Dans les Alpes enneigées où entre la France et l’Italie les réfugiés affluent, Marie, la quarantaine, endettée, vit dans un mobil-home. Elle voit peu sa fille adulte et gagne de l’argent en faisant du trafic de cartouches de cigarettes en échappant aux contrôles grâce aux informations de son amant policier aux frontières. Sur la route, Marie croise Souleymane, réfugié africain, qui cherche de l’aide pour conduire une réfugiée enceinte à l'hôpital. Le jeune homme, qui veut absolument rejoindre en Angleterre sa sœur mineure dont il a été séparé, propose à Marie de gagner de l’argent en servant de passeuse à des réfugiés. Après avoir refusé, Marie menacée d’être expulsée de son camping, finit par accepter la proposition de Souleymane pour une fois seulement. Mais l’argent facile a raison de ses réticences jusqu’à ce que l’entreprise, trop grande pour elle, se complique.
Si l’histoire présente des différences, sur un même sujet d’actualité et dans un même lieu, « La Tête Froide », premier film de fiction de Stéphane Marchetti, fait penser à « Les Survivants » de Guillaume Renusson avec Denis Ménochet sorti en 2023. Florence Loiret-Caille (fameuse Marie-Jeanne de la série « Le Bureau des Légendes » qui lui a donné une nouvelle visibilité) porte sur les épaules un film solide et humaniste avec comme protagonistes à part entière une neige et un froid qui glacent au-delà de l’écran. Avec son air buté et sa retenue, forte sous une apparence fragile, l’actrice interprète brillamment une femme focalisée sur ses problèmes, pas particulièrement sensible au sort de réfugiés qui dans la région font partie du décor, et qui, au contact de ces nouveaux damnés de la Terre, gagne en humanité et responsabilité. A ses côtés, dans le rôle de Souleymane, Saabo Balde joue un homme déterminé, déraciné contraint d’affronter les épreuves extrêmes dans l’espoir d’une vie décente.