"Espion, lève-toi" réalisé par Yves Boisset et adapté du roman Chance Awakening de George Markstein, met en scène Lino Ventura dans le rôle principal, aux côtés de Michel Piccoli, Bruno Cremer et Krystyna Janda.
Sébastien Grenier (Lino Ventura), un ancien agent dormant des services secrets français, mène une vie paisible en Suisse. Mais lorsqu'un ancien contact réapparaît et qu’un attentat est commis, il se retrouve plongé malgré lui dans une machination complexe mêlant espionnage, trahisons et manipulations.
Ventura incarne à merveille un espion désabusé, solide et humain. Il parvient à transmettre une tension constante par sa seule présence. Son jeu, tout en sobriété, donne du poids à la narration. Le film excelle à instaurer une atmosphère de suspicion et de menace sourde. Boisset choisit de ne pas tomber dans le spectaculaire. Ici, pas de gadgets ou de poursuites extravagantes, mais une tension dramatique lente et pesante, bien servie par un rythme maîtrisé. Le film adopte une approche réaliste de l'espionnage, plus proche du quotidien froid des agents que des clichés hollywoodiens. Les manipulations psychologiques et les luttes d'influence sont au cœur du récit.
Le scénario peut paraître un peu nébuleux à certains moments. Les retournements et les alliances ambigües sont parfois traités de manière elliptique. Les seconds rôles sont un peu sous-exploités, Michel Piccoli ou Bruno Cremer sont excellents, mais leurs personnages manquent parfois de développement ou d’épaisseur. Il est dommageable que plusieurs fois l'heure de l’action annoncée par la voix off ne correspondent pas aux heures des pendules visibles dans les décors.
En résumé, "Espion, lève-toi" est un thriller d’espionnage dense, tendu et intelligent, porté par une interprétation impeccable de Lino Ventura. Il s’inscrit dans la lignée des films européens sérieux sur la guerre froide, préférant la tension psychologique au spectaculaire. Ce n’est pas un film pour amateurs d’action rapide, mais plutôt pour ceux qui aiment les intrigues lentes, complexes et chargées d’ambiguïté morale.