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Bertie Quincampoix
142 abonnés
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3,5
Publiée le 30 mai 2026
Adaptation du récit éponyme de Robert Linhart (1978), ce long-métrage revient sur l’expérience des "établis", intellectuels d’extrême-gauche qui se faisaient embaucher dans les usines dans la foulée du mouvement de mai 68, dans l’optique de transmettre l’esprit révolutionnaire aux ouvriers. Ici, Robert, prof de philo à la fac, se fait recruter dans une usine Citroën dans le sud de Paris. Il sera rapidement saisi (et dépassé) par la dureté des conditions de travail, la perfidie des contremaîtres et le racisme ambiant – quand bien même l’usine tourne en grande partie grâce aux travailleurs immigrés. spoiler: Après une période d'intégration compliquée, le personnage principal parviendra à mobiliser les ouvriers vers une grève, suite à une décision aberrante de la direction. Mais les origines bourgeoises de Robert vont finir par le rattraper, créant la division et un alibi de disqualification parfait pour des patrons d’usine ayant plus d’un tour dans leur sac. Un film solide, propre et efficace, superbement porté par Swann Arlaud.
Excellent à tous pointe de vue, le poids du travail est extrèmement bien rendu, les textes sont fins, casting et acteurs sublimes. Vraiment une totale réussite.
L'Établi - film assez basique et pour moi trop manichéen. J’ai beaucoup de mal à croire qu’un prof de philo choisisse le travail à la chaîne donc ça remet en cause tout le film 3/5
Un magnifique film philosophique sur le monde du travail et l’engagement pour de meilleures conditions de travail, qui est pleinement d’actualité, et qui doit nous faire réfléchir á la politique!
Très bon film social sur une période méconnue de l'après mai 68. Les entreprises ont cherché à compenser les pertes des grèves de 68 par des conditions encore plus dures, paradoxalement aux acquis sociaux à peine obtenus. C'est dans ce contexte révolutionnaire que nous suivons Robert, un "établi", c'est-à-dire un intellectuel aisé qui décide d'infiltrer une usine pour mieux comprendre les enjeux des conditions de travail, et militer dans ce sens. Une suite logique à la condition ouvrière de Simone Veil, paru en 1951.
Swann Arlaud est d'une justesse profonde pour incarner cette condition ouvrière déplorable, avec les humiliations, le dopage, et la frénésie du rythme imposé par l'usine. Bien au-delà de ça, on y trouve toutes les difficultés du militantisme, avec les désaccords des collègues, la peur d'être dénoncé, de tout perdre du jour au lendemain, de s'attirer les foudres des extrémistes. J'ai gardé la boule au ventre pendant tout le film face à cette collection d'injustices et de souffrance humaine, au nom d'une productivité aveugle. Je connaissais La condition ouvrière mais pas ce mouvement plus global des établis.
Un film remarquable, pour mettre en avant ce pan de l'histoire mais également par sa couleur et la sobriété de son style, qui laisse toute la place à l'expérience humaine et au mal-être grandissant de Robert.
Une belle adaptation du roman éponyme racontant l'itinéraire de cet "établi" qui intègre une usine Peugeot afin de se trouver au cœur de la condition ouvriere pour mieux la defendre et lui préparer des jours plus heureux. Un film intéressant historiquement et particulierement touchant. Swann Arlaud interpréte très justement ce personnage humaniste et idéaliste brisé par le pragmatisme et le cynisme de l'économie libérale en pleine ascension.
L’Établi présente deux intérêts majeurs qui le distinguent du tout-venant des productions à sujet social : d’une part, l’ambiguïté profonde du personnage campé par Swann Arlaud et de sa situation, égaré entre deux milieux sociaux, entre deux familles chacune définie par un vêtement et une langue spécifiques – quoique la langue ouvrière relève d’une pluralité de langues révélatrices des origines diverses des ouvriers. Il incarne fort bien le divorce entre l’origine sociale, innée, et les valeurs philosophiques et idéologiques que l’on porte en soi, acquises et construites dans l’interaction avec autrui ; en cela, la clausule séparant la théorie lassante et la pratique stimulante symbolise cette tension. L’intérêt réside aussi, d’autre part, dans l’échec de l’entreprise poursuivie par le professeur infiltré, à savoir rallier à sa cause des ouvriers aveuglés par le fordisme ; au contraire, tout se passe comme s’il vivait lui-même un récit d’apprentissage, comme s’il recevait une leçon différente de celle qu’il voulait dispenser. Le film explore avec intelligence la complexité de l’engagement et de la révolte : il fait évoluer son interrogation initiale – que signifie combattre pour l’égalité lorsque l’on ne risque rien soi-même ? – pour ébranler les frontières entre deux mondes sinon reliés par la voiture que les uns assemblent et que les autres achètent. C’est par le travail à la chaîne, par le sacrifice du confort, que Robert Linhart éprouve son individualité, se transforme par momifications intermédiaires. La réalisation, précise et élégante, rend compte de la secousse physique, intellectuelle et morale des protagonistes, même si elle cède à terme à quelques facilités fédératrices.
très beau témoignage, très instructif pour tous ceux qui n'ont pas connu cette époque. l'esprit de cette période, la hiérarchie, sont très bien montrés.
En France, nous avons encore cette liberté d’insuffler au cinéma la liberté d’expression, avec l’esprit révolutionnaire au service de la justice et du respect des droits de l’Homme. Ce film montre un invariant du monde du travail dans l’exploitation de l’homme par l’homme. La servitude volontaire aliénante des hommes au service du système industriel capitaliste au prix de leurs conditions de travail, leur santé physique et psychique, et de leur dignité.
Bien que doté d’un sujet en or, ce film de Mathias Gokalp, sorti en 2023, fait pschitt. D’une part, la mise en scène dépourvue de créativité entraîne un faux rythme ennuyeux. D’autre part, la direction d’acteurs (malgré la présence de Swann Arlaud et Denis Podalydès) est tellement terne qu’aucune émotion ne se dégage. Pourtant, la plongée dans l’univers ouvrier à la fin des années 1960, à travers l’infiltration d’un idéologue communiste dans une usine, permet de développer de multiples thèmes. La pénibilité du travail à la chaîne, la montée du syndicalisme, la lutte des classes et la brutalité du patronat sont traitées selon un canevas prévisible. Bref, un long-métrage décevant malgré de nobles ambitions politiques et sociales.
LES TEMPS MODERNES. Répéter, s'habituer, s'oublier, emprisonner, reléguer, enchainer. Pétrir la matière humaine d'un travail ou l'odeur de l'usine brise les corps et l'esprit pour un salaire de révolte. La bête est féroce, l'ordre établi. Gotkalp, le maillon faible, bégaye son cinéma sans renverser la tendance.
Que ça fait du bien de regarder en arrière et de voir le progrès social accompli. Que ça fait du mal de voir ces ouvriers broyés par un système de classe où le racisme se dispute à la tyrannie. Ce film est un excellent témoignage d’une époque et de ses travers. Palpitant !
Une reconstitution très intéressante du milieu ouvrier tout juste post 68, ou comment une révolution manquée va voir les quelques acquis qu elle a obtenue se faire grignoter par retour de bâton. Le film montre aussi le fossé presque infranchissable qu il y a entre le bourgeois communiste et les ouvriers qu il veut accompagner, ceci parce que ce dernier a un filet de sécurité. Mais outre cette chronique qui dresse un parallèle intéressant entre les ouvriers de l époque et les travailleurs d aujourd hui en quête de sens; « l établi » est une intéressante galerie de personnages ou chacun traité sur un pied d égalité va donner corps au récit et à son fond.