Film : Les deux papes, un avis.
Les deux papes, film du brésilien Fernando Meirelles, sur Nexflix. Je m’en serais voulu si j’étais passé à côté. Un petit bijoux de cinéma, sans tapages, sur l’apparente opposition idéologique et culturelle entre deux hommes : un pape régnant et un futur pape, sur fond de décors architecturaux somptueux de la cité vaticane et de nuits lumineuses de la ‘Ville éternelle’. L’un, le pontife en exercice, élevé dans l’austère Bavière est rigoriste, imprégné de conservatisme, soucieux de la tradition et des dogmes immuables de l’église. L’autre personnage, le futur pape, ayant grandi dans la populeuse cité argentine de Buenos Aires reconnait pour valeurs la simplicité, la tolérance, l’écoute des autres, les petits plaisirs du quotidien, tels le spectacle d’un match de foot ou la dégustation d’une délicieuse pizza. Le futur successeur de Saint-Pierre a été confronté à une vie tourmentée, souffert de choix douloureux et vécu les exactions meurtrières et les violences d’une dictature aveugle, qui l’a marqué au fer rouge de même que le peuple argentin.
Le dialogue, parfois vif et incisif qui s’engage entre les deux homme est savoureux, empli de profondeur, de finesse d’esprit et teinté d’humour. Pourtant, malgré leurs différences, un respect mutuel et une complicité s’instaurent, entre les deux représentants de la foi, au fil de leurs échanges. Ils sont parvenus à ce stade de la maturité de leur sacerdoce où le doute s’installe. Trois problématiques fondamentales les tourmentent : la foi en leur religion est-elle toujours présente quand ils ne reçoivent aucun signe interprétable de la pertinence de leur credo, de leurs choix et de la volonté de Dieu ? En second lieu, le constat troublant de l’évolution de leur façon d’être et de penser est-il bénéfique à l’accomplissement de leur sacerdoce, l’expérience de vie et l’âge y contribuant ? Enfin, leurs faiblesses humaines passagères amoindrit-elles leur engagement, alors qu’il conviendrait de les bannir ? Le final du film est superfétatoire, le spectateur ayant intégré à quel point un dialogue ouvert et franc avait grandi et rapproché les protagonistes. On se prend à souhaiter que les conversations ne connaissent pas de fin, tellement on se prend à apprécier combien le ton est juste, au service de deux formidables interprètes dont le malicieux Anthony Hopkins.