"Who's side are you on ?"
Porté par deux têtes d'affiche d'exception, Alicia Vikander et Jude Law, Firebrand, improprement traduit par un Jeu de la Reine (qui se référerait plutôt au Queen's Gambit, titre anglais de la série Le Jeu de la Dame, qui n'a rien à voir sinon le propos féministe), propose une relecture des dernières années du règne d'Henry VIII à travers des lunettes contemporaines, très contemporaines. On pourrait en être choqué mais si on observe les oeuvres récentes concernant cette période, force est de constater que, depuis Shakespeare, l'histoire réelle a systématiquement été un prétexte à l'anachronisme, des Tudors (Michael Hirst, 2007-2010) à Wolf Hall (Peter Kosminsky et Peter Straughan, 2015-2024) en passant par The Spanish Princess (Emma Frost et Matthew Graham, 2019-2020). Alors pourquoi ne pas faire du protestantisme naissant un mouvement de révolte populaire, féministe et républicain, bref un mouvement révolutionnaire à l'image de ce que sera, plus de quatre siècles plus tard, le communisme ? Historiquement parlant, ça a du sens.
A la réalisation, on retrouve le kabylo-brésilien Karim Aïnouz, auteur controversé dans son pays et auréolé par la critique internationale et, au scénario, deux femmes, les soeurs Jessica et Henrietta Ashworth, qui ont adapté le roman d'une troisième, Elizabeth Fremantle... dont le titre original est The Queen's Gambit. On comprend mieux les soucis avec les titres. Visuellement parlant, les scènes alternent les prises de vues classiques et les photos décalées, en avant-plans de trois quarts profils et arrière-plans en flou volontaire, soulignant la distance entre ce qui est pensé et ce qui est énoncé, coeur de l'histoire. Au rayon des défauts, on soulignera un montage effectué à la machette et une musique parfois envahissante, façon film d'horreur, qui desservent la fluidité et l'intelligence de la narration. Au niveau des costumes et des décors, volontairement austères, on regrettera principalement l'usage des fausses barbes, d'un ridicule consommé.
Si le scénario tient la distance au niveau du suspense et de l'historicité, on regrettera le subterfuge du collier, grosse ficelle éculée et finalement assez inutile ainsi que les conditions de détention de la Reine à la Tour de Londres, devenue simple prison aux cachots communs, ou une fin en eau de boudin.
Au final, entre male gaze savamment maîtrisé et exposition de la toxicité masculine, individuelle (le Roi) et structurelle (la société et la lâcheté des hommes), Firebrand va bien au-delà de la fresque historique (lacunaire même si globalement fidèle à la réalité) grâce aux talents conjugués du réalisateur, des scénaristes et des deux interprètes en titre, une Alicia Vikander toute en retenue et un Jude Law hystérique, parano et violent.