yeux, face caméra. Perdu. Tout est perdu. Elle a joué. Elle a perdu. Son argent. Son amour venu d'Afrique. Son paradis.

D'abord, on hésite. On ne sait pas. On se pose là, entre ces trois personnages, on ne sait rien. On ignore tout. Et pourtant, ces voix, on les entend encore. Et ces visages fermés ne disent, en revanche, rien.

Et puis, soudain, tout démarre. Il suffit d'un changement de plan pour suggérer le changement de pays, d'atmosphère, de vie. Un vieil homme raconte, parmi les bruits du blé et des champs africains, ce qui est parti et ne reviendra jamais. Et les voix, soudain, se taisent. Et les visages, soudain, s'ouvrent. Rire. Pleurs. Corps qui se mouvent. Yeux regardant les nuages qui dessinent, dans le ciel, des animaux contournés au crayon.

Tout dans ce film est une question de souvenir, de retour, d'oubli. Oublier. Ce serait si simple, d'oublier... Mais c'est impossible. Si les voix s'effacent, les visages restent. Ils nous regardent, de longues minutes. D'infinis nuances chavirent dans leur yeux gris. Tant de cris se devinent dans ces bouches qui se taisent...

Et cette fois, on le sait. On a vu. On a tout vu. On a vu Aurora seule, vieille, morte, perdue. Et c'est insoutenable, car on voudrait qu'ils s'aiment, qu'ils s'embrassent, se touchent, se caressent, s'envolent, fuient, courent, loin, ensemble...

Perdu. Tout est perdu. Et pourtant, tout semble là. Car Gomes, à la fin, ne revient pas au présent. Un travelling sur un paysage d'Afrique, et Tabou se termine.

Dans le noir, on se relève. Les lumières se rallument. Et que fait-on, alors, à l'instant, comme à tout les instant ? On se souvient. Encore. Encore et toujours, on se souvient. Car la vie et le cinéma ne sont qu'une suite de souvenirs. Des souvenirs qui fuient, doucement, sans bruit, à travers la savane d'un paradis perdu, d'un paradis rêvé, comme celui d'Aurora, il y a bien longtemps.
Yves G.

1 845 abonnés 4 014 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 12 février 2013
Le film de Miguel Gomes a été accueilli par une critique extatique.
Les cahiers du Cinéma parlent d'un "manifeste pour un cinéma réllement libre et lyrique" ; Le Monde évoque "un film d'une colossale ambition sur la construction et le déclin de l'imaginaire occidental" (rien que ça !) ; quant au critique de Libération (qui avait peut-être fumé quelque chose d'illicite avant la projection), il est ému aux larmes par "les distorsions, les frictions et les cassures bizarres de ce feuilleté d'innombrables couches de temps entrelacées, où se confondent la mémoire du monde et celle que cinéma et chansons d'amour lui auront inventé".
Du coup, c'est un peu intimidé que j'ai réussi à me trouver une place dans une petite salle parisienne archi-comble remplie de lecteurs Télérama complexés d'avoir raté à sa sortie le meilleur film 2012.

Le film est construit en deux parties. La première est en noir et blanc. La seconde en noir et blanc et en muet. La troisième partie, s'il y en avait eu une, aurait peut-être été sans image ou sans son ...
La première rappelle Tatie Danielle : une vieille dame prénommée Aurora (fine allusion à Murnau qui fait écho au titre du film lui aussi) perd la boule. C'est le "paradis perdu".
La seconde rappelle Out of Africa : à la mort d'Aurora on apprend que jadis elle avait une ferme en Afrique, aux pieds du mont Tabou (fine allusion à Karen Blixen). Mal mariée, la jeune et belle Aurora tombe follement amoureuse du jeune et beau Ventura. Ils vivront une idylle moite et follement romantique au milieu des plantations de thé et des fosses à crocodiles. Mais on sent, sous l'immobilisme apparent, sourdre les frémissements de la guerre d'indépendance qui vient.

