Alien: Covenant est probablement, pour moi, la plus grande déception de toute la saga Alien. Prometheus était déjà un film extrêmement imparfait, mais il avait au moins le mérite d’être prometteur : certes maladroit, certes frustrant dans sa manière d’évacuer les xénomorphes, mais porteur d’idées nouvelles, notamment autour des Engineers, de leurs intentions, et de la possibilité d’un récit plus vaste sur les origines de l’humanité. Ce n’était pas forcément la direction que tous les fans attendaient, mais au moins, il y avait des pistes, quelque chose à développer.
Ce qui posait problème dans Prometheus, en revanche, c’était l’équipage d’une bêtise spectaculaire. Et pour celles et ceux qui trouvaient déjà ça insupportable, Covenant réussit à faire encore pire, mais vraiment pire à un niveau exponentiel.
On nous présente un équipage soi-disant professionnel, censé être capable d’analyse, de sang-froid, d’expérience. Pourtant, ils enchaînent les décisions les plus absurdes possibles, au point que chaque scène semble construite uniquement pour permettre des morts faciles, un peu de gore.
Aucun personnage n’est vraiment caractérisé. La plupart ne sont là que pour mourir, sans susciter la moindre empathie.
Le traitement des xénomorphes et de leurs origines est tout aussi frustrant. Covenant navigue maladroitement entre l’envie de s’éloigner de la créature iconique et la nécessité de finir par ramener quelque chose qui y ressemble vaguement.
Sauf que rien n’a d’impact, rien ne construit un mythe, rien ne fait progresser la saga.
Le film semble obsédé par l’idée de justifier laborieusement ce que Alien laissait mystérieux avec génie.
Le personnage de David aurait pu être une réussite, il l’était même, en partie, dans Prometheus. Ici, il devient une caricature grotesque
: une figure cruelle, incohérente, guidée par des motivations impossibles à cerner dans la mesure où il reste un androïde. Ce qu’on apprend de ce qui s’est passé entre David et Elizabeth Shaw est presque insultant, tant pour l’évolution de Shaw que pour celle de David. L’immense potentiel ouvert à la fin de Prometheus est expédié en quelques flashbacks, d’une manière bâclée et méprisante.
Visuellement, c’est tout aussi décevant. Là où la saga reposait historiquement sur des effets pratiques incroyables et sur un rapport organique à la créature, Covenant gomme presque tout cet héritage. Le xénomorphe n’existe quasiment qu’en CGI, souvent mal incrusté, parfois même risiblement faux.
Certaines séquences semblent littéralement vides, avec la créature ajoutée en post-production comme un simple élément numérique. Le monstre iconique y perd toute sa présence physique, toute sa menace viscérale.
À cela s’ajoute
un « twist » final d’une prévisibilité accablante, des enjeux dramatiques inexistants, une continuité malmenée, et
une écriture qui saccage tout ce que Prometheus avait laborieusement mais sincèrement tenté de mettre en place. Il ne reste rien : ni personnages crédibles, ni tension, ni idées, ni beauté plastique.
Au fond, Covenant n’est pas seulement un mauvais film. C’est un film qui annule ce qui précédait et ne nourrit rien de ce qui pourrait suivre. Là où Prometheus laissait entrevoir quelques qualités malgré tout, Covenant ne laisse absolument rien à sauver. C’est une œuvre profondément médiocre, et un immense rendez-vous manqué.