Premier film de la carrière de Wes Craven, "La Dernière maison sur la gauche" est vraiment le genre de long-métrage qui nous montre immédiatement à qui nous avons affaire. Très controversé au moment de sa sortie, le projet avait été pointé du doigt pour sa violence extrême. Avec le temps, il a donc gagné en réputation, notamment à cause de la grande carrière qu'a eue le réalisateur par la suite. Maintenant, de manière plus globale, je trouve sincèrement qu'il est encore très pertinent de le visionner à notre époque. Pour le coup, ce qui le rend intéressant vient effectivement de la violence qu'il dégage, tout le concept du film étant de nous proposer une ambiance très malsaine. Ici, on suit des personnages franchement en marge et qui ne s'expriment que par la violence, ce qui amène un aspect très dérangeant quand nos héroïnes y seront confrontées. Wes Craven propose donc un film avec plusieurs séquences très choquantes, notamment certaines illustrant clairement une agression sexuelle. Et, à mon sens, ce qui est intéressant là-dedans ne vient clairement pas de la violence en elle-même, mais bien plus de la manière avec laquelle nous voyons désormais cela. Effectivement, avec tous les projets très violents qui sont sortis par la suite, mais aussi à cause du remake de ce film qui se montre encore plus dérangeant, ce projet peut apparaître comme un tout un peu timide pour représenter la brutalité. Mais justement, il est important de se remettre dans le contexte de l'époque pour comprendre à quel point il allait loin. Dans les années 70, peu de cinéastes osaient illustrer ce genre de choses, c'était très inhabituel. Alors clairement, pour un premier film, on comprend la réaction de dégoût qu'avait ressentie le public de l'époque. Wes Craven avait donc réussi à imposer un style fort, marqué et qui, bien qu'il ne marche plus autant aujourd'hui, reste très impressionnant dans son contexte. Dans sa mise en scène, le réalisateur amène surtout le côté malsain par la décontraction de ses personnages, qui usent de cette violence de manière presque anodine. Renforcée par une musique plutôt légère par instants, on se retrouve donc face à des actes forts, mais qui sont finalement montrés comme banals pour ceux-ci. Par conséquent, le décalage est particulièrement marquant. Cependant, hormis cet aspect rétrospectif très intéressant, le reste du film est quand même rempli de défauts, surtout au niveau de l'écriture. Pour faire simple, le gros souci de ce dernier vient surtout de son approche des personnages principaux, qui manque de développement. Alors, quand on les voit être les victimes de cela, même si on a un peu de peine pour elles, on ne se sent pas aussi concerné que si l'histoire avait pris le temps de bien nous y attacher. Et de même, je trouve que la narration n'est pas exempte de tout défaut, notamment au niveau du rythme. À mon sens, le gros problème de celle-ci vient de son envie de jouer sur deux narrations en parallèle, avec la violence d'un côté et les recherches des policiers de l'autre. Malheureusement, en plus d'être presque inutile dans le récit et d'amener un humour trop potache, qui ne convient donc pas à l'ambiance générale, cette seconde intrigue ralentit considérablement le rythme. En bref, on peut donc comprendre que les critiques de l'époque aient sévèrement jugé ce film, celui-ci ayant bien trop de défauts pour vraiment convaincre en dehors de son parti pris de ton. À ce niveau, je vous recommande alors bien plus le remake, qui gomme pas mal des défauts de cette première version. Pour conclure, un premier long-métrage assez particulier.