"It's not like the Indians, you just can't kill them all."
Film maudit s'il en est, du cauchemar financier (rien que la reconstitution des bâtiments et la figuration pléthorique ont dû faire exploser les budgets) aux accusations de maltraitance animale, La Porte du Paradis est pourtant à classer dans la catégorie virtuose pour son casting impressionnant, entre stars confirmées et étoiles montantes, et sa qualité visuelle (dont plusieurs scènes au mouvement vertigineux comme celle de la valse à Harvard, celle de la danse en patins à roulettes ou encore celle de la grande bataille, qui méritent de se retrouver dans toutes les écoles de cinéma).
Dans cette histoire, tournée il y a plus de quarante ans et s'inspirant librement de faits survenus un siècle plus tôt (la Guerre du Comté de Johnson), on ne peut, aujourd'hui, s'empêcher d'établir un parallèle avec l'actualité brûlante de la violence et du racisme propres aux Etats-Unis. Pour la figurer, on retrouve le sobre et barbu (mais pas au début) Kris Kristofferson, l'immense Christopher Walken deux ans après Voyage au Bout de l'Enfer/The Deer Hunter du même Cimino, l'incommensurable John Hurt, le discret Sam Waterston, le tout jeune Brad Dourif avant qu'il n'explose dans Ragtime (Miloš Forman, 1981) et Dune (David Lynch, 1984), Isabelle Huppert pour sa première expérience hors de France, le vétéran Joseph Cotten pour l'un de ses tout derniers films, Jeff Bridges qui commence à se faire un nom, et enfin Mickey Rourke à ses tous débuts.
A la fois fresque sociale et historique d'un événement révélateur, comme tant d'autres occultés par les tenants du roman historique, admirablement réalisée et interprétée, La Porte du Paradis est bien plus qu'un western. L'oeuvre a mis du temps pour devenir un classique de l'histoire du cinéma et y mérite amplement sa place.
"I'm victim of our class, James..."