Qui est le film ?
Sorti en 2023 directement sur la plateforme Disney+, Peter Pan & Wendy s’inscrit dans la série de relectures live-action orchestrées par le studio sur ses classiques animés. Aux commandes, David Lowery, cinéaste singulier du paysage indépendant américain, que l’on connaît pour son goût des récits suspendus (A Ghost Story, The Green Knight) et pour sa précédente incursion disneyenne, Peter et Elliott le dragon (2016). Ici, il hérite d’un mythe : Peter Pan, archétype du refus de grandir, figure ambivalente de l’enfance éternelle.
Que cherche-t-il à dire ?
La trajectoire du film semble moins dictée par un désir de redécouvrir Peter Pan que par une volonté de le moraliser. Là où le texte de . Barrie et les premières adaptations faisaient de Neverland un espace d’ambiguïté (terrain d’éveil, de mort symbolique, de désirs refoulés) Peter Pan & Wendy en fait un terrain d'émotions. Le récit devient un parcours pédagogique : les enfants doivent apprendre, Peter évoluer, Wendy s’affirmer et grandir.
Par quels moyens ?
Alexander Molony joue un Peter Pan effacé. Il ne sourit pas vraiment, ne séduit pas. Il s’excuse d’être là, comme s’il avait conscience que son personnage est devenu problématique. Là où Peter était un enfant narcissique, cruel, magnétique, ici, il est un enfant triste, presque invisible. Ce retrait volontaire, sans être illégitime, questionne. Le film n’ose pas faire de Peter une figure clivante, et cette neutralité d’interprétation assèche le récit.
Les affrontements entre pirates et enfants, qui devraient être des séquences de chaos ludique, sont montés de manière linéaire, sans invention rythmique. Les gestes sont lisibles, les coupes prévisibles. On devine la volonté de ne pas effrayer, de ne pas glorifier la violence mais cela produit l’inverse du jeu : une chorégraphie scolaire.
Plutôt que de laisser le silence s’installer (outil fondamental chez Lowery ailleurs) la musique vient border chaque scène, lui donner une intention, presque une justification émotionnelle. L’émotion ne naît plus des corps ou des silences, elle est surlignée. Cela trahit la promesse loweryienne.
La lumière est douce, les couleurs sont ternies, comme si l’image elle-même refusait le fantastique. Cela pourrait produire une étrangeté, une forme de mélancolie. Mais ici, cela agit comme un filtre de sécurité : rien ne doit trop briller, trop fasciner, trop faire peur. Neverland devient une lande grise, une nature calme. Une île où rien ne déborde, où l’étrange est interdit.
Où me situer ?
Peter Pan & Wendy veut être un film responsable, c’est louable. Mais il semble oublier que le conte est, par essence, irresponsable. Je reconnais dans le regard de Lowery une forme de pudeur que j’admire, mais ici, elle devient censure. Ce que j’aurais voulu, c'est juste un film qui accepte la zone grise du mythe. Qui ose dire que Peter est cruel, que Wendy doute, que Neverland est un piège autant qu’un refuge.
Quelle lecture en tirer ?
Il faut peut-être regarder Peter Pan & Wendy comme le symptôme d’un moment culturel où l’imaginaire est surveillé, régulé, lissé. Ce n’est pas une trahison malveillante, c’est un effacement poli. Lowery n’écrase pas le mythe, il le domestique.