Vermiglio; sans savoir que c'était le nom du village illustré dans ce film, ce mot m’a travaillé en sortant du film… dans un certain état d’abattement, suivi d’un certain optimisme !
Abattement car la condition de la famille paysanne de montagne à l’époque était encore très dure. La religion d’abord, pour fuir le quotidien, pour s’endormir en priant. La femme, ici dans notre histoire ; soumise, silencieuse, enceinte, nourrice, cuisinière, mère. Epouse ? Oui, quand monsieur le souhaite. L’homme est le chef, décide pour ses enfants, reste silencieux quand on a besoin qu’il console, qu’il soit un vrai père. Des sentiments, il en connaît, mais les garde pour lui, éventuellement pour ses élèves dont la moitié sont ses propres enfants ! Les disques, c’est son monde où il réfléchit, se calme, se console. Mais il n’est pas plus heureux que les membres de sa famille. Dans la classe, le froid rejet de son fils aîné, une scène terrifiante.
La mère et les enfants ont les mêmes besoins : se parler, partager, dire ses joies et ses soucis. La mère est très seule. Quand elle accouche pour la dixième fois, son fils lui donne des fleurs, volées selon le père. La mère est heureuse. Elle ose dire à son mari qu’il ne lui a jamais offert une seule fleur lors des accouchements…
Les enfants - avantage d’être au moins 7 - forment une mini-famille avec les petits et les aînés et trouvent ainsi de la joie et du partage entre eux. Le lit est le lieu de sécurité et de chaleur dont ils ont tous besoin. De très belles scènes, avec ces petits. Les grands, on comprend qu’ils aspirent à autre chose, à l’amour, à l’évasion.
Vermiglio – vermillon – quel rapport ? Le vermillon, le rouge.. Une couleur symbolique, et la couleur… des menstrues, du sang. Quand la benjamine annonce à son Père (et non à la mère…) qu’elle a un secret à lui dire ( « oui tu peux si c’est la vérité ») et que sa culotte est toute rouge, j’ai eu comme un petit choc. Le souvenir d’avoir dit exactement la même phrase à ma mère ! Vermillon, symbole du rouge, du sang, de la fécondité de la femme.
Et des bébés il y en a, dans ce récit. Voulus ou pas. L’ainée va donc accoucher – dans l’écurie - d’une petite fille, conçue avec le soldat sicilien devenu son mari, mais reparti entretemps et assassiné après. Encore une bouche à nourrir. La jeune mère va même jusqu’en Sicile sur les traces de son mari décédé, dont on a découvert qu’il était déjà marié et père… Ce volet semble un peu irréaliste.
On assiste à la dure et triste réalité des bébés abandonnés dans les couvents ou autres lieux, la détresse des jeunes mères, c’est très dur. L’optimisme peut toutefois revenir car le lien entre la mère et le bébé est plus fort que tout malheur. Elle se décide de rechercher son bébé pour le serrer et couvrir de baisers. Elle se chargera de cette nouvelle vie avec amour, on l’espère.
Un film sobre, tout en retenue, peut-être un peu trop long. Toutefois, je l’ai trouvé un peu lourd, surtout dans sa première partie où la religion occupe une certaine place. La suite nous propose plus de gaieté, plus de vie. Le jeu des acteurs (on a presque envie de dire » membres de la famille » ) est sobre, le dialecte parlé par les enfants chatouille l’oreille. De très beaux plans extérieurs et intérieurs, mais j’ai eu l’impression de voir une sorte de décalage entre l’époque (1944/45) et l’image, l’ambiance, les habits qui semblent sortir du 19ème siècle.
Mais oui, cela reste un bon film dans son style de semidocumentaire qui nous fait prendre conscience que les temps ont quand-même changé dans le bon sens…