Peu après les attentats du 11 septembre 2001, Le Mauritanien Mohamedou Ould Slahi est envoyé dans le camp de détention de Guantánamo à Cuba. Il ne cesse de clamer son innocence, mais sa parole n'est jamais écoutée, ni respectée. Il est désigné coupable et n'a pas besoin de jugement ni de preuve d'accusation. Nancy Hollander avocate de défense pénale américaine et son associée Teri Duncan vont défendre le cas Mohamedou Ould Slahi, découvrir ses conditions de détention et se heurter à l’État américain.
Voici un débat animé entre Casa Nostra, femme, journaliste redouté pour ses baffes cinéphiles et ses métaphores explosives, et, Maggy la Courtoise qui est tout sauf courtoise qui apprécie les enquêtes spéciales.
Casa Nostra :
« Dans Désigné coupable, ce qui m'a le plus frappée, c'est l'interprétation de Tahar Rahim. Il est impressionnant du début à la fin. C'est un acteur totalement investi, d'une puissance sidérante. Il passe avec une aisance déconcertante de la violence à la rêverie, de la condition de victime à celle de moteur du récit. Pour moi, c'est son meilleur rôle depuis Un prophète. »
Maggy la Courtoise :
« Et il ne faut surtout pas sous-estimer la prestation de Jodie Foster. Elle incarne Nancy Hollander avec beaucoup de détermination et de sobriété. Rappelons que cette avocate s'est réellement illustrée dans la défense de détenus de Guantánamo, notamment Mohamedou Ould Slahi. Son personnage apporte au film une dimension humaine et juridique essentielle. »
Casa Nostra :
« Je trouve également que Kevin Macdonald renoue ici avec les thrillers politiques qui ont bâti sa réputation. Il s'empare du cas d'un Mauritanien détenu à Guantánamo pendant des années sans inculpation ni jugement. Le sujet est fort, dérangeant, et le film sait maintenir une tension constante.
Maggy la Courtoise :
« Justement, c'est là où je suis plus réservée. Le récit est programmé comme du papier à musique. Tout est efficace, mais aussi très balisé. Le film reste souvent à la remorque de l'extraordinaire réalité qu'il raconte. À mes yeux, il manque parfois de mordant et n'est pas aussi percutant qu'il aurait pu l'être. »
Casa Nostra :
« Je ne suis pas d'accord. L'énumération des sévices et des techniques d'interrogatoire est déjà d'une violence insoutenable. Ce qui glace le sang, c'est que ces méthodes dites "persuasives" sont inspirées de faits réels. Le film n'a pas besoin d'en rajouter : la réalité est déjà suffisamment accablante. Tu passes complètement à côté de ce qui fait la force du film, Maggy ! L'avocate Nancy Hollander et sa collaboratrice Teri Duncan ne se contentent pas d'aligner des procédures. Avec une ténacité de pitbulls lancés contre un mur de béton, elles affrontent un système qui semble avoir oublié jusqu'au sens du mot "justice". Leur combat, épaulé malgré lui par les découvertes du procureur militaire Stuart Couch, finit par révéler une conspiration d'une ampleur sidérante. Ce n'est pas seulement un drame judiciaire, c'est l'histoire vraie d'un homme qui tente de survivre quand toutes les institutions semblent avoir décidé de l'écraser. »
Maggy la Courtoise :
« Tu t'emballes, Casa. Oui, l'affaire est passionnante sur le papier. Oui, les acteurs sont solides. Mais un film ne vit pas uniquement grâce à son sujet. Moi, j'ai vu un récit long, linéaire, parfois scolaire. Un film pareil devrait me saisir à la gorge et me secouer jusqu'au générique final. Là, j'ai regardé ma montre plus d'une fois. Quand on traite un scandale aussi énorme, il faut que ça éclabousse les esprits, pas que ça déroule son argumentaire comme un dossier administratif. »
Casa Nostra :
« Un dossier administratif ? Tu oses appeler ça un dossier administratif ? On parle d'un homme détenu pendant des années sans jugement, soumis à des interrogatoires brutaux, abandonné dans un labyrinthe juridique ! Ce film met en lumière les failles béantes d'un système qui se prétend exemplaire. La justice américaine en prend un sacré coup, et franchement, j'ai de la peine pour tous ceux qui ont été broyés à tort par des mécaniques semblables. Ce n'est pas le film qui est passé à côté de toi ; c'est toi qui es passée à côté du film. »
Maggy la Courtoise :
« Ah, l'argument classique : si on n'aime pas le film, c'est qu'on ne l'a pas compris ! Désolée de te décevoir, mais je l'ai très bien compris. Ce que je conteste, c'est sa manière de raconter l'histoire. On me montre beaucoup de souffrance, beaucoup de violence psychologique, beaucoup de discours, mais très peu de cinéma. On est enfermé dans des bureaux, des cellules, des salles d'audience. Et surtout, je reste incrédule devant la démonstration d'innocence. Le film veut tellement convaincre qu'il finit parfois par simplifier ce qui devrait rester complexe. »
Casa Nostra :
« Simplifier ? Au contraire ! Il montre justement à quel point la machine judiciaire et politique peut devenir opaque. Tu sembles regretter l'absence de poursuites en voiture et d'explosions. Mais ici, le suspense naît de la recherche de la vérité. Chaque document exhumé, chaque témoignage arraché, chaque contradiction révélée vaut toutes les scènes d'action du monde. »
Maggy la Courtoise :
« Ne caricature pas ma position. Je n'ai pas besoin d'hélicoptères qui explosent pour être captivée. J'ai besoin de rythme, de nuances et d'une mise en scène qui transcende son sujet. Là, j'ai surtout eu l'impression d'assister à l'illustration appliquée d'un dossier accablant. Important, certainement. Bouleversant par moments. Mais grand cinéma ? Pas selon moi. »
Casa Nostra :
« Et moi je persiste : quand un film parvient à provoquer ce genre de débat, à mettre le spectateur face à des questions aussi dérangeantes sur la justice, le pouvoir et les droits fondamentaux, il a déjà accompli quelque chose que beaucoup de productions plus spectaculaires sont incapables de faire. »