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Amandineclavel
9 critiques
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3,5
Publiée le 21 mars 2026
Grâce à une mise en scène audacieuse et à la complicité avec son chef opérateur, le film invente un langage fait de mouvements, de foules et de ruptures de ton qui lui confèrent une modernité durable. Au cœur de cette fresque, l’interprétation lumineuse de Tatiana Samoïlova irradie une humanité bouleversante, donnant chair à un récit de guerre traversé par l’amour et la perte.
Un immense film pour bien des raisons. D’un point de vue formel, pour son style baroque et une virtuosité (non gratuite, mais au service du propos) proprement admirable : le choix de plans très expressifs, comme ces contreplongées annonciatrices de l’écrasement des personnages par la marche du monde (en l’occurrence la guerre) ; les mouvements de caméra comme ce stupéfiant accompagnement de Boris dans l’escalier tourbillonnant, ou les longs travellings, entre autres lorsqu’ils suivent Veronika dans les scènes de foule ; les surimpressions, qui font par exemple se confronter et confondre les vertiges de l’amour et de la mort ; l’expressionisme dans l’impressionnante scène du morceau de piano joué pendant le bombardement…. Le fond n’est pas en reste. Le film hérite du passé Soviétique et des œuvres d’Eisenstein un souffle collectif certain, mais ici les scènes de guerre sont réduites au strict minimum et les actes d’héroïsme absents. Kalatozov s’intéresse plus, en suivant l’itinéraire de Veronika, aux souffrances de la population entière, constituée pour l’essentiel de ceux restent. Le film constitue de ce fait une intéressante description de leur vie en Union Soviétique à cette époque. Plaidoyer contre la guerre, il transmet des sentiments profonds, où l’on passe de l’espoir au désespoir, en étant empreint d’une grande humanité. A cet égard, la dernière scène est proprement bouleversante, quand c’est la malheureuse qui donne à tous les heureux qui l’entourent.
Boris et Veronika sont sur le point de se marier; quand l’Allemagne attaque l’URSS, Boris s’engage volontaire. Commence à l’arrière une longue attente faite de deuils, de regrets, de culpabilité et de non-dits.
Le cinéma soviétique atteint son âge d’or à la fin des années 1950, en s’émancipant doublement : de l’aspect propagandiste de ses films et du jeu théâtral et pompeux de ses acteurs. Le film nous donne à voir des personnages réalistes et complexes dans ce conflit qui n’est jamais idéalisé. Surtout il présente des personnages ordinaires plongés dans cette grande histoire qui les dépasse et non des héros censés représenter la masse.
Comme le cinéma russe l’a toujours fait, l’heure est à la recherche d’exploit technique. Kalatozov, maître du plan séquence multiplie les plans vertigineux : Traveling horizontal qui suit son héroïne au milieu d’une foule attendant le départ à la guerre et qui s’attarde sur de nombreux visages, traveling latéral qui la voit se perdre au milieu d’une colonne de T-34. Ce qui fera surtout parler c’est un travelling tournant à 360 degrés pour suivre le personnage courant dans une cage d’escalier circulaire et ayant nécessité un dispositif technique titanesque. Kalatozov livre aussi de superbes scènes oniriques ou quasiment surréalistes que lui permet ce superbe noir et blanc.
Un film poétique et réaliste sur la culpabilité de ceux restés à l’arrière du front.
Quand passent les cigognes nous donne à voir un monde de cendres animé. On croit d’abord voir une tragédie d’amour, mais très vite, on comprend que ce n’est pas de l’amour dont il s’agit, mais de sa disparition même, de ce que la guerre, la vraie, fait à l’amour, au regard, à la chair et aux gestes.
Chez Kalatozov, il n’y a pas de surplomb possible, aucun plan d’ensemble stabilisateur, aucune distance morale depuis laquelle juger les événements. Tout est emporté dans le même mouvement, celui d’un monde qui vacille, et dans lequel la caméra devient l’unique boussole. C’est elle, véritable héroïne du film, qui vacille dans les escaliers, chute avec Veronika, remonte dans les hauteurs d’un Moscou et son âme soviétique. Une caméra qui voit depuis la faille, depuis la douleur.