Honte à moi de moquer aussi gratuitement ce beau film exigeant.
Il me faudrait plus humblement reconnaître que je n'y ai pas compris grand'chose et que le peu que j'en ai compris m'a copieusement rasé.
J'aurais dû, comme le critique de Libération, fumer un truc euphorisant avant d'aller le voir ...
gimliamideselfes

3 432 abonnés 4 013 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 janvier 2013
Alors j'ai fini par voir ce film que j'ai mis du temps à voir, ce film dont la critique des cahiers m'avait fait baver.
Je ne sais pas si j'en attendais trop, mais comme tous les films de 2012 ou presque, j'ai été déçu.
Déçu surtout par cette première heure de film. Bien qu'elle ne prenne tout son sens que durant la seconde partie du film, je trouve ça dommage de devoir subir cette heure qui si elle est belle ne m'a vraiment pas passionnée (sans que je trouve ça chiant non plus). Et je n'ai pas envie de m'y attarder, car j'ai trouvé ça assez confus.
Par contre, vraiment la seconde partie, c'est quelque chose. C'était l'idée que je me faisais du film avant d'aller le voir. La photographie du film change, elle est moins lisse, il y a du grain, et j'aime le grain !
Et on a cette histoire d'amour, forte, belle.
Alors je ne veux pas être trop élogieux, car je pense que ça aurait pu l'être encore plus, mais disons que certains moments sont réellement tristes et beaux et que ça fait plaisir de voir ça au cinéma.
J'émets l'hypothèse que pour apprécier pleinement le film il faut le revoir (ce que je ne ferai sans doute pas), mais disons que ça permettrai de revoir la première partie en en comprenant les enjeux et les personnages.
Aussi j'ai quand même trouvé le film franchement bavard surtout dans la première heure et du coup lorsque la musique s'arrête j'ai cru qu'on allait tomber dans du muet pur, mais non on a encore cette narration un peu lourde.
Après ça m'énerve vraiment de ne pas forcément avoir plus aimé le film plus que ça.
Et puis je pense qu'on ne vantera pas assez la beauté de la photographie de la seconde partie. Je me suis senti dans cette Afrique, une Afrique d'image d'Epinal, celle qui hante nos rêves et nos fantasmes (oui j'aurai rêvé de vivre en Afrique à cette époque).
Mais ce qui me dérange c'est que même dans la seconde partie il aurait pu être un peu plus rude, parce que j'ai trouvé la fin pas assez triste... Et pas assez mélancolique pour me séduire.
Je pense qu'on a beaucoup d'éléments pour faire un grand film, mais on n'y est pas encore à mon goût. Il manque quelque chose.
 Kurosawa

674 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 9 février 2015
Je serais de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas à "Tabou" son ambition formelle considérable et son indéniable sens du romanesque. Divisé en deux parties, la première se passant de nos jours et la seconde quelque décennies auparavant, il est question de la vieillesse d'une femme, cette dernière commençant à divaguer, la vie d'un foyer dans un immeuble à Lisbonne ou encore une histoire d'amour impossible en Afrique, autant d'actions diverses pourtant toutes connectées entre elles. Foisonnant et abstrait, le film finit par lasser à cause de son rythme particulièrement lent (mais pas très envoûtant) et de son utilisation excessive de la voix-off. Il est d'ailleurs difficile de savoir si cette dimension littéraire est assumée mais en tout cas elle finit par parasiter le récit et surtout certaines images d'une grande beauté. Miguel Gomes signe un film mystérieux, peut-être trop, jusqu'à se demander s'il n'est pas hermétique.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 30 décembre 2012
J'y ai emmené un copain, pleine d'attente face au chef d'oeuvre annoncé. C'est un coup à se fâcher avec ses meilleurs potes! Quel ennui! La première partie est à périr d'ennui! On ne comprend rien... Mais ou veut-il en venir bon sang?? Que dit-il?? Qu'est-ce qu'on attend?? Qu'est-ce qu'on s'emmerde! Certes la 2e partie a un charme particulier, la bande son est émouvante, un peu de curiosité vous tient réveillée, plane un peu d'émotion... Mais franchement pas de quoi casser trois pattes à un canard. Quand la critique Inrock Télérama le Monde est unanime, tous aux abris!!! Quelle pédanterie... Si vous voulez vous faire votre opinion toutefois allez le voir au ciné. En DVD vous n'irez jamais au bout...
vinetodelveccio
vinetodelveccio

