Spencer de Pablo Larraín est une œuvre éthérée, une biographie qui s'aventure dans les méandres de l'esprit, là où l'identité se heurte aux chaînes invisibles d'une quelconque répression.
En trois jours imaginés à Sandringham, le film fait de Noël, un huis clos oppressant où le faste royal cède au désespoir. Diana, interprétée par une Kristen Stewart, lutte contre des rituels aliénants et des traditions qui réduisent son existence à un rôle préécrit. La princesse est ici présentée comme une figure performative. Sa vie est réduite à un spectacle où elle doit constamment jouer un rôle pour satisfaire les attentes du public, de la presse, et de la famille royale.
Larrain filme moins l’Histoire que la psyché, transformant les couloirs glacés en labyrinthes mentaux. Chaque détail – un collier, une robe, une assiette – devient un symbole. Le palais est une cage, où le faste se mêle à la claustrophobie. Les pesées rituelles, les repas cérémonieux, les regards scrutateurs transforment chaque geste en acte surveillé. Sandringham devient un mausolée, un lieu figé où le passé s'accroche.
La rébellion de Diana arrive en défiant les codes vestimentaires, en écartant les conventions. Chaque infraction, aussi minime soit-elle, devient une tentative de reprendre son souffle sous l’écrasante pression du protocole.
Même ses gestes compulsifs – manger, vomir, fuir – incarnent une lutte viscérale contre une institution qui s'immisce jusque dans son corps. La scène où Diana mange compulsivement puis vomit illustre sa tentative désespérée de trouver un exutoire à la pression qu'elle subit. Ce comportement autodestructeur traduit une lutte intérieure : elle ingère symboliquement l'oppression et la rejette immédiatement, incapable de la "digérer" .
L'apparition de la reine Anne Boleyn, figure historique injustement exécutée et sacrifiée par la monarchie, reflète la peur de Diana de subir un destin similaire.
Le collier de perles offert par Charles incarne son fardeau : il étrangle plus qu’il ne pare. Dans une scène hallucinatoire, les perles tombent dans la soupe, et Diana les avale. La nourriture elle-même, outil de contrôle, devient le théâtre de son angoisse et de sa réappropriation.
Jonny Greenwood signe une bande-son déchirée entre jazz dissonant et musique classique, reflet parfait du chaos intérieur de Diana. Les cordes grincent, les silences s’étirent, et chaque note trahit un monde au bord de l’éclatement.
Larrain signe une œuvre à la fois poétique et suffocante, où chaque image est hantée. Spencer est un film qui, au-delà de Diana, parle de nous, de nos chaînes invisibles, et de l'espoir ténu d'une évasion.