Veronika, justement. Samoïlova incarne une femme que le film ne cherche jamais à expliquer, encore moins à enfermer dans une posture. Veronika est ce qu’il reste quand tout s’est effondré : ni figure de propagande, ni victime exemplaire. Elle attend, oui, mais ce n’est pas l’attente comme fidélité. C’est l’attente comme arrachement.
Le grand absent du film, c’est Boris, disparu non seulement dans le récit, mais dans l'image elle-même. Il n’a pas de tombe, pas d’épitaphe, pas de dernier mot. Il n’est qu’un souvenir.
Il faut voir comment Kalatozov filme la foule, non comme une masse unie, mais comme une polyphonie dissonante. Une multitude d’individus qui se croisent, se cherchent, s’ignorent, s’effondrent. Chaque mouvement de caméra est une question posée au corps social : que faire de tant de douleur ? Comment tenir debout quand tout a été brisé ? Et le film ne répond pas, il fait mieux : il montre l’éclat de la résistance dans le seul fait de continuer à marcher, à aimer, à regarder.
Et puis il y a ce plan, à la fin. Les cigognes, là-haut. Elles disent autre chose, plus ambivalent, plus profond : que malgré tout, il y a un ciel, qu’il y a encore un au-delà du chagrin.
Cycle indéfiniment recommencé de la guerre et de la paix sur la tête des hommes, aussi inéluctable que le vol des bombardiers de la mort et le retour des cigognes de la vie. Lumière, image, cadrage, tous au service d'un chef d'oeuvre.
Quand passent les cigognes, réalisé par Mikhaïl Kalatozov et lauréat de la Palme d'or au Festival de Cannes en 1958, est une œuvre poignante qui nous plonge au cœur de la Seconde Guerre mondiale, mais vue à travers le prisme de l'intime. Le film raconte l'histoire de Véronika et Boris, un jeune couple amoureux séparé par les horreurs de la guerre. Le début du film, avec leur course insouciante près d’un pont à Moscou, contraste brutalement avec la sombre réalité qui s'impose bientôt à eux : Boris est appelé au front, laissant Véronika derrière lui, prise dans l’étau de l’absence, de l’incertitude et de la douleur.
Là où le film se démarque, c'est dans sa manière de capturer la guerre non pas à travers les batailles, mais à travers l’impact émotionnel sur ceux qui restent. Véronika devient le symbole des milliers de femmes qui doivent faire face à la perte, à l'attente, et à la désillusion. La mise en scène de Kalatozov sublime ces émotions par une caméra virtuose, capable de capter aussi bien la grandeur des espaces vides que l'intensité des regards et des gestes.
Techniquement, le film impressionne. La photographie en noir et blanc, à la fois élégante et expressive, joue un rôle clé dans l'intensité dramatique du récit. Les jeux de lumière et d'ombre apportent une dimension presque onirique à certaines scènes, rendant le chagrin de Véronika encore plus palpable. Une des forces majeures du film réside dans les mouvements de caméra fluides et dynamiques, souvent utilisés pour refléter l’instabilité émotionnelle de l’héroïne. Ces choix visuels renforcent la narration tout en immergeant le spectateur dans l’état d’esprit des personnages.
Tatiana Samoïlova, qui incarne Véronika, est tout simplement magistrale dans ce rôle. Elle parvient à traduire, avec une rare justesse, toute la complexité de son personnage : l’espoir qui se bat contre le désespoir, la résilience face à l'effondrement, et l’amour face à la perte. Sa performance, tout en nuances, est rehaussée par la manière dont Kalatozov la met en lumière, lui accordant des gros plans intenses qui saisissent chaque inflexion de son visage.
Quand passent les cigognes est un film qui résonne longtemps après son visionnage. Il n'est pas simplement un récit sur la guerre, mais une réflexion sur l’humanité, l’amour, et le sacrifice. C’est une histoire où chaque regard, chaque silence, raconte une vérité indicible sur la perte et le temps qui passe. Plus qu'un simple mélodrame, c'est une œuvre d'une grande finesse qui mêle l'art du cinéma à une sensibilité humaine profonde.
