On croit entrer dans une carte postale qui chante, et on en ressort le cœur un peu fêlé. Parce que La La Land n'est pas un film sur l'amour : c'est un film sur ce que coûte un rêve, et sur l'impossibilité d'avoir l'accomplissement et l'amour en même temps. Damien Chazelle refuse la promesse facile des comédies musicales d'antan ; ici, pour gagner sur un tableau, il faut perdre sur un autre, et il l'assume jusqu'à une fin d'une honnêteté presque cruelle. Il y glisse même une vérité vertigineuse : pour ces deux-là, la relation la plus intime n'est pas celle qu'ils vivent ensemble, mais celle qu'ils entretiennent avec leur art. Visuellement, c'est un éblouissement de bleus nuit, de jaunes et de rouges, de robes primaires : un hommage assumé à l'âge d'or hollywoodien, où la lumière danse autant que les corps.
L'ouverture sur l'autoroute, filmée d'un seul souffle, nous saisit dès la première minute. Les costumes eux-mêmes épousent la courbe du couple, éclatants d'abord, puis pâlissant à mesure que l'histoire s'éteint. La musique de Justin Hurwitz, elle, est une madeleine sonore. La chanson « City of Stars », le thème au piano de Mia et Sebastian : tout se loge en tête et n'en bouge plus, porté par ce balancement entre majeur et mineur qui contient à lui seul l'émotion du film. Emma Stone et Ryan Gosling en sont le cœur battant. Elle porte la mélancolie des rêves repoussés ; lui fait parler son amour au piano (un piano qu'il a réellement appris, sans doublure ni triche au montage). Derrière la caméra, on sent un auteur, qui prolonge l'obsession de Whiplash pour le prix de l'art plutôt que de recopier Jacques Demy. On y retrouve son goût du jazz, où l'improvisation devient une image juste de l'amour : imprévisible, jamais rejouée deux fois pareil.
La séquence finale est limpide : la vie qu'ils auraient pu mener se déroule sous nos yeux, sublime, avant que le réel ne reprenne ses droits. On en sort ni euphorique ni triste, suspendu dans un spleen coloré. Avec, au fond, cette idée que les choix qu'on ne reprendra jamais ne sont pas des regrets qui empoisonnent, mais une forme de lucidité.