Avec 6 courts-métrages et deux documentaires à son actif, Giacomo Abbruzzese a eu le loisir de fourbir ses armes pour un premier long-métrage, Disco Boy, difficilement classable, y compris pour sa nationalité : à la fois Français, Belge, Italien et Polonais, tout en débutant en Biélorussie, se poursuivant dans le delta du Niger puis dans une boîte de nuit, devant un verre de Bordeaux (pas de spoilers importants dans ces indications). Le film, mine de rien, suggère une sorte d’État du monde et de ses côtés peu reluisants : les guerres, le colonialisme économiques, le sort des migrants, etc, dans une manière onirique et puissante, ouverte à l'interprétation et à la fascination (éventuellement pas) de chacun. Visuellement somptueux, porté par une musique hypnotique de Vitalic, et le charisme étrange et insensé de Franz Rogowski, Disco Boy conduit à une douce transe où l'expression des corps, soit en d'autres termes, la danse, semble être le seul point de convergence et de compréhension d'individus qui ne partagent ni leur origine, ni leur langage, ni peut-être une même vision de la vie. Mais qu'importe, le film, sous des dehors a priori hermétiques sait se montrer généreux à ceux qui préfèrent les ellipses au manichéisme et aux explications assénées avec la force des démonstrations. Disco Boy préfère les routes escarpées, avec points de vue, aux autoroutes à péage.
Disco Boy est la sortie de la semaine à ne pas rater. Film qui a mis 10 ans à se monter, son ambition se révèle à l'écran.
Prêt à tout pour s’enfuir de Biélorussie, Aleksei rejoint Paris et s’engage dans la Légion étrangère. Il est envoyé au combat dans le Delta du Niger où Jomo, jeune révolutionnaire, lutte contre les compagnies pétrolières qui ont dévasté son village. Si Aleksei cherche une nouvelle famille dans la Légion, Jomo s’imagine être danseur, un disco boy. Dans la jungle, leurs rêves et destins vont se croiser.
Franz Rogowski crève littéralement l'écran depuis "Great Freedom" ou "Freaks Out"...
Le film renouvelle totalement la narration des films de guerre et nous fait reconsidérer la notion d'ennemis.
L'alternance de scènes réalistes et de séquences rêvées rend l'ensemble assez unique et grâce à une photographie de haut vol et la musique de Vitalic on sort de ce film hypnotisé et avec le sentiment d'avoir vu une oeuvre singulière.
"Disco Boy" récompensé cette année au festival de Berlin (meilleure contribution artistique) est un drame italien très moyen dans l'ensemble. En effet en dépit d'un univers envoutant, d'une superbe photographie et la présence de Franz Rogowski, l'ensemble est beaucoup trop fourre-tout abordant multitudes de sujets sans rapports entre eux (la guerre, le nationalisme, l'homosexualité, le monde de la nuit) dans un scénario sans réelle consistance.
Le commun des mortels ne connaît ni l’auteur Giacomo Abbruzzese (Italien) ni l’acteur principal Franz Rogowski (Allemand). Ce commun des mortels ne fréquente pas non plus les salles de cinéma d’art et d’essai. Ce film vaut pourtant le coup d’être vu, et plutôt deux fois qu’une. Ours d’argent mérité au festival de Berlin.
Contrairement à certains critiques cultivés qui voient un film sur la Légion Étrangère (il vaut vraiment être fort pour ne voir que ça), c’est un film sur un individu qui n’est pas né favorisé (sauf physiquement !), qui en plus n’a pas de chance quand il essaye de changer, et qui se retrouve un beau jour (peut-être pas un jour maudit) dans une situation qui le bouleverse —au point que ce bouleversement le possèdera par la suite —une possession quasiment surnaturelle (on le verra clairement dans le regard du personnage).
C’est très intéressant et très émouvant de constater et de mesurer le cheminement de cette possession, dans la progression du film, dans les images, et enfin, surtout, dans la musique. Images et surtout musique —de Vitalic (Français) sont ainsi des facteurs clés de la palpitation et de l’émotion qu’on ressent du début à la fin.
Un film rare et envoutant, du genre de ceux qui vous prennent aux tripes puis vous hantent encore longtemps. J'en vibre encore. Il renvoie à des questions universelles et existentielles qui résonnent lourdement avec l'actualité. Dans ce climat de guerre et d'impérialisme destructeur, en abordant les conflits en dehors des postures médiatiques, avec profondeur et humanité, Discoboy est un film salvateur et pertinent.
Ce "Disco boy" extasiera les amateurs de films d'auteurs à la recherche de leur moi-profond... Si sa photographie est belle, c'est là sa seule qualité... symbole de notre vision cosmétique du monde. Car là où l'auteur croit nous amener à réfléchir n'est en réalité que le reflet de sa propre idéologie. Le reste n'est qu'images d'Épinal et fantasmes de quelqu'un qui n'a jamais approché ni la Légion, ni un théâtre d'opération (la France n'est pas engagée dans le pays où se déroule l'action).
