Donjons & Dragons : L’Honneur des voleurs est exactement le genre de film que beaucoup de gens ne savent plus apprécier correctement. Ce n’est pas un traité sacré sur le lore, ce n’est pas une encyclopédie filmée pour joueurs vétérans, et ce n’est surtout pas un film qui demande un doctorat en Forgotten Realms pour être compris. C’est un film d’aventure, de comédie et d’action pensé pour être vivant, accessible et franchement fun. Et là-dessus, il réussit très largement son coup
Ce qui fait sa force, c’est justement qu’il ne s’enferme pas dans une posture de fan-service indigeste. Le film comprend quelque chose de simple, mais que certains refusent d’admettre: pour faire exister une licence au cinéma, il faut qu’elle soit regardable par tout le monde. Et ici, c’est le cas. On peut aimer Donjons & Dragons depuis des années et y trouver plein de clins d’œil, mais on peut aussi n’avoir jamais touché un dé à vingt faces de sa vie et passer malgré tout un excellent moment. C’est même là que le film est malin: il ouvre la porte au grand public au lieu de la fermer avec un trousseau de références incompréhensibles
Et surtout, il ne faut pas faire semblant: le film est drôle. Pas “drôle une fois sur dix”, pas “drôle si on fait un effort”. Il a un vrai sens du rythme comique, avec des blagues bien amenées, bien dosées, qui ne sabotent pas l’aventure mais l’accompagnent. C’est là toute la différence avec beaucoup de blockbusters modernes qui confondent humour et mitraillette à vannes. Ici, il y a du ton, du timing, et une vraie alchimie de groupe. Une partie de la critique a justement salué ce mélange entre aventure, comédie et dynamique d’équipe
Le gros mérite du film, c’est aussi de ne jamais oublier qu’un film d’aventure doit… donner envie d’aventure. Il a du mouvement, du charme, des personnages qu’on suit avec plaisir, et ce petit souffle de partie entre potes qui part en vrille mais dans le bon sens. Ce n’est pas un film qui se regarde comme un devoir, c’est un film qui se vit comme un bon moment. Et ça, c’est rare. On ne voit pas vraiment le temps passer, parce qu’il a cette qualité toute simple mais précieuse: il divertit sans avoir l’air de supplier qu’on l’aime.
Le casting aide énormément. Chris Pine apporte une légèreté naturelle, Michelle Rodriguez une présence solide, Hugh Grant s’amuse clairement dans son rôle, et l’ensemble fonctionne comme un vrai groupe plutôt que comme une simple addition de personnages. Beaucoup de critiques ont relevé cette bonne chimie d’ensemble comme un des points forts du film
Et maintenant, le coup de gueule mérite de tomber.
Le procès fait par certains puristes est franchement fatigant. Toujours la même musique grinçante: “ce n’est pas assez sérieux”, “c’est trop grand public”, “c’est trop drôle”, “ce n’est pas mon Donjons & Dragons”. Très bien. Mais le but d’une adaptation cinéma n’a jamais été de servir trois gardiens du temple assis au fond d’une cave à lore, en train de vérifier si chaque détail récite bien sa fiche technique. Le but, c’est de faire un bon film, et si possible un film qui donne envie à plus de monde d’entrer dans cet univers. Sur ce point, L’Honneur des voleurs a compris la mission bien mieux que beaucoup d’adaptations engoncées dans leur propre sérieux.
Ce que certains appellent un défaut est justement sa qualité principale: il est ouvert. Il ne réserve pas son plaisir à une caste. Il n’humilie pas le spectateur qui découvre. Il ne transforme pas la fantasy en tunnel de jargon. Il prend la licence, la rend lisible, chaleureuse, drôle et entraînante. Bref, il fait ce que toute adaptation intelligente devrait faire: traduire un univers sans l’embaumer dans une vitrine.
Autrement dit, on se retrouve avec ce paradoxe absurde du cinéma moderne: on réclame des films fun, accessibles, bien castés, qui respectent le public sans se prendre pour une dissertation sous amphétamines; puis quand il y en a un, il peine à transformer cette sympathie en énorme succès financier. Le résultat, c’est qu’une suite n’a pas été lancée clairement à grande échelle à ce stade, même si des déclarations publiques ont laissé entendre que la porte n’était pas totalement fermé
Et oui, c’est rageant. Parce que ce film, lui, donnait envie de revenir. Il y avait de la place pour continuer, de la place pour développer encore l’équipe, le ton, l’univers, et pour installer enfin une vraie franchise fantasy populaire qui ne soit ni plombée par l’austérité, ni noyée dans le cynisme. Il méritait largement une suite, ou au minimum une continuité plus affirmée.