89 abonnés 802 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 février 2014
Un film magnifique, réalisé avec beaucoup d'audace et de poésie. Miguel Gomez se démarque ici de tout ce qui a pu être créé auparavant et s'affranchit des standards du cinéma pour nous offrir une œuvre singulière sacrément culottée. La beauté de la chose réside surtout dans le fait que le dispositif de mise en scène n'est jamais accessoire ou gadget : le noir et blanc renforce l'immense mélancolie du film, le jeu avec le son et la caméra souvent fixe permettent une omniprésence du hors-champ et donc de l'imagination. Le rêve est toujours présent et il se dégage du film une immense poésie et des torrents d'émotions. Au-delà de ces aspects poétiques, le cinéaste n'oublie pas d'être totalement ancré dans la réalité et réussit donc à nous délivrer une œuvre absolument moderne. En bref, un sacré film et un moment extraordinaire.
Dominique V.
Dominique V.

17 abonnés 227 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 3 janvier 2013
Mais qu'est-ce que toute la presse unanime trouve donc à ce film ? C'est froid, désincarné, ça prend la pose, ça demande à ses acteurs d'en faire le minimum (des fois qu'on s'attacherait ?), ça montre que ça maîtrise plein de techniques, ça use et abuse des effets. And so what ?!
A fuir...
Thomas O
Thomas O

246 abonnés 5 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 5 décembre 2012
ouffa ! d'où ça sort ? 2h d'apesanteur, magiques et féériques.
Frédéric L
Frédéric L

14 abonnés 61 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 15 décembre 2012
Par ce que c'est un film ? Non, cela n'a rien à voir avec le cinéma. Le réalisateur ne doit pas savoir ce qu'est une histoire, un scénario, des dialogues. Ce qui nous est " donné à voir et entendre " c'est un monologue en guise de bande son derrière une suite d'images ; et le fait que ce soit en N & B rend ce "spectacle" encore plus ennuyeux. Sans intérêt.
vmdl
vmdl

7 abonnés 28 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 29 janvier 2013
Non mais vraiment ... quand je vois les critiques dithyrambiques de tous les journaux dédiés, ça me met en rage! Tabou est d'un ennui quasi mortel, le rythme est poussif, l'histoire décousue. Les images sont très "jolies", certes, si ça suffisait pour faire un film, ça se saurait. Si au moins il y avait un propos,un étonnement... je ne sais pas... mais quelque chose pour réveiller le spectateur. Pitié mesdames et messieurs les critiques, un peu d'exigence s'il vous plaît. Il ne suffit pas de faire un film en noir et blanc avec une voix off ( très belle au demeurant) pour crier au chef-d'oeuvre.
Voilà, c'est dit. Heureusement il y a Django pour rétablir mon amour immense pour le cinéma.
marseyopolis
marseyopolis

19 abonnés 259 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 20 janvier 2013
"Out of Africa" filmé par Ed Wood, mais pas drole. Ce film est ridicule, passe totalement à coté de son principe, est joué par des ringardos insuportables… Comment la critique peut-elle etre unanime devant un tel navet ? Et quel film pretentieux, en plus (et raciste, aussi, mais ce n'est pas le bon endroit pour en débattre).
AliceL
AliceL

6 abonnés 82 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 27 février 2013
On a du mal à comprendre l’emballement médiatique autour de cet anodin petit film. Le projet n’est certes pas dénué de charme : l’utilisation du muet est plutôt poétique, l’ironie permanente se teinte peu à peu de mélancolie et il y a quelques réjouissants dérapages surréalistes. Mais le récit demeure programmatique jusqu’à la caricature et les personnages ont du mal à trouver de la chair à l’intérieur de ce mélo cousu de fil blanc. Vraiment pas de quoi crier au chef d’œuvre !
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 20 janvier 2013
Je me suis endormi tellement c'était chiant ; marre de ces films aux critiques dithyrambiques qui ne valent rien.
soniadidierkmurgia

