La Crise, réalisé par Coline Serreau, est un film qui frappe par la justesse de ses dialogues, la richesse de ses idées et la pertinence de son propos. Porté par une interprétation solide et des situations finement observées, il parvient à capter avec acuité l’esprit d’une époque et les tensions sociales et personnelles qui la traversent. Le personnage principal, sorte de fil rouge nerveux et désemparé, traverse un monde en mutation où chacun semble avoir ses propres problèmes, sans jamais prêter l’oreille à ceux des autres.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’intelligence des dialogues : vifs, drôles, parfois poignants, ils dessinent avec précision des personnages aussi crédibles que symboliques. Les idées foisonnent, abordant les thèmes de la solitude, de l'individualisme, de la communication rompue, et du mal-être contemporain, du racisme, sans jamais sombrer dans la lourdeur ou le didactisme.
Cependant, si le film séduit par sa verve et son regard acéré, sa forme narrative peut laisser sur sa faim. Il adopte un format proche de celui d’une succession de sketches, comme une série de tableaux reliés uniquement par la présence du protagoniste. Ce choix, s’il permet une diversité de situations et de registres, nuit à la construction d'une véritable dynamique dramatique ou une progression émotionnelle forte.
En somme, La Crise est un film drôle et intelligent, porté par des performances convaincantes et un regard lucide sur notre société. Mais son format fragmenté, qui privilégie la juxtaposition à la construction narrative, empêche l’ensemble de pleinement convaincre. Un film à voir pour la qualité de ses idées et de son écriture.