Il y a des œuvres qui laissent une empreinte, d'autres un simple écho. Antigang, réalisé par Benjamin Rocher, se situe quelque part entre ces deux territoires : trop bruyant pour être ignoré, trop inabouti pour véritablement résonner.
Remake français du britannique The Sweeney, le film transporte sa brigade de flics borderline dans un Paris de cinéma, urbain et agressif, où les fusillades résonnent plus fort que les idées.
Jean Reno, en commandant Serge Buren, incarne un vestige d'une époque révolue, un homme d’action à l’ancienne dans un monde où la procédure a remplacé l’instinct.
Il joue juste, avec ce flegme abîmé qui lui est propre, mais son personnage semble prisonnier d’un archétype usé.
Autour de lui gravite une escouade de jeunes policiers qui se rêvent hors-système : ça gueule, ça frappe, ça désobéit.
Le film embrasse avec une certaine fierté le modèle du “cop movie” à l’américaine : fusillades chorégraphiées, voitures défoncées, punchlines viriles. Le problème, c’est que le souffle ne suit pas toujours. Les scènes d’action sont nombreuses, parfois efficaces, mais rarement mémorables. On y sent l'effort, mais rarement la tension. On y voit le mouvement, mais rarement l'urgence.
Côté écriture, Antigang avance sur des rails balisés. L’intrigue oppose policiers et braqueurs avec l’énergie d’un épisode musclé d’une série télé, mais sans la complexité ou la surprise que le sujet aurait méritée. Les antagonistes sont vaguement menaçants, mais jamais réellement fascinants. Quant aux personnages secondaires, ils se fondent dans un ensemble fonctionnel mais interchangeable.
Il y a peu de place pour l’émotion ou la nuance : ici, on tire avant de parler, et on parle souvent pour ne rien dire.
Il serait injuste de dire qu'Antigang est un mauvais film. Il ne l’est pas. Il fait preuve de professionnalisme, d’une réelle envie de spectacle, et de quelques éclairs d’efficacité — un face-à-face tendu, une scène d’intervention bien découpée, un plan nocturne joliment éclairé. Mais ces réussites ponctuelles ne suffisent pas à masquer une impression persistante de demi-mesure. Le film vise haut, mais touche souvent au milieu.
On sent ce qu’il aurait pu être : un polar nerveux et urbain, tendu comme un arc, dopé par ses personnages et par la rage du réel. Mais trop souvent, Antigang donne l’impression de cocher des cases : celle du flic rebelle, celle de la vengeance, celle du tir de précision en plein cadre.
Il y a un vernis de cinéma, mais peu de chair, peu de vérité. On regarde, on comprend, on attend que ça s’enflamme — mais la mèche est mouillée.
À la fin, le film s’efface comme il est venu : vite, sans fracas, ni déception franche, ni triomphe. Un objet de genre honnête mais peu inspiré, qui n’insulte jamais notre intelligence, mais qui oublie de l’emmener quelque part. On n’en ressort pas fâché. Juste peu bouleversé.
Antigang se tient dans cet entre-deux étrange : trop bien fabriqué pour être raté, trop peu audacieux pour vraiment marquer. Un film d’action qui se regarde d’un œil distrait, qui s’oublie sans amertume.