Vu hier en avant-première. C'est impressionnant m, j'ai été pris tout le film. l'image est dingue et les acteurs aussi. J'arrête pas d'écouter la BO depuis hier soir. Une très belle découverte ! Et un film d'1h30 ça fait du bien aussi !!
Le réalisateur italien Giacomo Abbruzzese a mis dix ans à faire le film qu'il avait en tête : "un film de guerre atypique, au sens où l'autre existerait vraiment, à part entière. Où il ne serait pas juste un ennemi ou une victime [...] Dans le fond, c'est l'histoire d'une métamorphose, qui ouvre finalement sur une utopie." Disco Boy est un film fantasmagorique et envoûtant, soutenu par une musique électronique incantatoire et une image magnétique. Dans cette histoire enfiévrée il est question de solitude, d'écoterrorisme, de fraternité, d'identité, de danse... La profondeur du film repose sur la silhouette et le regard intenses de l'acteur Franz Rogowski (Great Freedom), impressionnant. Un très grand moment de cinéma.
Un film extraordinaire ! Travail impressionnant des chefs opérateurs (image et son): images impressionnantes et inventives servies par un son totalement spatialisé. En complément de cette immersion complète, on n'est pas près d'oublier une illustration sonore fascinante et parfois déconcertante (elle aussi spatialisées: des traits musicaux jaillissent de part et d'autre de l'écran,dans une sorte de "répons "). La dévastation du delta du Niger et crûment représentée (merci aux compagnies pétrolières et honte à nous). Et,pour couronner le tout les yeux vairons font le lien entre noirs et blancs. Une trouvaille. Et les accents à couper au couteau sont à mourir de rire, en particulier dans la marche hilarante sur l'air de "Je ne regrette rien " Mais comment est-il possible de rédiger un scénario pareil ? L'éclair de génie associé à la chance de réunir des protagonistes tous inspirés. Je ne vois pas d'autre explication...
Disco boy est un premier film très ambitieux et plutôt réussi. [Ceci est une vraie critique, et non pas du remplissage de boîte de production ou de distribution] Ambitieux, le film l'est par les problématiques traitées et la mise en scène. Le cinéaste propose en effet ici un récit aux enjeux éminemment contemporains, croisant les migrations en Europe, les enjeux écologiques et les relations entre Nord et Sud dans un contexte de mondialisation. De là, il dessine une trajectoire semi-fantastique d'un personnage biélorusse mutant progressivement vers une autre identité. Si l'on considère qu'une œuvre d'art est aussi un témoignage plastique de la réalité d'une société à un instant T, Disco boy s'assure sans conteste une place dans l'histoire du cinéma puisqu'il dit bien quelque chose du monde contemporain. Il révèle habilement la mauvaise conscience du monde occidental dans son traitement des ressources naturelles de l'hémisphère sud ; il témoigne bien de ces destins de migration d'individus nowhere qui errent d'un continent à l'autre. L'ambition s'exprime également par la mise en scène. On ne peut compter le nombre de plans hyper-sophistiqués où le cadrage, la lumière, le jeu de flou, la couleur, etc. esthétisent le récit, sans jamais que cela ne soit gratuit.
Pourtant le film ne convainc pas tout à fait, et ce n'est qu'au bout de 45 min - 1 heure qu'on comprend pourquoi : en comptant trop sur son histoire et sa plastique, le cinéaste en oublie de construire des personnages dotés d'une véritable épaisseur psychologique. Les êtres qui nous sont montrés ne sont que des types, des caractères, sans réels tréfonds intérieurs. Donc on ne s'attache pas à eux, et le film s'efface très vite de notre mémoire après l'avoir vu. C'est toute la différence avec Chien de la casse, qu'on peut voir sur les écrans actuellement et qui dépeint des personnages passionnants de complexité et d'humanité. Clément Cogitore avec Ni le ciel ni la terre et Guillaume Nicloux avec Les Confins du monde avaient saisi que le film de guerre abstrait nécessite de donner corps aux protagonistes. C'est aussi ce qu'avait compris la Claire Denis de Beau travail, où, en quelques plans, le moindre personnage déployait son charisme et son vécu. Et plus lointainement, mais magistralement, c'est déjà ce que faisait Antonioni dans L'Avventura, L'éclipse et La Notte, notamment grâce à inénarrable Monica Vitti. Mais bon, un excellent cinéaste est en train d'émerger en ce début d'année 2023, et c'est déjà une bonne nouvelle !
Film étrange qui balaie plusieurs univers et thématiques. Si la première partie, trés réaliste, est plutôt captivante. Malheureusement la seconde sombre dans un irrationnel mal maitrisé par le réalisateur. L'absurde des situations finit par lasser le spectateur le plus attentif.