Paris, Texas démarre dans le silence du désert, et pendant vingt minutes quasi muettes, on comprend que Wenders ne fera rien comme les autres. Travis Henderson débarque comme un fantôme, vidé de tout ce qui relie un homme aux autres. J'ai eu du mal à m'y attacher. Il est agaçant, égoïste dans sa quête, et pourtant on veut en savoir plus sur cet homme. Savoir ce qui l'a brisé, ce qu'il cherche vraiment : son fils, ou juste redevenir quelqu'un capable de les regarder en face. Visuellement, c'est un coup de poing silencieux où Wenders transforme les routes, les motels et les parkings en paysages intérieurs, chaque plan ressemble à un tableau vivant. On est aussi porté par la guitare slide de Ry Cooder, lancinante et apaisante, qui colle au film comme une seconde peau. Le tempo, par contre, reste pour moi la grosse barrière à l'entrée : les longueurs érodent parfois l'émotion au lieu de la construire, et on se demande par moments où le film nous emmène. Mais quand arrive le plan-séquence du peep-show, avec deux êtres qui se parlent sans se voir, tout le silence accumulé explose d'un coup. Stanton porte le film entier sur ses épaules voûtées avec une vérité désarmante, et Kinski est une apparition lumineuse face à une caméra figée et amoureuse. Un film imparfait dans son rythme, mais qui touche des zones intimes sans jamais forcer le trait et c'est assez rare pour l'apprécier.