« Le dernier duel » a le Moyen-Âge comme toile de fond, et pourtant il est plus actuel que jamais.
Raconter l’histoire du point de vue de trois perspectives est la force majeure de ce film et permet d’illustrer à quel point chaque protagoniste vit et comprend de mêmes événements de manière complètement différente. Ainsi, du point de vue de Jacques Legris, on pourrait penser que Marguerite De Carrouges a flirté ouvertement avec lui, et qu’elle lui a à peine résisté - avec le fameux « non » qui veut en fait dire « oui » dans la tête de beaucoup de violeurs - alors que de son point de vue à elle, elle s’est montrée seulement polie avec lui lors de leur première rencontre, et elle n’était définitivement pas consentante lors de la scène de viol, scène d’ailleurs insupportable à voir. Deux scènes aux perspectives différentes qui sont une puissante illustration de ce qu’on appelle la culture du viol, malheureusement encore présente dans notre société actuelle.
Son mari, Jean de Carrouges, se voit comme un mari aimant, protecteur, agissant dans les intérêts de sa femme… alors que du point de vue de Marguerite, il apparaît comme froid, pressé qu’elle lui donne un héritier, inattentif à son désir et son plaisir, et dont la décision d’exiger un duel judiciaire est motivée bien plus par son honneur entachée dont on a bafoué la propriété, que par un désir sincère de soutenir sa femme face à une telle épreuve.
L’interrogatoire de Marguerite, tout simplement abject, fait malheureusement écho encore à la croyance actuelle que certaines victimes serait au moins en partie responsable du viol subi. Enfin, le duel final est époustouflant, on tremble jusqu’au bout jusqu’à l’issue finale, et malgré ses 2h30, on ne s’ennuie pas une minute, car trop occupé à relever les subtiles, mais décisives différences entre les versions de chacun.