En Louisiane, 1935, Paul Edgecomb est le surveillant-chef du quartier des condamnés à mort du pénitencier de Cold Montain. Un jour on lui confie John Coffey, comme le café mais ça ne s'écrit pas pareil, un géant noir, condamné pour le viol et le meurtre de deux fillettes. Un géant qui par son physique dès son arrivée effraie tout le monde. Sous sa stature impressionnante Coffey n'a pas du tout le profil d'un meurtrier.
Une critique par Maggy La Courtoise, qui est tout sauf courtoise.
Dès les premières minutes de La Ligne verte, Frank Darabont annonce la couleur : on ne va pas simplement assister à un drame carcéral, mais à une fable morale appuyée, presque insistante. Et l’arrivée du colosse, John Coffey (incarné par Michael Clarke Duncan), est à ce titre un moment de cinéma puissant… et déjà manipulateur. Gigantesque, noir, mutique, accusé du meurtre atroce de deux fillettes : tout est fait pour provoquer un choc immédiat. Et pourtant, en quelques minutes, le film nous souffle déjà à l’oreille : “attention, il n’est pas ce que vous croyez.”
Et c’est bien là queje grince des dents. Une prison trop humaine pour être honnête
Le bloc E, couloir de la mort en 1935, est censé être un lieu de tension, de brutalité, de désespoir. Mais Darabont en fait une sorte de micro-société presque chaleureuse. Les gardiens, menés par Paul Edgecomb (Tom Hanks), sont d’une patience, d’une empathie et d’une tolérance qui frisent l’irréalisme. C’est du conte de fées carcéral.
Ces hommes discutent, plaisantent, compatissent, respectent les condamnés… On est loin de la réalité historique. En 1935, la peine de mort n’était pas administrée avec cette bienveillance paternaliste. Le film édulcore, adoucit, arrange. Résultat : on finit presque par trouver ce couloir de la mort “vivable”. Malaise.
Autre point qui dérange profondément : la représentation du public. Les familles viennent assister aux exécutions comme on irait au théâtre. Une foule silencieuse, attentive, presque fascinée.
Et là, le film touche juste… mais sans aller assez loin. Oui, ces scènes sont troublantes, parfois insoutenables (notamment l’exécution ratée de Delacroix). Mais Darabont reste dans une mise en scène très maîtrisée, presque esthétique. J'aurais voulu plus de crudité, plus de violence brute. Là, on est encore dans une forme de “spectacle émotionnel”.
Le cœur du film repose sur le don surnaturel de John Coffey. Un pouvoir de guérison quasi christique. Il absorbe le mal, souffre pour les autres, guérit les vivants. Subtil ? Pas vraiment.
On est dans le symbole appuyé, presque lourd. Coffey est une figure sacrificielle, pure, innocente, trop parfaite pour être crédible. Il n’est pas un personnage, il est un message.
Et le message est clair : noir, différent, sans éducation, incapable de se défendre donc condamné par une société injuste. Le problème, ce n’est pas l’idée. C’est l’insistance.
Un plaidoyer anti–peine de mort, un peu simpliste Oui, le film est une critique de la peine capitale. Et sur ce point, il fonctionne : il questionne notre rapport à la justice, à la mort, à l’irréversibilité de la condamnation. Mais il le fait de manière trop orientée : les bons gardiens sont presque irréprochables, les condamnés sont souvent humanisés à l’extrême, le véritable monstre est caricatural (Percy, le gardien sadique) Résultat : le spectateur est guidé, presque forcé, vers une conclusion morale. On ne lui laisse pas vraiment le choix.
Le film veut parler de mort, de maladie, de foi, d’au-delà, mais aussi raconter une histoire réaliste.
Et là encore je tique. Le mélange fonctionne émotionnellement, mais pas intellectuellement. Le surnaturel simplifie trop les enjeux : Coffey est innocent, parce qu’il est miraculeux. Coffey est bon, parce qu’il guérit. On ne doute jamais vraiment. Et sans doute, il n’y a pas de vrai vertige moral.
Un film puissant, oui. Émouvant, indéniablement. Mais aussi, trop indulgent avec ses personnages “du bon côté” et surtout, historiquement peu crédible Darabont ne filme pas la réalité : il filme ce qu’il voudrait qu’elle soit. Et c’est peut-être là le vrai problème :
La Ligne verte ne dérange pas assez là où elle devrait, et insiste trop là où elle pourrait suggérer.