1 435 abonnés 4 336 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 29 août 2013
Miguel Gomès jeune réalisateur portugais dont c'est seulement le troisième long métrage, nous emmène pour un voyage nostalgique dans le passé d'une vieille dame au temps pas si lointain des colonies africaines (Le Mozambique n’est indépendant que depuis 1975). Le travail sur la forme cinématographique de Gomès très particulier et novateur ne conviendra pas aux spectateurs trop rationnels pour qui le cinéma a une fonction unique de divertissement. Gomès sans doute cinéphile averti de toutes les techniques des anciens se les approprie pour nous offrir ce voyage à rebours dans le passé d'une femme qui comme la Meryl Streep de "Out of Africa" a autrefois tenu une ferme en Afrique (phrase prononcée par l’héroïne en voix off au début du film). En deux parties bien distinctes, "Paradis perdu" et "Paradis", Gomès montre le fossé qui sépare les deux mondes qu'aura connu Aurora au cours d'une vie marquée par un drame passionnel comme il en arrive partout à travers le monde et les époques. Devenue une vieille femme hantée par ses rêves, elle mène désormais une vie en miniature dans un immeuble de Lisbonne entre Santa sa femme de compagnie Cap-Verdienne, dernier vestige d'un monde colonial enfoui dans sa mémoire et Pilar sa voisine entre deux âges, à la vie trop sage qui se dévoue aux autres faute d'avoir connu les soubresauts de la passion. A travers les songes éveillées d'Aurora, Pilar pressent chez la vieille dame acariâtre un passé chargé d'un romantisme qu'elle pleure d'être disparu en écoutant au cinéma le soir du réveillon du nouvel an, "Be my baby" des Ronettes. Durant la semaine qui entoure le réveillon 2010, Gomès nous décrit la routine de ces trois femmes ramassées sur deux appartements qui souvent donnent l'impression de n'en faire qu’un. Mais Aurora part avec ses secrets et c'est Gian Lucas rencontré lors des obsèques selon la dernière volonté d'Aurora qui va de sa voix suave nous narrer le passé de celle qui fut sa maîtresse. S'ouvre alors la deuxième partie, "Paradis", avec la fameuse phrase : "Autrefois, Aurora tenait une ferme en Afrique" qui nous transpose comme par magie au début de "Out of Africa". Mais au technicolor flamboyant d'un Sydney Pollack décidé à nous faire partager le voyage , Miguel Gomès oppose un noir et blanc encadré dans un format 4/3 qui entend nous laisser dans le flou et l'imaginaire du récit . Impression renforcée par l'absence de dialogues comme pour ne pas nous distraire de la voix grave de Ventura qui a participé activement et dramatiquement à l'histoire d'Aurora. C'est ici que le style de Gomès s'affirme démontrant que le cinéma peut avoir aussi quelque chose à dire via le procédé décalé de la narration. Seuls les bruits ambiants nous plongent dans l'exotisme d'une Afrique où le colon sera toujours un étranger comme nous le rappelle la révolution qui gronde autour de la petite communauté. Le tour de force du jeune réalisateur est de nous restituer l’étrange impression ressentie devant les images muettes de certains documentaires historiques en leur insufflant une force dramatique qui nous emmène loin, très loin. Le prologue où un explorateur parcourt la savane sans but après la mort de sa bien-aimée peut-être vu comme un hommage aux films de Tarzan ou à King Kong mais aussi comme un appel au romantisme amoureux disparu et pleuré par Pilar. La démarche créative de Miguel Gomès peut s'apparenter à celle de Carl Theodor Dreyer qui en 1932 dans "Vampyr" réinventait l'écriture cinématographique pour nous faire pénétrer dans le monde des songes de ce monde inconnu qu'est l'hypnagogie. On peut aussi penser à Alexandre Sokourov qui pour son "Faust" se libéra respectueusement de l'ombre tutélaire du grand Murnau auquel Gomès a du fatalement penser en donnant "Tabou" (dernier film de Murnau) comme titre à son joli voyage dans les souvenirs d'une femme qui "autrefois avait tenu une ferme en Afrique".
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