Nous sommes en 2027 c'est l'année prochaine !! Théo fonctionnaire de l'administration totalitaire britannique est complètement désabusé par cette société en perdition. Il est contacté par par Julian, son ancienne compagne, membre des Poissons, un groupe terroriste. Elle lui demande de faire passer illégalement la frontière, Kee, une jeune clandestine pas comme les autres.
Ce monde est complètement effondré, et les sujets abordés dans ce film datant de 2006, sont plus que d'actualité dans la politique mondiale d'aujourd'hui.
Charlotte Chapeau Rond et Rouge notre critique pour "Je fais Mon Cinéma" qui s'attache au cinéma qui dérange, qui dénonce, qui dévoile des vérités, nous ouvre les yeux. Rebelle dans l'âme, critique ciné qui aime le cinéma imprévisible va nous parler de Les fils de l'Homme de Alfonso Cuaron.
Je regarde Les Fils de l'homme et je ne vois pas de la science-fiction. Je vois un miroir. Un miroir déformant, certes, mais un miroir tout de même. Ce qui me glace, ce n'est pas l'idée qu'aucun enfant ne naisse plus. Ce qui me glace, c'est la vitesse avec laquelle les hommes abandonnent leur humanité quand l'espoir disparaît.
Alfonso Cuarón ne cherche jamais à m'impressionner avec des explosions ou des effets de manche. Il me jette au milieu du chaos. Je reçois la guerre, les cris, la peur, les rafales de balles comme si j'y étais. Sa caméra ne danse pas. Elle trébuche avec les vivants. Elle tombe avec eux. Elle respire leur panique. Cette brutalité presque documentaire me prive de toute distance. Impossible de détourner le regard.
Et puis il y a Théo Faron. Un homme qui n'a plus rien à quoi se raccrocher. Un homme qui perd tout, encore et encore. Chaque être qu'il aime lui est arraché. Pourtant, il avance. Non pas parce qu'il croit encore au monde, mais parce qu'il refuse de laisser le désespoir avoir le dernier mot. Son odyssée est celle de tous ceux qui continuent à marcher alors que tout leur ordonne de s'effondrer.
Mais le véritable monstre du film n'est pas l'infertilité. Ce sont les frontières. Ce sont les cages. Ce sont les rafles. Ce sont les camps où l'on parque les migrants comme du bétail. Ce sont les gouvernements qui transforment la peur en programme politique. Cuarón ne dénonce pas un futur imaginaire. Il dénonce une mécanique qui existe déjà. Une mécanique qui désigne des êtres humains comme des menaces avant même de les regarder dans les yeux.
Je refuse qu'on me dise que ce film exagère. Les images changent, les uniformes changent, les slogans changent, mais la logique est toujours la même : on construit des murs, on fabrique des ennemis, on habitue les citoyens à détourner les yeux. Et le plus terrible, c'est que cela finit toujours par sembler normal.
Alors oui, Les Fils de l'homme me met en colère. Une colère salutaire. Une colère qui refuse l'indifférence. Je sors de ce film avec une certitude : les dystopies ne tombent jamais du ciel. Elles poussent lentement, nourries par notre silence, notre confort et notre renoncement.
Je n'ai pas envie de vivre dans ce monde-là. Je n'ai pas envie d'attendre que les camps deviennent ordinaires, que la haine devienne une politique publique, que la compassion soit considérée comme une faiblesse. Je refuse cette fatalité.
Je choisis de résister. Je choisis de garder les yeux ouverts. Je choisis de défendre l'humain avant les frontières, la solidarité avant la peur, la dignité avant l'obéissance.
Parce que le pire n'arrive jamais d'un seul coup. Il avance à petits pas. Et si nous cessons de nous révolter aujourd'hui, alors demain, nous découvrirons que nous habitons déjà le monde que Cuarón nous avait pourtant suppliés d'empêcher.
Casa Nostra : femme, journaliste à "Plein la Gueule" redouté pour ses baffes cinéphiles répond à Charlotte Chapeau Rond et Rouge.
Charlotte, je t'écoute et je me surprends à frissonner. Je pensais revoir Les Fils de l'homme comme une dystopie brillante. Je découvre un miroir bien plus dérangeant. Pas parce que Alfonso Cuarón aurait deviné l'avenir. Les cinéastes ne sont pas des prophètes. Ils sont des sismographes. Ils sentent les secousses avant nous.
Quand je repense au Covid 19, je ne vois pas le même virus. Je vois la même panique. Je vois la même société qui vacille. Je vois des rues qui changent de visage, des regards qui se méfient, des gouvernements qui prennent des mesures exceptionnelles, des citoyens qui oscillent entre solidarité et repli sur eux-mêmes. Je revois ce moment où nous découvrons, brutalement, que notre monde si moderne est beaucoup plus fragile que nous voulons bien l'admettre.
Ce qui me frappe aujourd'hui, c'est la vitesse à laquelle la raison s'effrite quand la peur s'installe. Nous nous croyons rationnels. Il suffit pourtant d'une crise sanitaire pour que chacun cherche un coupable, une certitude, une vérité absolue. Nous voulons contrôler l'incontrôlable, expliquer l'inexplicable, désigner des responsables à tout prix. La peur ne soigne rien. Elle déforme tout.
Et c'est là que Cuarón me gifle. Son virus ne ressemble pas au Covid. En revanche, les êtres humains, eux, me semblent terriblement familiers. La peur justifie l'injustifiable. L'urgence autorise l'impensable. Les libertés deviennent négociables. Les plus fragiles deviennent les plus faciles à sacrifier. Ce n'est pas la maladie qui m'effraie le plus. C'est notre capacité à perdre notre boussole morale quand elle surgit.
Je croyais que nous tirerions des leçons de nos épreuves. Je découvre que nous oublions vite. Beaucoup trop vite. Nous reprenons notre souffle et nous recommençons à croire que tout cela appartient au passé. Pourtant, il suffit d'allumer les informations pour retrouver les mêmes mécanismes, les mêmes réflexes, les mêmes emballements.
Alors oui, Charlotte, je te rejoins sur un point essentiel. Ce film ne raconte pas seulement la fin des naissances. Il raconte le début de nos renoncements. Et cette histoire-là me fait infiniment plus peur, parce qu'elle dépend de nous.
Le virus passe. Les cicatrices restent. La question demeure : lorsque la prochaine crise frappera, choisirai-je encore l'humanité plutôt que la peur ? C'est cette question qui me poursuit longtemps après le générique. Et elle, contrairement au film, n'appartient pas à la fiction.