En somme, Quand passent les cigognes est non seulement un joyau du cinéma soviétique, mais aussi un témoignage universel sur les ravages de la guerre, non pas sur les champs de bataille, mais dans les cœurs et les esprits de ceux qui doivent survivre à l'absence. Un classique intemporel, où chaque plan est une leçon de cinéma.
Évidemment dès le titre, on ressent le lyrisme d'une envolée. Comme la rencontre du début et le lyrisme des images. Puis vient le doute et le regret. Il faut reconnaître que l'image rend parfaitement compte des élans de l'amour vrai ou celui perdu à jamais. Beau film.
Un bon mélo au scénario solide servi par une mise en scène inventive et dynamique qui justifie la palme d’Or à Cannes. Des scènes fortes comme celle du piano sous les bombardements ou belles comme la distribution finale des fleurs, ou lourdingues comme la description à l’hosto d’un cas similaire. Le tout valorisé par une BO soignée et un zeste d’expressionnisme…
Palme d'or à Cannes ( 1958), " quand passent..." est sans doute un des films soviétiques parmi les plus célèbres en occident.
Son réalisateur M.Kalatozov réalisera plusieurs autres opus de qualité ( " la lettre inachevée " et " soy Cuba" notamment) qu'on peut aujourd'hui voir facilement.
Au travers de l'histoire d'un couple qui se connait avant la seconde guerre mondiale puis sera séparé à tout jamais, c'est une proposition de réflexion sur les contingences historiques, leurs effets sur la vie personnelle de ceux qui les vivent, la volonté de dépasser les tragédies vécues et d'aller de l'avant.
Démarche volontariste s'il en est, sans doute de l'ordre du slogan plutôt que du réalisme existentiel, " Quand passe..." a sans doute un peu vieilli au plan formel.
Toutefois, pour les cinq dernières minutes du film ( émouvantes et admirables), la prestation, le charme et la beauté de Tatiana Samoilova le thème abordé rendent le film indispensable à l'amateur de cinéma du patrimoine.
Certes, les scènes étirées, construites de façon un peu convenue, le scénario un peu limité dans son développement, une photo pas exceptionnelle, ne permettent pas ( selon moi) de considérer cette palme d'or comme un chef d'oeuvre du septième art.
Toutefois, malgré ces réserves, l'impact du film à sa sortie en fait un film soviétique à connaitre.
Certes, au plan formel " la lettre inachevée " opus suivant de M.Kalatozov ( dont certains éléments narratifs de " quand passent..." ( importance d'un courrier, femme convoitée par deux hommes...) sont aussi présents, est sans doute plus accompli.
Il y a quelques mois, je découvrai pour la toute première fois, le cinema russe avec ce film. "Quand passent les Cignognes" est un film qui m avait laissé un énorme goût amer. Une impression de ne pas avoir vu le chef d'oeuvre comme il est démontré. J ai donc donné une seconde chance à ce film en espérant me tromper. C est totalement le cas ! Comment je n ai pas pu aimer ce film lors de mon premier visionnage !?
Ce 2e Visionnage m'a totalement bouleversé. Que cela soit l'intrigue amoureuse, melangé au drame terrible de le Seconde Guerre Mondiale, ainsi que le personnage Veronika (incarnée par Tatyana Samoylova) qui est au centre des intérêts de ces deux éléments, nous plonge ce film au delà du Cinéma.
Son personnage est à la fois l incarnation du malheur mais aussi de l espoir.
Cela est fortement mis en evidence par la réalisation Mikhail Kalatozov qui est magnifique ! Porté par un message fort et puissant, le film bascule entre le vécu et l espoir donc !
Un véritable chef d'œuvre du Cinéma et une véritable œuvre humanitaire
Un film qui restera dans l'histoire du cinéma tant par son émotion ou sa technique qui après 70 ans n'a pas vieillit.... Un peu de problème de naration pour mettre la note maximal....
Très beau film que j'ai revu avec plaisir en DVD. L'esthétique, l'histoire (la petite et la grande), les acteurs et la fin bouleversante!! Vraiment un très beau film A voir ou à revoir.